Interview – L’Affiche Française : restaurer, collectionner et transmettre le patrimoine graphique, avec Arthur Fouasse

Par Louane Choplin

31 août 2026

interview-l-affiche-francaise-restaurer-collectionner-transmettre-patrimoine-graphique-arthur-fouasse
interview-l-affiche-francaise-restaurer-collectionner-transmettre-patrimoine-graphique-arthur-fouasse

Bien plus qu’un objet décoratif, l’affiche ancienne constitue un véritable morceau de patrimoine graphique, au croisement de l’art, de l’histoire et de l’artisanat. Chez L’Affiche Française, Arthur Fouasse fait vivre cet héritage à travers la recherche, la restauration et la conservation de pièces parfois centenaires, tout en veillant à préserver leur authenticité.

Dans un contexte où le vintage connaît un nouvel engouement, notamment dans la décoration et la communication visuelle, les affiches anciennes retrouvent une place particulière. Comment restaurer une pièce sans effacer les traces de son histoire ? Comment faire connaître un métier aussi rare à un public plus large ? Et surtout, comment transmettre un savoir-faire familial à la prochaine génération ? Entre passion, commerce d’art et artisanat, L’Affiche Française défend une vision de l’affiche ancienne comme un patrimoine vivant, à préserver et à transmettre.

interview-l-affiche-francaise-restaurer-collectionner-transmettre-patrimoine-graphique-arthur-fouasse
Crédit photo : L’Affiche Française

 

JUPDLC : Peux-tu te présenter et nous dire quel est ton métier aujourd’hui chez L’Affiche Française ?

Arthur Fouasse : Je m’appelle Arthur Fouasse, je suis marchand d’affiches anciennes et restaurateur, et j’ai fondé L’Affiche Française.

Mon métier est assez particulier parce qu’il se situe vraiment entre l’artisanat et le commerce d’art. D’un côté, je recherche et sélectionne des affiches anciennes, parfois très rares, que je chine auprès de collectionneurs, de marchands, en ventes aux enchères ou simplement au gré des rencontres. De l’autre, il y a tout le travail de l’atelier : l’entoilage, la conservation et la restauration des affiches pour leur redonner tout leur éclat tout en respectant leur histoire.

Aujourd’hui, mon quotidien chez L’Affiche Française, c’est donc un peu tout ça à la fois : chercher, expertiser, restaurer et vendre des affiches, mais aussi raconter leur histoire et essayer de transmettre cette passion au plus grand nombre. C’est ce qui me plaît dans ce métier : aucune journée ne se ressemble et je continue à découvrir des choses tous les jours.


JUPDLC : Comment est née L’Affiche Française ? Y a-t-il eu un déclic ou une opportunité particulière au départ ?

Arthur Fouasse : L’Affiche Française est née assez naturellement, parce que j’ai grandi dans cet univers. Mon père est restaurateur d’affiches anciennes et possède son atelier depuis 1986. J’ai donc toujours été entouré d’affiches, de papier, de colle, de châssis… mais au départ, je ne pensais pas forcément en faire mon métier.

J’ai d’abord travaillé dans la restauration, puis en 2014, j’ai rejoint mon père à l’atelier et j’ai commencé à apprendre réellement le métier à ses côtés. C’est là que j’ai eu le déclic. Plus je découvrais les affiches, leur histoire, les artistes, les techniques d’impression, plus je devenais passionné.

Petit à petit, j’ai aussi commencé à acheter et vendre mes propres affiches. Je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose à construire autour de ce patrimoine, avec une approche plus moderne, notamment grâce à Internet et aux réseaux sociaux. L’Affiche Française est vraiment née de cette envie : prolonger un savoir-faire familial tout en créant ma propre aventure autour de l’affiche ancienne.

Aujourd’hui, c’est assez fou de voir le chemin parcouru, mais au départ, il n’y avait pas vraiment de grand plan. Il y avait surtout une passion qui prenait de plus en plus de place et l’envie d’en faire mon métier.

 

JUPDLC : Ton métier de restaurateur d’affiches est assez rare. Comment as-tu appris et développé ce savoir-faire au fil du temps ?

Arthur Fouasse : J’ai appris ce métier de manière assez traditionnelle, directement à l’atelier avec mon père. C’est un savoir-faire qui se transmet beaucoup par l’observation et la pratique. Il m’a appris les bases, les gestes, les techniques d’entoilage et de restauration, mais aussi quelque chose de très important : savoir jusqu’où intervenir et respecter au maximum l’affiche et son histoire.

Au début, j’ai beaucoup regardé, puis j’ai commencé par les tâches les plus simples avant de travailler progressivement sur des affiches plus complexes. Avec les années, j’ai développé mes propres gestes et ma façon de travailler. C’est vraiment un métier où l’expérience compte énormément : chaque affiche arrive avec ses propres problèmes, son papier, son âge, ses encres, ses déchirures ou parfois de vieilles restaurations qu’il faut reprendre.

Et même aujourd’hui, je continue d’apprendre. C’est ce que j’aime dans ce métier : on peut avoir restauré des milliers d’affiches et tomber encore sur une pièce qui nous oblige à réfléchir différemment et à trouver une nouvelle solution.


JUPDLC : L’Affiche Française évolue entre artisanat, art et commerce. Est-ce que ces trois dimensions cohabitent facilement, ou est-ce qu’il y a parfois des arbitrages à faire ?

Arthur Fouasse : C’est justement ce mélange qui rend L’Affiche Française intéressante à mes yeux. Les trois dimensions sont très liées et se nourrissent les unes des autres.

Il y a d’abord l’artisanat, avec tout le travail de restauration et de conservation. Ensuite, il y a l’art, parce qu’on manipule quotidiennement des créations de grands affichistes, illustrateurs ou artistes, parfois des pièces qui ont près d’un siècle. Et forcément, il y a aussi le commerce, parce qu’il faut acheter, vendre, trouver les bonnes affiches et faire vivre l’entreprise.

Il y a parfois des arbitrages, bien sûr. En tant que marchand, on pourrait être tenté de restaurer davantage une affiche pour qu’elle soit visuellement parfaite. Mais en tant que restaurateur, je préfère toujours conserver son authenticité et les traces normales de son histoire plutôt que de chercher à la rendre neuve à tout prix.

Et puis il y a aussi une dimension assez instinctive dans l’achat. Certaines affiches sont faciles à vendre, d’autres beaucoup moins, mais je peux quand même les acheter simplement parce que je les trouve magnifiques ou qu’elles racontent quelque chose. C’est peut-être là que le passionné prend parfois le dessus sur le commerçant !

interview-l-affiche-francaise-restaurer-collectionner-transmettre-patrimoine-graphique-arthur-fouasse
Crédit photo : L’Affiche Française


JUPDLC : Ton atelier est installé dans un lieu chargé d’histoire à Toulon. En quoi cet environnement influence-t-il ton travail ou l’identité de la marque ?

Arthur Fouasse : L’atelier fait vraiment partie de l’identité de L’Affiche Française. Ce n’est pas simplement un lieu où l’on travaille : il raconte aussi l’histoire de notre métier et de notre famille. Mon père y exerce depuis de nombreuses années, j’y ai appris le métier à ses côtés, et aujourd’hui je continue à y restaurer des affiches avec les mêmes gestes et le même savoir-faire.

C’est aussi un endroit un peu hors du temps. Il y a des affiches partout, des châssis, des outils, des piles de papier, des pièces qui attendent d’être restaurées… Certaines affiches arrivent complètement abîmées et repartent quelques semaines plus tard avec une nouvelle vie. Il y a quelque chose d’assez magique là-dedans.

Je pense que cet environnement a beaucoup influencé L’Affiche Française. Même si aujourd’hui nous vendons dans le monde entier et que les réseaux sociaux occupent une place importante dans notre travail, le cœur de l’entreprise reste cet atelier toulonnais et ce côté très artisanal. C’est important pour moi de conserver ça : continuer à évoluer et à développer la marque sans perdre ce qui fait son histoire et son authenticité.


JUPDLC : Qu’est-ce qui fait, selon toi, la valeur d’une affiche restaurée, au-delà de son aspect esthétique ?

Arthur Fouasse : Pour moi, la valeur d’une affiche restaurée ne vient pas du fait qu’elle ait l’air neuve, bien au contraire. Une bonne restauration doit savoir se faire oublier. Le but est avant tout de stabiliser l’affiche, de la conserver et de lui permettre de traverser encore de nombreuses années, tout en respectant ce qu’elle est.

Une affiche ancienne a vécu : elle a parfois été pliée, affichée dans la rue, décollée d’un mur ou conservée pendant des décennies dans de mauvaises conditions. Toutes ces traces font partie de son histoire. Notre travail n’est pas de les effacer complètement, mais de trouver le bon équilibre entre conservation, lisibilité et respect de l’œuvre originale.

Il y a aussi quelque chose qui me plaît beaucoup dans la restauration : on redonne de l’importance à un objet qui, à l’origine, était souvent éphémère. Une affiche publicitaire ou de cinéma n’était pas conçue pour devenir une œuvre de collection cent ans plus tard. Le fait de la restaurer et de la conserver, c’est finalement préserver un petit morceau de notre patrimoine graphique et populaire. Et pour moi, c’est là que se trouve sa vraie valeur.


À découvrir sur JUPDLC



JUPDLC : Vous travaillez sur des visuels parfois très anciens. Est-ce qu’il y a une affiche ou un projet qui t’a particulièrement marqué ?

Arthur Fouasse : Oui, il y en a un qui me vient immédiatement en tête : un immense planisphère Air France d’environ quatre mètres de long sur trois mètres de haut. C’était une pièce spectaculaire, composée de huit parties.

Le projet était assez impressionnant techniquement. Avec un format pareil, impossible de travailler comme sur une affiche classique. Nous avons dû entoiler les différentes parties par bandes, puis les assembler et les monter sur de grands panneaux en bois pour reconstituer le planisphère dans son ensemble. Quand on voit finalement apparaître une image de près de douze mètres carrés devant soi, après tout ce travail, c’est assez incroyable.

Cette pièce m’a aussi particulièrement marqué parce que les cartes résonnent beaucoup chez moi. Elles évoquent immédiatement le voyage, l’ailleurs, la découverte et l’évasion, qui sont une autre de mes grandes passions. Et les anciennes affiches Air France ont justement cette capacité extraordinaire à faire voyager avant même d’être parti.

C’est aussi ce que j’aime dans mon métier : parfois, on ne restaure plus simplement une affiche, on se retrouve face à un véritable morceau d’histoire qui nous dépasse par ses dimensions et par ce qu’il raconte. Ce planisphère reste clairement l’un des projets les plus impressionnants que nous ayons réalisés à l’atelier.

 

JUPDLC : Comment fais-tu connaître un métier aussi niche aujourd’hui ? As-tu dû, d’une certaine manière, « éduquer » ton marché ?

Arthur Fouasse : Oui, clairement, il y a eu tout un travail de transmission, parce que lorsque j’ai commencé à communiquer sur ce métier, très peu de gens savaient ce qu’était l’entoilage d’une affiche ou même qu’une affiche ancienne pouvait se restaurer.

Les réseaux sociaux ont énormément changé les choses pour nous. J’ai commencé à montrer les coulisses de l’atelier, les différentes étapes d’une restauration, les affiches avant et après, mais aussi les découvertes et l’histoire des pièces qui passent entre nos mains. C’est un métier très visuel, donc ça fonctionne particulièrement bien en vidéo : voir une affiche parfois très abîmée reprendre vie, c’est assez parlant.

Au début, l’idée n’était d’ailleurs pas vraiment de faire du marketing. Je montrais simplement mon métier et ce qui me passionnait. Et petit à petit, une communauté s’est créée autour de ça. Des personnes qui ne connaissaient absolument rien aux affiches anciennes ont commencé à s’y intéresser, à poser des questions, puis parfois à devenir collectionneurs ou clients.

Donc oui, d’une certaine manière, il a fallu « éduquer » le marché, mais je préfère parler de transmission. Mon objectif n’est pas que tout le monde devienne expert en affiches anciennes, mais de donner quelques clés pour comprendre pourquoi elles sont intéressantes, comment elles ont été fabriquées, pourquoi on les restaure et ce qui fait leur valeur.

Aujourd’hui, je pense que c’est une partie essentielle de L’Affiche Française : on ne vend pas seulement une affiche, on raconte aussi tout ce qu’il y a derrière.

 

JUPDLC : On observe un retour en force du vintage dans la déco et la communication visuelle. Comment expliques-tu cet engouement ?

Arthur Fouasse : Je pense qu’il y a d’abord une vraie recherche d’authenticité. On vit dans un monde où l’on voit énormément d’images, souvent très lisses et très éphémères. Une affiche ancienne, au contraire, a une histoire, une matière, des imperfections. C’est un objet qui a réellement traversé le temps, et je pense que les gens sont de plus en plus sensibles à ça.

Il y a aussi une incroyable modernité dans certaines affiches. Quand on regarde des créations qui ont 50, 80 ou 100 ans, on se rend compte que certaines pourraient presque avoir été dessinées aujourd’hui. Les couleurs, la typographie, la simplicité du message… Les affichistes avaient cette capacité à raconter énormément de choses avec une seule image, parce qu’il fallait attirer l’œil immédiatement.

Dans la décoration, je pense aussi que les gens ont envie d’avoir chez eux des objets plus personnels. Une affiche ancienne peut rappeler une ville, un voyage, un film, une marque, une passion ou simplement provoquer un coup de cœur graphique. Deux personnes ne vont pas forcément choisir la même affiche pour les mêmes raisons.

Et puis les tendances sont cycliques. Le vintage revient régulièrement, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui il va un peu plus loin qu’un simple effet de mode : il y a une envie de retrouver des objets qui ont du sens, une histoire et une vraie présence.

interview-l-affiche-francaise-restaurer-collectionner-transmettre-patrimoine-graphique-arthur-fouasse
Crédit photo : L’Affiche Française

 

JUPDLC : Quelles sont tes ambitions pour L’Affiche Française dans les prochaines années ?

Arthur Fouasse : J’ai beaucoup d’ambition pour L’Affiche Française. Bien sûr, j’aimerais en faire une référence de l’affiche ancienne en France et à l’international, continuer à dénicher des pièces exceptionnelles et développer notre travail auprès des collectionneurs, des institutions et du grand public. Mais plus j’avance, plus je me rends compte que mon ambition ne se limite pas au commerce.

Il y a une dimension qui devient de plus en plus importante pour moi : la transmission. Le métier de restaurateur d’affiches est rare et une grande partie de ce que je sais m’a été transmis par mon père, qui lui-même l’avait appris auprès d’autres professionnels. Ce sont des gestes, des techniques et une expérience qui se transmettent difficilement uniquement par la théorie. J’ai envie, à mon tour, de faire en sorte que ce savoir-faire ne se perde pas.

J’aimerais notamment écrire des livres, aussi bien sur les techniques de restauration et d’entoilage que sur l’histoire de l’affiche, les artistes, les imprimeurs et toutes ces histoires que je découvre au fil des années.

Et pourquoi pas aller encore plus loin un jour en créant une école ou un véritable lieu de formation autour de la restauration et de l’affiche ancienne ? Ça peut paraître ambitieux aujourd’hui, mais j’aime l’idée que ce que j’ai reçu puisse un jour être transmis à une nouvelle génération.

Finalement, mon ambition serait que L’Affiche Française devienne non seulement une maison reconnue pour acheter, restaurer et vendre des affiches, mais aussi un lieu de mémoire et de transmission de ce patrimoine et de ce savoir-faire. Si dans vingt ou trente ans des restaurateurs peuvent dire qu’ils ont appris leur métier chez L’Affiche Française, ce serait probablement l’une de mes plus belles réussites.

Le meilleur de la communication, du marketing et de la créativité chaque semaine dans votre inbox !
Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription est confirmée.

Nous utilisons Brevo en tant que plateforme marketing. En soumettant ce formulaire, vous acceptez que les données personnelles que vous avez fournies soient transférées à Brevo pour être traitées conformément à la politique de confidentialité de Brevo.