Cannes Lions 2026 : Entretien avec David Leclabart, Co-président de l’AACC

Par Louane Choplin

25 juin 2026

En collaboration avec Média Figaro

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Cette année encore, Cannes ouvre ses portes aux grands noms de la créativité mondiale à l’occasion des Cannes Lions. Pour cette nouvelle édition, J’ai un pote dans la com est sur place en tant que partenaire média officiel du festival. Tout au long de la semaine, notre équipe sera sur le terrain pour rencontrer les professionnels qui font et pensent la communication. L’occasion de revenir avec eux sur les grandes tendances qui se dessinent, les stratégies qui s’imposent et les enjeux qui redessinent le secteur. Ces interviews réalisées vous offriront une variété de regards et d’éclairages sur cette édition. 

Dans cet entretien, réalisé avec le soutien du Média Figaro, nous avons rencontré David Leclabart, co-président de l’AACC et président d’AustralieGAD. L’occasion d’échanger sur la place de la créativité à l’ère de l’IA, la singularité de la création française et les défis auxquels font face les agences indépendantes.

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JUPDLC : ⁠C’est la 5e édition de creativity is business. À l’heure de l’IA et de la pression sur les budgets, comment prouver que la créativité reste un moteur de croissance ?

David Leclabart : À l’heure où l’IA arrive et bouleverse une grande partie des industries, mais aussi l’économie, l’éducation et bien d’autres secteurs, le thème Creativity is Business prend tout son sens.

Il rappelle à quel point la singularité que l’on peut exprimer grâce à la créativité devient essentielle pour se différencier. L’IA permet désormais à chacun d’être créatif d’une manière ou d’une autre. Dès lors, lorsque tout le monde peut créer et s’exprimer librement, comment fait-on pour se démarquer ?

C’est peut-être précisément à ce moment-là que la force des idées singulières fera la différence. En tout cas, c’est ce que nous espérons.

 

JUPDLC : Vous dirigez un groupe indépendant face aux holdings mondiaux qui consolident à tour de bras. Si la créativité paie vraiment autant qu’on le dit, pourquoi les indépendants doivent-ils encore se battre pour le prouver ?

David Leclabart : Le fait que les agences indépendantes doivent se battre n’est pas, selon moi, directement lié à un enjeu de créativité.

Les indépendants évoluent dans un secteur où coexistent de grands groupes et de plus petites structures. C’est une réalité de notre métier, comme de nombreux autres secteurs. La bonne nouvelle, c’est qu’il suffit parfois de trouver un client qui vous fait confiance pour créer une agence. Notre industrie est particulièrement dynamique et offre chaque année la possibilité à de nouveaux acteurs d’émerger.

On compte aujourd’hui plus de 18 000 agences en France, ce qui représente un tissu entrepreneurial extrêmement riche. Pour les indépendants, l’enjeu est avant tout d’exprimer leur singularité. Dès lors que l’on porte un point de vue différent de celui de son voisin et qu’il trouve un écho auprès du public, on est légitime. Il n’existe finalement que peu de barrières à l’entrée dans notre secteur.

Bien sûr, la concurrence avec les grands groupes existe. Mais la compétition existe tout autant entre les groupes eux-mêmes. Sur ce point, je ne vois pas de différence fondamentale.

 

JUPDLC : ⁠La France est « Creative Country of the Year  2026 ». Qu’est ce que ca dit de la singularité de la créativité à la française ?

David Leclabart : La singularité de la créativité française est une question que l’on nous pose de plus en plus souvent. La réponse la plus évidente serait de parler d’une forme de French Touch. Elle existe sans doute, mais je ne suis pas certain qu’elle repose sur la même dynamique que celle que l’on retrouve dans la musique électronique, par exemple.

Notre métier est entièrement tourné vers le public et ses réactions. Nous sommes là pour créer un pont entre les entreprises et les Français. À ce titre, je crois que notre créativité puise directement sa source dans les Français eux-mêmes. C’est un peuple ancien, particulièrement exigeant dans le débat. Lorsqu’il n’est pas satisfait, il le fait savoir. Il râle souvent, mais il aime aussi s’amuser. Et surtout, il n’aime pas qu’on le prenne pour un idiot.

Cette exigence du public français a poussé les agences à redoubler de créativité pour capter son attention et gagner sa confiance. Bien sûr, les arguments rationnels ont leur importance, mais ils ne suffisent pas. Il faut aussi susciter de l’émotion.


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Il faut également s’appuyer sur un patrimoine culturel commun, sur des références que nous partageons collectivement, afin d’ancrer les marques dans l’imaginaire collectif. Je pense que c’est de là que vient une grande partie de notre spécificité française.

Cette créativité est d’ailleurs française sans être fermée sur elle-même. Les grands groupes en sont la preuve : chez Publicis, la création est dirigée par un Italien, chez DDB, devenue BBDO, elle est dirigée par un Bulgare, les frères Guerassimov, figures reconnues du secteur, sont français d’origine russe.

La France a cette capacité à attirer et à accueillir des talents et des savoir-faire créatifs venus du monde entier. Profitons-en : cette ouverture est reconnue à l’international et constitue, à mes yeux, un véritable levier de croissance pour le pays.

 

JUPDLC : ⁠En tant que coprésident de l’AACC, vous pilotez une partie de cette mobilisation avec des concurrents historiques (Havas, Publicis…). Comment on fait travailler ensemble des maisons qui se livrent une guerre commerciale le reste de l’année ? 

David Leclabart : C’est toute la beauté de l’AACC. Et j’imagine que c’est également le cas dans d’autres organisations professionnelles : nous sommes tous concurrents.

Nous pouvons nous retrouver en compétition lors d’appels d’offres. Pourtant, lorsque nous nous réunissons au sein de l’AACC, nous nous asseyons autour de la même table. Nous devenons des confrères, animés par une même volonté : faire avancer notre métier.

C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus marqué lorsque j’ai découvert l’AACC. Je ne la connaissais pas vraiment avant de m’y investir. En arrivant, je cherchais avant tout à comprendre son fonctionnement.

Ce qui m’a frappé, c’est cette forme de camaraderie. Malgré la concurrence, lorsque des sujets essentiels se présentent, attirer de nouveaux talents dans nos métiers, défendre la valeur de nos expertises ou réfléchir à l’avenir de notre industrie, nous sommes capables de travailler ensemble.

Et ce qui est assez bluffant, c’est que lorsqu’on commence à collaborer, on se dit parfois que c’est presque dommage d’être concurrent. Car si nous formions tous une seule et même agence, nous serions une entreprise absolument incroyable.

 

JUPDLC : ⁠AustralieGAD vient d’accueillir Altmann+Partners. Pourquoi ce choix d’agréger des agences indépendantes plutôt que de viser la taille en solo ? Qu’est-ce que ce modèle change face à la logique des holdings ?

David Leclabart : Le choix d’accueillir Olivier, Céline et Aurore au sein de l’agence est avant tout né de nos rencontres avec eux. Nous sommes convaincus qu’avoir à la tête d’une agence des dirigeants entrepreneurs fait une réelle différence.

D’une part, cela nous confère une grande agilité : les décisions peuvent être prises rapidement, car les dirigeants sont directement impliqués dans l’opérationnel. D’autre part, notre statut d’entrepreneurs nous pousse naturellement à penser sur le temps long et à toujours nous projeter vers l’avenir.

Cette capacité à conjuguer rapidité d’exécution et vision de long terme constitue, selon nous, un véritable atout pour nos clients.

Alors, lorsqu’un talent comme Olivier, accompagné de son équipe, vient échanger avec vous, une seule envie s’impose : l’accueillir au sein de l’aventure. Tout simplement parce que c’étaient eux.

 

JUPDLC : ⁠C’est quoi la réputation pour vous ?

David Leclabart : La réputation est, selon moi, l’un des actifs les plus précieux d’une entreprise. Je crois que c’est Henry Ford qui disait qu’il s’agissait de l’actif immatériel le plus important, alors même qu’il n’apparaît pas au bilan.

Et j’ai tendance à penser qu’il avait raison. D’ailleurs, il existe selon moi deux actifs essentiels qui ne figurent pas dans les comptes d’une entreprise : les femmes et les hommes qui la composent, et sa réputation.

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