À première vue, LinkedIn n’est pas l’endroit où l’on s’attend à voir une campagne électorale se jouer. Pourtant, à l’approche des municipales 2026, la plateforme professionnelle s’est imposée comme un véritable terrain d’expression politique. C’est le constat dressé par l’agence Invox, qui a analysé la présence LinkedIn des principaux candidats dans les 25 plus grandes villes françaises.
Au total, 117 profils ont été passés au crible et plus de 3 000 publications étudiées sur une période de six mois. L’objectif : comprendre comment les candidats utilisent LinkedIn pour porter leur message et mobiliser leur audience. Résultat : sans forcément en avoir conscience, beaucoup appliquent déjà les codes de la Leader Advocacy, une stratégie bien connue dans le marketing B2B où les dirigeants prennent la parole en leur nom pour incarner la vision de leur organisation.
Cette étude met en lumière des enseignements qui dépassent largement la sphère politique. Car les mécanismes observés : régularité de publication, incarnation personnelle, prises de position ou choix des formats sont exactement ceux qui structurent aujourd’hui la visibilité des dirigeants sur LinkedIn.

Une activité très inégale entre les candidats
Premier constat : la majorité des candidats reste très peu active sur la plateforme. La médiane de publication s’établit à un seul post sur six mois. À l’inverse, quelques profils dominent largement la conversation. Sarah Knafo a ainsi publié 199 fois sur la période étudiée, tandis que Xavier Valet atteint 197 publications, soit quasiment un post par jour.
Sur les 117 candidats analysés, 102 disposent bien d’un profil LinkedIn. Mais beaucoup d’entre eux ne publient jamais. Certains élus locaux pourtant bien installés restent totalement silencieux sur le réseau. Stéphane Le Foll, maire sortant du Mans et ancien ministre, ne possède même pas de compte LinkedIn actif.
Ce décalage rappelle une tendance déjà observée chez les dirigeants d’entreprise. Dans une précédente étude menée par Invox sur 3 000 dirigeants et 30 000 posts, la moyenne atteignait à peine 0,98 publication par mois. Autrement dit : la régularité reste le principal facteur de différenciation.

Opinion, incarnation et vidéo : les formats qui engagent
L’étude montre également quek tous les contenus ne se valent pas. Les publications qui prennent position génèrent plus d’interactions que celles qui se contentent d’informer. Les sujets liés à l’économie ou à la vie politique provoquent davantage de réactions et de débats, tandis que d’autres thèmes comme la sécurité suscitent relativement peu d’engagement sur LinkedIn.
L’incarnation personnelle joue aussi un rôle central. Les candidats les plus performants privilégient des contenus où ils apparaissent directement : vidéos face caméra, photos de terrain ou prises de parole à la première personne. Ces publications génèrent systématiquement plus d’interactions que les contenus institutionnels.
Côté formats, l’image domine en volume avec 55 % des publications. Mais la vidéo se distingue particulièrement : elle génère en moyenne deux fois plus de commentaires. Les candidats les plus actifs y ont d’ailleurs largement recours, souvent avec des textes plus courts, la prise de parole étant principalement portée par le format visuel.

Sur LinkedIn, l’engagement compte plus que l’audience
Pour comparer les performances des candidats, Invox a construit un score d’engagement pondéré : un point par like, deux par commentaire et trois par repartage. L’analyse révèle que les comptes avec quelques centaines d’abonnés peuvent parfois obtenir proportionnellement plus d’interactions que des profils beaucoup plus suivis.
Autrement dit, le nombre de followers ne suffit pas. Ce qui compte réellement sur LinkedIn, c’est la capacité à provoquer une réaction.

L’étude souligne aussi un clivage entre deux types de candidats. D’un côté, des figures nationales comme Édouard Philippe, Sarah Knafo ou Rachida Dati utilisent la plateforme pour s’exprimer sur des sujets économiques ou sociétaux plus larges. De l’autre, de nombreux candidats locaux se limitent à des publications liées à leur territoire ou à leur agenda de campagne.
Les premiers bénéficient d’une portée bien plus importante, car leurs sujets dépassent le cadre strictement municipal.


