Interview – Transformer un fruit en véritable marque émotionnelle, avec Cédric Modica Amore, Marketing, Communication and Strategy Director de Pink Lady®

Par Louane Choplin

15 juin 2026

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À l’occasion de son passage dans notre studio pour Brandiiing, le podcast qui décrypte l’univers des grandes marques, Cédric Modica Amore, Marketing, Communication and Strategy Director chez Pink Lady® Europe, a répondu à nos questions.

Depuis sa création, Pink Lady® a réussi à s’imposer comme une marque à part dans l’univers alimentaire, en transformant un fruit du quotidien en véritable expérience sensorielle et émotionnelle. Entre exigence qualité, identité forte, innovation agricole et modèle collectif, la marque construit un positionnement premium qui dépasse largement les codes traditionnels du rayon fruits et légumes.

Dans cet entretien, Cédric Modica Amore revient sur la manière dont Pink Lady® construit la désirabilité autour d’un produit par nature standardisé, tout en conciliant plaisir, responsabilité et transparence. Il évoque également les enjeux d’innovation, le rôle du collectif de producteurs, la place de la technologie dans l’agriculture de demain ou encore la manière d’adresser de nouveaux publics avec PinKids. Une conversation éclairante sur la stratégie d’une marque qui cherche à faire du fruit un véritable objet de préférence. Pour en savoir plus, ne manquez pas cet épisode de Brandiiing !

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Crédit photo : Pink Lady

 

JUPDLC : Pink Lady est souvent perçue comme une « marque produit » très forte. Comment avez-vous réussi à transformer un fruit, par nature standardisé, en une expérience sensorielle et émotionnelle aussi différenciante ? 

Cédric Modica Amore : C’est vrai qu’un fruit, par nature, est un produit très standardisé. Notre point de départ a justement été de refuser cette standardisation. Nous avons d’abord sécurisé l’essentiel : la qualité. Avec un cahier des charges très exigeant, des contrôles à chaque étape et une sélection rigoureuse, notre objectif a été clair dès le départ : garantir un goût constant. Dans la pomme, le vrai problème, c’est l’inconstance. Une fois elle est bonne, une fois elle ne l’est pas. Nous avons voulu éliminer ce doute et offrir une expérience fiable, reconnaissable à chaque bouchée.

Mais très vite, nous avons compris que cela ne suffirait pas. Nous avons été audacieux, et très rapidement sortis des codes de la catégorie.

Ensuite, nous avons construit des assets de marque très fortes. La couleur rose, immédiatement identifiable en rayon. Le cœur, qui installe une dimension émotionnelle. Et surtout, une promesse simple mais tenue dans le temps : un goût unique, croquant et juteux. En une seconde, le consommateur doit pouvoir reconnaître Pink Lady®.

Mais cela ne suffit pas à créer une marque. Nous avons donc changé de perspective : nous ne vendons pas une pomme, nous valorisons l’expérience de la manger. Le croquant, et juteux, ce moment très sensoriel où l’on croque dans une Pink Lady®.

Enfin, nous avons ajouté une dimension émotionnelle. Aujourd’hui, le goût ne suffit plus. Ce qui crée la préférence, c’est la sensation, l’émotion, le moment que l’on s’offre.

Au fond, le véritable basculement a été là : passer d’un fruit fonctionnel à un moment de plaisir. Notre ambition est simple : ne plus être le fruit que l’on consomme par raison, mais celui que l’on choisit par envie.

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Crédit photo : Pink Lady

 

JUPDLC : Votre cahier des charges est extrêmement exigeant, avec une sélection rigoureuse des fruits. Comment concilier cette quête de perfection avec les enjeux actuels de réduction du gaspillage et de valorisation de toute la production ?

Cédric Modica Amore : Notre exigence de qualité est effectivement très élevée, mais elle ne s’oppose pas du tout à la lutte contre le gaspillage, au contraire, elle la renforce.

La sélection des pommes Pink Lady® repose sur des critères objectifs très précis : le taux de sucre, la fermeté, la coloration ou encore les défauts d’aspect. C’est ce qui fait la singularité de la marque : garantir une expérience gustative constante et irréprochable. Dans la pomme, le vrai problème est souvent l’inconstance ; notre rôle est justement d’éliminer ce doute pour le consommateur.

Mais cette exigence ne signifie pas que les autres fruits sont écartés. Chez Pink Lady®, 100 % de la production est valorisée.

Concrètement, il existe plusieurs niveaux de valorisation :

  • Les fruits répondant parfaitement au cahier des charges sont commercialisés en frais sous Pink Lady® ou PinKids® ;
  • Les fruits hors calibre ou d’aspect différent sont orientés vers des débouchés industriels de qualité, comme les jus, compotes ou autres produits transformés ;
  • Enfin, les fruits les plus abîmés sont valorisés en alimentation animale ou via des filières locales comme le compostage ou la méthanisation.


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Aucune pomme n’est perdue.

  • Notre approche n’est pas de produire pour trier, mais de produire avec exigence pour maximiser la valeur de chaque fruit. Cette exigence contribue d’ailleurs aussi à réduire le gaspillage en aval : un fruit de qualité, qui tient dans le temps, est moins susceptible d’être jeté par le consommateur.
  • Au fond, qualité et responsabilité ne s’opposent pas, elles sont complémentaires. En structurant la production et en valorisant l’ensemble de la récolte, nous construisons un modèle à la fois exigeant, durable et économiquement vertueux. 

C’est un levier essentiel pour les producteurs : mieux valoriser chaque fruit permet de sécuriser leurs revenus et de continuer à investir dans des pratiques agricoles toujours plus durables.

 

JUPDLC : La filière Pink Lady repose sur un collectif de producteurs et une logique d’équité. En quoi ce modèle organisationnel influence-t-il votre stratégie de marque et votre manière de communiquer ?

Cédric Modica Amore : Le modèle collectif est au cœur de Pink Lady®, et il influence directement notre stratégie de marque comme notre manière de communiquer.

Nous ne sommes pas une marque classique, portée par une seule entreprise. Nous sommes une organisation qui réunit producteurs, pépiniéristes et distributeurs associés (Structures commerciales / Coopératives) autour d’un objectif commun : créer de la valeur pour toute la filière.

Cela change profondément notre approche.

D’abord, cela impose une forme d’exigence et de cohérence. Nos prises de parole doivent être justes, crédibles, et alignées avec la réalité du terrain. On ne peut pas sur-promettre ou construire un discours déconnecté du produit, car derrière la marque, il y a des femmes et des hommes, des vergers, et des engagements concrets.

Ensuite, ce modèle collectif nous pousse à penser sur le long terme. Notre objectif n’est pas de faire des « coups » marketing, mais de construire une marque durable, capable de protéger la valeur et de sécuriser les revenus des producteurs. La communication devient alors un levier stratégique, pas seulement un levier de visibilité.

Enfin, cela influence aussi le ton et le territoire de la marque. Nous devons être à la fois exigeants et accessibles, premium mais sincères.

Et surtout, nous avons une responsabilité particulière : ne pas seulement vendre une pomme, mais défendre une filière agricole européenne et lui donner de la valeur.

Au fond, notre modèle collectif nous oblige à être une marque plus cohérente et finalement plus légitime. Le modèle collectif de Pink Lady® n’est pas qu’une organisation, c’est un socle stratégique. Il structure une marque à la fois désirable et crédible, où l’émotion repose sur des preuves concrètes : qualité, équité, filière. L’émotion et le plaisir ne sont jamais déconnectés de la responsabilité.

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Crédit photo : Mathias Del Cistia

 

JUPDLC : Entre terroir, climat, savoir-faire humain et innovation technologique (capteurs, PinkLAB…), comment raconte-t-on aujourd’hui une agriculture à la fois traditionnelle et tournée vers l’avenir ?

Cédric Modica Amore : Il faut sans doute sortir aujourd’hui de l’opposition un peu simpliste entre tradition et modernité. Chez Pink Lady®, nous ne choisissons pas entre les deux : nous construisons précisément sur leur équilibre.

Une pomme n’est pas simplement un produit de la nature. Elle est le résultat d’une alliance. La nature donne le fruit, mais le savoir-faire humain lui apporte sa qualité, sa constance et sa durabilité. Derrière chaque Pink Lady®, il y a des vergers, des producteurs, des gestes agricoles exigeants, transmis dans le temps.

Tout part du terroir et du climat. Nos vergers sont implantés dans des zones historiques, où les producteurs travaillent avec les spécificités locales, les sols, l’ensoleillement, les amplitudes thermiques, pour révéler le potentiel du fruit. Ce lien au vivant reste central : observation quotidienne, gestes précis, récolte à maturité… un savoir-faire humain exigeant, transmis de génération en génération.

Mais cette tradition n’est pas figée. Elle évolue en permanence grâce à l’innovation. Les capteurs, la data ou des dispositifs comme PinkLAB ne sont pas des gadgets : ce sont des outils qui permettent d’être plus précis, d’optimiser les pratiques, de mieux gérer les ressources et de s’adapter aux évolutions climatiques. L’innovation ne remplace pas l’agriculture, elle la rend plus juste.

Produire aujourd’hui devient de plus en plus complexe. Entre les enjeux climatiques, économiques et sociétaux, l’agriculture est en pleine transformation. Notre rôle est d’accompagner cette évolution, en restant fidèles à des fondamentaux : exigence, qualité, transmission, tout en intégrant des solutions qui permettent de durer.

Dans le même temps, des dispositifs comme le PinkLAB ou le « verger du futur » incarnent une innovation collective et très concrète : expérimentations terrain, recherche appliquée, analyse des données… L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais d’augmenter sa capacité à comprendre et piloter le vivant.

C’est aussi un enjeu de communication. Il ne s’agit ni d’idéaliser une agriculture figée dans le passé, ni de la réduire à une vision technologique. Il s’agit de raconter une réalité : une agriculture exigeante, humaine, ancrée dans des territoires, mais aussi en mouvement et tournée vers l’avenir.

Au fond, ce que nous défendons, ce n’est pas une agriculture d’hier ou de demain. C’est une agriculture qui évolue, qui s’adapte… et qui continue à produire du plaisir.

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JUPDLC : Avec des initiatives comme « Les Coulisses du Goût », vous créez un lien direct entre producteurs et consommateurs. Est-ce devenu indispensable pour construire la confiance dans les marques alimentaires aujourd’hui ?

Cédric Modica Amore : Oui, c’est devenu indispensable, mais à condition que ce soit sincère et utile. Aujourd’hui, les consommateurs ne cherchent plus seulement un bon produit. Ils veulent comprendre ce qu’ils mangent, d’où cela vient, et surtout qui le produit. Dans ce contexte, recréer un lien direct entre producteurs et consommateurs est devenu une condition de la confiance. 

Des initiatives comme Les Coulisses du Goût illustrent bien cette évolution : la confiance dans l’alimentaire ne se décrète plus, elle se prouve. En donnant accès au cycle de production, en rendant visibles les vergers, les gestes et les savoir-faire, elles permettent de concrétiser ce qui reste souvent abstrait.

Elles redonnent aussi un visage à l’alimentation. Derrière chaque pomme, il y a des femmes et des hommes, des territoires, une réalité agricole. Cette incarnation est essentielle aujourd’hui pour créer une relation de proximité et de crédibilité. Mais au-delà de la transparence, il y a une question de cohérence. La confiance ne se construit pas uniquement par l’information, mais dans le temps, à travers l’alignement entre ce que l’on dit et ce que l’on fait. C’est pour cela que notre communication doit rester profondément ancrée dans la réalité de la filière.

Et je pense aussi qu’aujourd’hui, la confiance seule ne suffit plus. Elle est nécessaire, mais pas suffisante. Une marque alimentaire doit réussir à créer à la fois de la confiance et du désir. La transparence rassure, mais c’est le plaisir qui donne envie de revenir. Au fond, l’enjeu est là : reconnecter les consommateurs à une alimentation plus humaine, plus incarnée… sans jamais perdre la dimension de plaisir.

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Crédit photo : Pink Lady


JUPDLC : La déclinaison PinKids montre une volonté d’adresser de nouveaux publics. Comment adapte-t-on une marque premium à des cibles comme les enfants sans diluer son image ?

Cédric Modica Amore : PinKids ne traduit pas une volonté de transformer la marque, mais de l’ouvrir, sans la diluer.

Le point de départ reste strictement le même : l’exigence Pink Lady®. Les pommes PinKids répondent aux mêmes standards de qualité, de goût, de croquant et de jutosité. Il ne s’agit pas de créer un produit différent, mais d’adapter le format à un usage spécifique.

Concrètement, il s’agit de pommes de plus petit calibre, adaptées aux mains des enfants, plus faciles à prendre, à croquer et à consommer au quotidien.

L’enjeu est justement de préserver l’intégrité de la marque. Nous ne cherchons pas à simplifier Pink Lady® ni à en faire une version « enfant ». Au contraire, nous restons fidèles à notre ADN : une promesse de plaisir, de naturalité et d’exigence.

L’adaptation se joue davantage dans l’usage et dans les codes de communication, qui peuvent être plus pédagogiques et accessibles, tout en restant alignés avec le positionnement premium de la marque.

PinKids s’inscrit aussi dans une réflexion plus large. Aujourd’hui, les jeunes générations consomment moins de fruits. Si l’on veut les réconcilier avec cette catégorie, il est nécessaire de proposer des points d’entrée adaptés, sans renoncer à la qualité ni à la désirabilité.

Au fond, PinKids ne dilue pas Pink Lady®, il l’étend. C’est une manière de construire une relation avec de nouveaux publics dès le plus jeune âge, sans renoncer à ce qui fait la force de la marque : un fruit de qualité, choisi par envie.

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Cette interview a été réalisée à la suite de l’enregistrement de Brandiiing, notre podcast qui vous fait découvrir ou redécouvrir les marques les plus emblématiques.

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