À la croisée du sport, du divertissement et de la culture digitale, le Crunch Creator s’impose déjà comme l’un des projets les plus ambitieux de cette nouvelle génération d’événements hybrides. Imaginé par Diego Sarthou, aux côtés des équipes d’Ambission et de Agence Côte Ouest, ce « France-Angleterre version créateurs » transpose les codes du rugby dans un format spectaculaire pensé pour les audiences d’aujourd’hui.
Derrière ce projet, une intuition simple mais puissante : faire du rugby un terrain d’expression pour les créateurs de contenu, et transformer un match en véritable expérience immersive. Entre storytelling, casting mêlant influenceurs et légendes du ballon ovale, et production digne des plus grands shows, le Crunch Creator dépasse le cadre sportif pour devenir un objet culturel à part entière.
Dans cet entretien croisé, Brice Beignon, fondateur de Ambission, Flavien Jara, directeur au sein de Agence Côte Ouest et Diego Sarthou, porteur de la vision créative, reviennent sur la genèse du projet, ses ambitions et les défis rencontrés pour donner vie à ce qui pourrait bien marquer un tournant dans la manière de concevoir les événements sportifs.

JUPDLC : Comment est née l’idée du Crunch Creator ? À quel moment avez-vous compris que ce projet pouvait devenir un événement d’ampleur nationale ?
Brice Beignon : Il est né d’une discussion entre Diego et Mathis. Et lorsque nous avons commencé à en parler autour de nous, et notamment à Céline Pauquet du Groupe Sud-Ouest, nous avons senti le potentiel. Mais je pense que l’ampleur nationale est devenue vraiment concrète la semaine d’annonce et d’ouverture de la billetterie. On avait des espérances/objectifs et au final ils se sont réalisés.

JUPDLC : Le Crunch Creator est déjà comparé à un “GP Explorer version rugby”. Est-ce que vous revendiquez cette filiation ou est-ce que vous cherchez à créer un format totalement différent ?
Brice Beignon : Forcément on aurait peut être jamais eu l’idée s’il n’y avait pas eu le GP Explorer ou le DTR Fight. C’est une transposition au monde du rugby, c’est comme ça qu’on l’expliquait aux gens. Par contre, on souhaite se différencier et avoir notre propre touche. Une touche Sud-Ouest et des valeurs du rugby. C’est aussi pour ça qu’on a pris des créateurs qu’on a pas l’habitude de voir dans ces événements.
JUPDLC : 32 créateurs, 8 légendes du rugby, des marques partenaires, un stade comme le Stade Atlantique Bordeaux Métropole… Est-ce que ce type d’événement marque selon vous un changement d’échelle dans la manière dont les créateurs construisent leur influence ?
Brice Beignon : Pour une partie des créateurs en tout cas oui. On voit chez de nombreux influenceurs cette volonté de création : événement, lancement de marque, etc. Et chez Ambission, c’est notre volonté de pouvoir accompagner les créateurs qui ont ces envies.
JUPDLC : On retrouve notamment des figures comme Thierry Dusautoir ou Cédric Heymans aux côtés de créateurs digitaux. Comment avez-vous pensé à l’équilibre entre crédibilité sportive et spectacle ?
Brice Beignon : On a voulu créer un événement qui rassemble TOUT le monde du rugby français : le diffuseur (Canal+), le championnat (Top14), les clubs, les joueurs pro, les anciens joueurs pro, les créateurs de contenus, les fans. On veut que les gens qui viennent le 23 mai ressentent des frissons et profitent pleinement d’un show XXL. Mais ils ne viennent pas non plus pour un match de rugby, ça il y en a tous les week-ends. Donc il fallait trouver le juste milieu entre créateur et légende. On trouve que 4 anciennes légendes par équipe c’est raisonnable et ça laissera l’opportunité aux autres de jouer.
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JUPDLC : Concrètement, comment se répartissent les rôles entre Influence Ambission et Côte Ouest sur un projet de cette ampleur ?
Brice Beignon : Sur un projet de cette ampleur, la logique est assez simple : chacun intervient dans son cœur de métier. Ambission porte l’ADN du projet. Ce sont eux qui ont imaginé le concept du Crunch Creator et qui mobilisent l’écosystème des créateurs de contenu. Ils pilotent la dimension influence, la relation avec les talents et participent activement à la direction artistique globale ainsi qu’à la commercialisation du projet.
Flavien Jara : De notre côté, nous intervenons sur tout le champ de la production et de la mise en œuvre opérationnelle de l’événement. Cela comprend la coordination générale du projet, la production technique, la logistique, la sécurité, la relation avec les prestataires, ainsi que la gestion du budget de production.
Nous prenons également en charge la mise en place opérationnelle des espaces (fan zone, stade, loges, espaces partenaires, etc.), la coordination technique et l’organisation globale du site le jour de l’événement.

Par ailleurs, nous intervenons aussi sur le volet créatif lié à la conception du show au sein de l’événement, la scénarisation du spectacle, le rythme du programme, les dispositifs scéniques et l’expérience vécue par le public, qui fait également partie du cœur de métier de l’agence.
En résumé, Ambission pilote l’univers du projet, la relation avec les talents et la dimension influence, tandis que Côte Ouest assure la fabrication de l’événement, sa production opérationnelle et la conception du spectacle qui va structurer l’expérience sur le terrain. C’est cette complémentarité qui permet de transformer une idée forte en un événement réel et maîtrisé.
JUPDLC : Quel a été le plus gros challenge jusqu’à présent : logistique, coordination des talents, gestion des marques, storytelling… ?
Brice Beignon : Honnêtement, le plus dur ça a été de se dire : est-ce que ça peut vraiment marcher ? Et surtout… est-ce que ça peut marcher à Bordeaux ? Le concept existe déjà ailleurs, donc on savait que l’idée n’était pas complètement folle. Mais chaque territoire est différent, chaque public aussi. On s’est donc beaucoup posé la question de savoir si ce type d’événement pouvait vraiment trouver sa place ici.
Flavien Jara : On a passé plus de huit mois à travailler dessus assez discrètement. À chercher le bon modèle, le bon lieu, la bonne manière de raconter l’histoire. À tester l’idée, à en parler autour de nous, à voir si les gens y croyaient.
Et puis dans ces moments-là, ce qui fait la différence, ce sont surtout les personnes. Diego a été à fond dès le début, puis Mathis et Brice d’Ambission n’ont jamais rien lâché. Même quand on doutait un peu, ils ont continué à pousser le projet, à y croire, et ça a clairement aidé à embarquer tout le monde. Cette énergie elle est tellement rare que quand elle se présente à vous c’est difficile ne pas l’accompagner.
Au final, je pense que ce qui nous a fait avancer, c’est surtout cette énergie collective et l’envie de tenter quelque chose de nouveau ensemble.
JUPDLC : Format adapté (10 joueurs, 3 mi-temps de 20 minutes), village animations dès 18h, show final… Est-ce que vous pensez que ce type de format “sportainment” est l’avenir des événements sportifs nouvelle génération ?
Brice Beignon : Question difficile ! Personnellement, je pense que l’arrivée et surtout le succès de ces formats montrent qu’il y a clairement une attente du public. On le voit avec des événements comme le GP Explorer ou encore l’Eleven All Stars : ils mélangent sport, divertissement, création de contenu et spectacle. Et ça parle énormément aux nouvelles générations qui consomment le sport d’une manière différente, plus immersive, plus narrative aussi.
Flavien Jara : Ce n’est plus seulement un match ou une compétition. C’est une expérience complète : un moment à vivre sur place, mais aussi à suivre en ligne, avec une histoire, des personnalités, un show.
Après, je reste assez lucide. Comme toutes les tendances, ça peut aussi s’essouffler si on reproduit toujours les mêmes recettes. L’enjeu, c’est justement de continuer à innover et à proposer des formats qui gardent du sens et de l’authenticité.
Mais une chose est sûre : ces formats redéfinissent déjà notre métier et la manière de penser les événements sportifs aujourd’hui. On est de plus en plus à la frontière entre sport, spectacle et culture digitale. Et c’est assez passionnant à construire.
JUPDLC : À quel moment tu t’es dit : “Ok, on va faire un France-Angleterre de créateurs dans un stade” ? C’était un rêve, un pari fou, un coup de tête ?
Diego Sarthou : À la base, c’était clairement un rêve. J’ai toujours été quelqu’un qui adore partager ses passions, et le rugby en fait partie depuis longtemps. J’ai réussi à y initier pas mal de mes potes qui n’y connaissaient rien au départ, et ils ont fini par adorer ça.
Quand j’ai commencé à créer du contenu, je me suis dit que le « prime ultime », ce serait un jour de créer mon propre événement autour du rugby. Mais honnêtement, ça me paraissait totalement inaccessible. Et puis, de fil en aiguille, on s’est dit : pourquoi pas tenter. Donc oui, il y a un côté pari fou, presque irréaliste au départ, mais c’est justement ce qui rend le projet excitant.

JUPDLC : Tu passes de créateur à initiateur d’un événement au Stade Atlantique Bordeaux Métropole. Est-ce que ça change ton rapport à ton métier ? Est-ce que tu te sens plus entrepreneur que créateur aujourd’hui ?
Diego Sarthou : Oui, forcément ça change un peu les choses. Je ne suis plus seulement dans la création de vidéos, je suis aussi à l’initiative d’un projet plus global, qui permet de rassembler une communauté autour d’un événement réel.
Aujourd’hui, je dirais que je suis à 70% créateur et à 30% entrepreneur, un peu malgré moi, parce qu’il faut structurer, organiser, gérer… surtout en France où tout est très encadré.
Mais ce qui me fait vibrer avant tout, ça reste la création, les personnages, le côté artistique. L’événement, c’est une extension de ça, mais je n’oublie pas d’où je viens.
JUPDLC : Un France-Angleterre dans le rugby, ce n’est jamais anodin. Qu’est-ce que ça représente pour toi personnellement d’organiser “ton” Crunch ?
Diego Sarthou : C’est énormément de pression, forcément. Un Crunch, c’est symbolique, même à notre niveau. Il y a l’envie de proposer un beau spectacle, de ne pas décevoir les gens, et évidemment d’aller chercher la victoire.
On ne connaît pas encore l’équipe anglaise, mais on sait que ce sera une grosse opposition. Et nous, on part de loin, donc il y a aussi ce défi-là.
Mais au-delà du résultat, c’est surtout une fierté personnelle de réussir à créer ce genre de moment autour d’un sport que j’adore.

JUPDLC : Si cette première édition est un succès, jusqu’où tu veux emmener le Crunch Creator ? Une tournée ? D’autres nations ? Un rendez-vous annuel ?
Diego Sarthou : Si ça prend, l’idée c’est clairement de faire grandir le projet. Pourquoi pas imaginer d’autres affiches, comme un France – All Blacks version créateurs, ou même une forme de tournée. Vu l’engouement, ce n’est que le début d’une grande aventure.
Mais surtout, l’objectif reste le même : continuer à promouvoir le rugby et à donner envie aux gens de s’y intéresser.
Parce que je l’ai vu autour de moi : dès que tu fais découvrir ce sport, les gens accrochent. Au début, ça peut paraître complexe à cause des règles, mais une fois que tu comprends, c’est un sport incroyable. Et si le Crunch Creator peut servir à ça, alors on aura déjà gagné quelque chose.


