Perplexity AI n’en finit plus de faire parler d’elle. Convoitée par de nombreux acteurs de la course effrénée à l’IA, la start-up, valorisée à 18 milliards de dollars vient de doubler sa mise pour tenter de s’offrir Google Chrome.
L’entreprise a en effet formulé une offre cash de 34,5 milliards de dollars pour acquérir un navigateur utilisé par près de 3,7 milliards de personnes, représentant plus de 65 % du marché mondial.

Une offre non contraignante, mais au timing stratégique
Décrite comme « non contraignante », cette proposition intervient dans un contexte judiciaire tendu. Alphabet, maison mère de Google, a récemment fait appel d’une décision de justice de 2024 l’accusant d’entretenir illégalement un monopole dans la recherche en ligne. Le juge fédéral Amit Mehta examine actuellement l’éventualité de forcer Google à céder Chrome pour rétablir la concurrence. Un timing idéal pour Perplexity, qui place ainsi ses pions sur l’échiquier. Cet intérêt ne date pas seulement d’hier. Dès avril 2025, Perplexity avait déjà exprimé devant la cour sa préférence pour voir Google conserver Chrome plutôt que de le céder à un acteur comme OpenAI, également intéressé.
Les ambitions affichées de Perplexity
Fondée en 2022, la start-up a déjà lancé son propre navigateur IA, Comet. Dans sa lettre d’intention, Perplexity s’engage à maintenir Chrome (Chromium) en open source, investir 2 milliards de dollars sur deux ans et conserver Google comme moteur de recherche par défaut (avec possibilité pour l’utilisateur de le changer). Selon le Wall Street Journal, la société affirme disposer du soutien de plusieurs investisseurs et grands fonds de capital-risque pour financer intégralement l’opération.
Un enjeu majeur pour le géant du search
Chrome est un mastodonte du search : il constitue un atout stratégique pour Google, lui offrant un avantage colossal en matière de collecte et d’exploitation des données, au service du ciblage publicitaire et de l’optimisation de ses services. La plateforme n’est d’ailleurs pas en reste sur les innovations pour entretenir son attrait auprès des éditeurs. En témoigne le lancement, aujourd’hui même, de la fonctionnalité « Preferred Source », qui permet aux utilisateurs de mettre en avant leurs médias favoris dans les résultats de recherche.
Qui dit changement de propriétaire, dit potentiel bouleversement des accords de recherche par défaut, des modèles de trafic établis et des règles de suivi, de ciblage et de monétisation des audiences. La vigilance est donc de mise pour les annonceurs et marketeurs, pour s’adapter à d’éventuelles ouvertures de marché et dynamiques d’acquisition.

Perplexity, l’art du coup d’éclat
Ce n’est pas une première pour la start-up. Plus tôt cette année, elle avait évoqué une fusion avec TikTok, sans succès. Avec Comet déjà sur le marché, Perplexity affiche clairement son ambition : redéfinir la manière dont nous interagissons avec le web à l’heure où l’IA conversationnelle prend une place croissante dans la navigation.
Le fait que l’initiative vienne d’un acteur IA n’est pas anodin : c’est le signe d’une mutation dans le secteur de la recherche, vers des modèles plus fluides et personnalisés. On se rappelle, d’ailleurs, que quelques mois avant de vouloir mettre la main sur Chrome, Perplexity s’était déjà payé la tête de Google dans une pub au ton moqueur. Rebaptisé « Poogle », le géant y était raillé par l’acteur de Squid Game, Lee Jung-jae, pour ses suggestions absurdes. Un rappel s’il n’en faut que la start-up cultive depuis le départ un positionnement de challenger et compte bien imposer l’approche conversationnelle au milieu de la recherche en ligne.

Un accord peu probable, mais un mouvement révélateur
Bien que Chrome ne soit pas officiellement à vendre, cette démarche est perçue comme un coup de com stratégique (un « marketing masterstroke » peut-on lire) pour Perplexity. Un mouvement aussi audacieux et inattendu lui permet de faire parler de lui et d’attirer l’attention des titres de presse, des conversations, et de multiplier les retombées (en témoigne ce papier !).
Dans ce projet de rachat, certains analystes voient davantage une ambition d’influencer la décision du tribunal et de s’imposer comme une voix majeure dans ce débat plus large sur la concurrence technologique.
Au tribunal désormais de décider de l’avenir de Chrome, et par extension (sans mauvais jeu de mots), de l’équilibre des pouvoirs dans l’écosystème de la recherche. Opportunité d’innovation et de concurrence ? Risque de fragmentation et atteinte au développement du navigateur ? Les scénarios restent ouverts. Qu’elle soit sincère ou purement tactique, l’offre de Perplexity démontre à quelle vitesse les rapports de force évoluent dans l’univers du web. Et rappelle que, face à l’essor de l’IA, même les géants établis peuvent voir leur position contestée.



