Interview : Métavers, NFT, Clubhouse… Pourquoi l’IA réussit là où les autres ont échoué ?

Par Charlotte Pierre

3 septembre 2025

En collaboration avec moonlike

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Apple Vision Pro, Clubhouse, NFT, métavers… Ces dernières années, les « révolutions » technologiques se sont enchaînées à coups de promesses et de plans de communication spectaculaires. Mais beaucoup se sont heurtées à la réalité : celle d’usages trop complexes, trop chers, ou tout simplement déconnectés de la vie quotidienne. Résultat ? Des innovations vite adulées, tout aussi vite abandonnées. À l’inverse, ChatGPT et les IA génératives se sont imposés à une vitesse fulgurante. Pourquoi ? Parce qu’elles cochent les cases essentielles : simplicité, utilité immédiate, bénéfice émotionnel et intégration dans nos routines.

Alors, qu’est-ce qui distingue une révolution ratée d’une transformation durable ? La technologie peut-elle exister sans usage ? Et comment les marques doivent-elles aborder cette frontière fragile entre hype et adoption massive ? Pour décrypter ces enjeux, nous avons rencontré Ghislain de Villoutreys, Directeur de Création chez moonlike, qui revient sur les échecs des innovations passées et sur la puissance (parfois sous-estimée) de la simplicité.

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Crédit photo : moonlike

 

JUPDLC : On a vu ces dernières années des innovations annoncées comme révolutionnaires (metavers, NFT, etc.) qui n’ont jamais vraiment été adoptées. Quel regard portez-vous sur ces tentatives ? 

Ghislain de Villoutreys :  Ces innovations sont toujours des opérations marketing avec des plans de communication hyper puissants qui ciblent les passionnés de nouvelles technologies. Au début, il y a de la curiosité, mélangée à un sentiment de FOMO de la part de cette cible niche obsédée à l’idée d’être la première à en être. Une fois passé le buzz du lancement et des effets d’annonce, il s’agit de recruter des usagers en dehors des early adopters. Et c’est là où ça peut se compliquer si l’usage proposé ne répond pas à un besoin universel et n’apporte pas un progrès tangible, simple à intégrer à son quotidien. 

 

JUPDLC : Diriez-vous que ces projets ont souvent mis la technologie avant l’expérience utilisateur ? 

Ghislain de Villoutreys : On a parfois l’impression que certaines start-ups ou certains départements R&D des GAFA sont trop déconnectés de la vie réelle des gens. La capacité à intégrer un nouvel usage récurrent à sa routine digitale personnelle est très limitée. Les chercheurs font des paris, et les échecs font partie du jeu.

Clubhouse est un très bon exemple. Au départ, l’idée est bonne : et si le son remplaçait le texte pour rassembler une communauté de gens, et en live qui plus est, comme dans la vie ? Mais l’aspect très descendant, peu démocratique, très chronophage et très contraignant de l’expérience était totalement irréaliste. En revanche, le pari du son en social était bon, comme on le voit avec le succès des messages vocaux aujourd’hui, avec une différence majeure qui est la totale souplesse et liberté d’utilisation et de personnalisation. 


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JUPDLC : Pensez-vous que certaines de ces révolutions étaient en réalité de bonnes idées, mais arrivées trop tôt dans un contexte ou un écosystème encore immature ? 

Ghislain de Villoutreys :  Une bonne idée ne suffit pas si elle ne peut pas s’inclure facilement à nos vies. Ses chances de succès tiennent toujours autour de 3 facteurs essentiels :

  • Utilisable sur devices ou apps existants (pas besoin de nouvel outil ou alors très accessible comme une enceinte Bluetooth par exemple, mais pas d’Apple Vision Pro à 4000 €).
  • Une simplicité intuitive
  • Un bénéfice rationnel et émotionnel

Un petit mot sur les NFT : je pense que la hype est très vite retombée, victime de sa bulle, mais je ne serai pas étonné de les voir revenir avec le temps, quand le grand public sera plus familiarisé avec la blockchain, les cryptos, ce qui est en train de se passer petit à petit. La blockchain est une technologie fabuleuse qui redonne le pouvoir de la sécurité aux gens. Il faut juste que son usage se simplifie, se démocratise, et c’est une question de temps.

 

JUPDLC : Prenons un exemple : le métavers. Malgré des milliards investis, la greffe n’a pas (encore) pris. Pourquoi, selon vous ? Qu’est-ce que cet échec raconte sur notre rapport à la technologie immersive ?

Ghislain de Villoutreys : J’avoue être resté très dubitatif devant l’annonce de Mark Zuckerberg lorsqu’il a présenté sa vision du métavers, avec une exaltation pour le moins étrange. Vous vous souvenez ? Je n’y ai jamais cru. Personne n’allait se mettre à acheter des masques virtuels pour acheter des baskets, ou pour faire une vidéo conférence, alors qu’on le fait déjà en deux clics sur Amazon ou Google Meet, et qu’on est totalement satisfait de l’expérience. Et, personnellement, je préfère voir mes clients en réel plutôt que de voir leurs avatars quand je leur présente un appel d’offres en visio.

En plus, on sait bien que l’outil n°1 dans le monde est le smartphone, avec un écran plus ou moins petit, qui n’est pas le lieu de l’immersif. Là aussi, avec le métavers, les « snobs » geek ont essayé de nous faire croire qu’on allait rater le grand train du futur, mais personne ne veut d’un futur qui ne sert à rien. On a déjà assez de mal à régler nos problèmes actuels. Je crois aussi que l’époque commence à sentir les excès de nos temps d’écrans, et dans le peu de temps libre qu’il nous reste, on a plus envie de s’immerger dans la nature, que dans le monde merveilleux de Dior ou Nike avec un casque hors de prix sur la tête. 

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Crédit photo : Pexels / Matheus Bertelli

 

JUPDLC : À l’inverse, l’IA générative (ChatGPT en tête) a trouvé très vite sa place dans les usages, professionnels comme personnels. En quoi cette révolution est-elle différente ? Est-ce une question de timing, de simplicité d’interface, d’utilité ?

Ghislain de Villoutreys :  L’IA coche toutes les cases du succès que j’évoquais plus haut. Elle utilise l’usage social principal qui est le texte, le prompt. Elle apporte un bénéfice rationnel immédiat, quasi magique, qui fait passer Google Search pour un dinosaure. Et  elle produit aussi un bénéfice émotionnel irrésistible, à la limite de l’entertainment, qui est une autre raison moins avouable de son succès. Il n’y a qu’à voir comment certaines personnes font de ChatGPT leur nouveau « BFF » … Ce qui pose d’autres soucis de santé mentale.

 

JUPDLC : Vous mentionnez l’importance de la simplicité dans les idées comme dans les dispositifs. Pourquoi est-ce, selon vous, la condition sine qua non pour qu’une technologie s’ancre dans le quotidien ?

Ghislain de Villoutreys : Nos vies sont suractives, débordent. Il n’y a simplement pas de place pour une expérience compliquée à adopter, qui plus est au détriment d’une existante qui fait déjà le job.

 

JUPDLC : ChatGPT est aujourd’hui adopté, intégré, utilisé dans tous les secteurs. Mais pensez-vous que cette adoption est durable ?

Ghislain de Villoutreys : L’IA est là pour durer et changer le monde. Elle s’intégrera naturellement à tous les aspects de nos vies. Espérons seulement qu’on pourra réguler ses usages les plus nocifs. Malheureusement, on voit déjà beaucoup d’exemples d’utilisation frauduleuse. Mais c’est la nature humaine qui veut ça, et qui se prolonge dans l’artificiel.

 

JUPDLC : Enfin, quel conseil donneriez-vous aux marques ou aux créateurs d’innovations pour éviter les révolutions ratées ?

Ghislain de Villoutreys : Tester, tester, tester,… and learn, learn, learn !

 

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