Quel avenir pour les journalistes ?

En collaboration avec l'ISCPA

En à peine 20 ans, les sources d’information ont évolué : les médias traditionnels (presse, radio, TV) sont moins consultés au profit de leurs déclinaisons digitales mais aussi des réseaux sociaux. Le public (et pas seulement la génération « digital native ») est désormais en quête d’une information immédiate, pertinente et à jour. Garants de l’information, les journalistes doivent donc aussi évoluer, et on vous explique comment, avec les équipes de l’ISCPA !

 

Retrouver la confiance envers les médias

97% des Français lisent chaque mois au moins une marque de presse sur le print, le mobile, l’ordinateur ou la tablette. Néanmoins, la défiance envers les médias reste forte selon le 34è Baromètre réalisé par l’entreprise Kantar.

Selon ce dernier, la radio est toujours considérée comme le média le plus fiable par les sondés mais avec un score de 52%, ce qui est loin d’être un plébiscite. Suivent ensuite la presse écrite avec 48%, la télévision avec 42% et Internet avec seulement 28%. De plus, les Français voient le journalisme comme un métier exercé avec un biais politique et/ou économique. En effet, 59% des sondés pensent que « les journalistes ne résistent pas aux pressions de l’argent ».

Heureusement, ce baromètre montre aussi que les Français ont besoin de s’informer : 67% des sondés ont suivi l’actualité avec un grand intérêt, contre 59% en 2019. Et 29% pensent que les journalistes résistent « aux pressions des partis politiques et du pouvoir », un pourcentage en hausse par rapport à 2019.

Chercher, vérifier, hiérarchiser les informations : ces missions ne sont pas nouvelles mais elles doivent absolument revenir au cœur du métier de journaliste.

 

Un métier qui se digitalise

Le journaliste doit faire face à une concurrence forte de la part des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Ils permettent à chacun de devenir, potentiellement, un journaliste en partageant de l’information.

« Il ne suffit pas de transmettre une information sur un réseau social pour qu’elle soit considérée comme telle », estime Franck Demay, responsable de la filière journalisme à l’ISCPA. « Plus la circulation de l’information va vite et plus nous aurons besoin de journalistes aguerris capables de vérifier et de contextualiser l’information. »

Les informations rapides et accessibles à tous depuis les réseaux sociaux sont attractives pour les Français, puisque 20% les utilisent pour s’informer (tout en s’en méfiant d’ailleurs, c’est tout le paradoxe de la révolution digitale qui fascine et effraie à la fois). De plus, 29% (+4 points vs. 2019) des Français consultent les sites internet ou applications mobiles des titres de la presse écrite. En devenant des canaux de diffusion supplémentaires, les réseaux sociaux sont aussi une fenêtre d’exposition et de promotion pour les médias. Certains journalistes s’amusent à teaser l’annonce d’un scoop sur Twitter pour pousser les internautes à surveiller le site internet du média en question.

Selon l’étude du Groupe Technologia de 2019, 75% des journalistes ayant répondu sont titulaires d’un compte sur un réseau social. Près de la moitié de ces répondants déclarent utiliser leur compte à des fins professionnelles et privées. Prenant la parole sur les réseaux sociaux et partageant l’information directement avec ses abonnés, le journaliste devient une marque à lui tout seul. Il n’est pas rare de suivre un journaliste pour ses informations et non pour son appartenance à un groupe média. Une relation de confiance est alors créée entre le journaliste qui montre une certaine indépendance et ses abonnés.

De nouveaux modes de consommation de l’information ont ainsi émergé sur Internet et ont rapidement trouvé leur public : Brut, Konbini, Hugo décrypte, etc.

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Crédit Photo : Pexels / Negative Space

 

Attention aux « fake news »

La rapidité de diffusion des informations par les réseaux sociaux est aussi valable pour les fausses informations. 63% des Français interrogés dans le cadre du 34e baromètre sur la confiance dans les médias (+4% vs. 2019) déclarent être « confronté à des informations qui déforment la réalité ou qui sont même fausses ». Véritable fléau, les fake news imposent plus que jamais au journaliste le travail de fact-checking. Tous les médias, et notamment les medias traditionnels, s’emparent de la question de la crédibilité. Pour exemple, le Groupe TF1, via les rédactions de TF1 et LCI, a lancé Les Vérificateurs, une pastille vidéo de fact-checking. De son côté France Télévisions a mis en place « Vrai ou Fake », sa plateforme de fact-checking et de lutte contre les fausses informations et les rumeurs.

La rapidité de l’information et la diversification des flux de diffusion entraînent donc une augmentation de la charge de travail des journalistes. L’étude du Groupe Technologia confirme cette tendance : elle aurait augmenté de 20 points depuis 2011. De plus, en 2019, 85% des répondants estimaient qu’on leur demande de travailler plus vite qu’avant, contre 72% en 2011. Ce sentiment touche particulièrement les journalistes de télévision, publique comme privée (89%) et de la presse écrite (86%). Ironiquement, cette même étude montre aussi que, en 2019, 17% des répondants pensaient que le numérique n’impacterait pas leur façon de travailler (contre 28% en 2011).

Vigilance, réactivité, adaptabilité : des qualités supplémentaires nécessaires au journaliste de demain.

 

De nouvelles compétences à acquérir

L’arrivée de services d’information en ligne à la fin des années 1990, comme le lancement du site web de Ouest-France et du Monde en 1995, ont déstabilisé le modèle d’affaires traditionnel de la presse. Dans cet univers en ligne, l’information doit aussi être réactualisée en continu.

Aujourd’hui, un journaliste ne doit plus simplement savoir investiguer et avoir une belle plume, il doit aussi maîtriser le SEO (techniques d’optimisation pour les moteurs de recherche), pour référencer au mieux son article digital. De ce fait, l’analyse des mots-clefs doit devenir un réflexe. Certains outils, comme Google Ads ou Semrush, peuvent l’aider dans cette démarche. De plus, créer des liens entre plusieurs articles (internes au site web ou externes) permet d’augmenter la crédibilité du journaliste, à condition toutefois que tous les liens soient fiables.

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Voici quelques conseils d’optimisation SEO pour un article :

  • Inclure des titres et des sous-titres.
  • Utiliser des liens internes et externes.
  • Ajoutez du texte alternatif aux images.
  • Illustrer votre article pour le rendre lisible et compréhensible via des vidéos, photos, ou infographies.

Pour mener un travail de référencement efficace, les rédactions doivent connaître leurs audiences, en analysant les comportements de consommation des lecteurs. A quoi bon écrire 1 500 mots, si mon lecteur est en réalité plus touché par une information sous forme de vidéo ? Ce format pose d’ailleurs de nouvelles questions. Quelles informations mettre en avant ? Quel fond afficher pour que le texte soit lu : une image fixe, des extraits vidéos ?Quels mots-clés mettre dans le titre ?

Un article doit donc être bien écrit, bien construit pour le référencement, crédible et dénué de tout parti-pris mais il ne suffit plus. De nouveaux formats sont en train de prendre le dessus.

 

L’audio et la vidéo, des formats privilégiés ?

La vidéo est aujourd’hui le format le plus attractif auprès de la jeune génération. Des médias, notamment radio et presse, se sont emparés de ce format pour décliner leurs contenus. Bien que fortement avantageux et source de nouveaux abonnés, le format vidéo est en train de se faire rattraper par l’audio. La propagation des assistants vocaux et l’écoute exponentielle des podcasts engendrent un changement de comportement chez les Français. Une évolution déjà en cours aux États-Unis où le marché des assistants vocaux est en très forte croissance, tout comme la consommation de podcasts. Tous les éditeurs français rêvent d’avoir leur Daily, ce podcast quotidien d’information lancé par le New York Times en 2017 et qui revendique 4 millions de téléchargements par jour. En France certains médias se démarquent : tous deux nés en mai 2019, La Story des Echos et Code Source du Parisien ont le même propos, celui d’approfondir un fait d’actualité en un épisode quotidien de 20 minutes.

Article, podcasts audio et vidéo : le journaliste de demain (et même d’aujourd’hui) doit être polyvalent.

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Crédit Photo : Pexels / Anete Lusina

 

Vers le data journalisme ?

Les réseaux sociaux sont une source d’information importante. Les événements relatés sur ces devices laissent des traces, des données. Dans ce monde en évolution, les data journalistes doivent retrouver et analyser ces traces, pour faire parler ces événements notables et décrypter l’actualité. Le journaliste est alors capable d’identifier et de mettre en lumière les liens de cause à effet d’un événement relaté sur les réseaux sociaux.

 

Une formation plus que jamais indispensable

En résumé, le métier de journaliste a, de tout temps, évolué pour des raisons économiques, politiques et sociétales. Mais avec l’explosion numérique, se former devient alors le moyen de survivre dans ce secteur. Près de 25% des journalistes reconnaissent que leur formation initiale ne correspond plus à leurs fonctions actuelles. Aujourd’hui, la maîtrise des données et l’apprentissage des codes du digital sont des compétences exigées par les rédactions de tous les medias. L’ISCPA, l’école de journalisme, de communication et de production, s’est emparée de ces sujets pour proposer des formations en cohérence avec les évolutions du métier.

Que les journalistes et les étudiants en journalisme se rassurent : ils ont encore de l’avenir ! À condition d’être formés. Ils doivent comprendre l’environnement digital et se l’approprier. Mais ils doivent aussi garder en tête que ce métier est fatalement lié à l’évolution perpétuelle des technologies et des comportements de consommation.

 

Envie d’être un journaliste en phase avec les évolutions des médias ?
Retrouver toutes les informations de l’ISPCA sur sa page école dédiée.

 

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Crédit Photo : Unsplash / Markus Winkler
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