TikTok, l’application star de ByteDance, continue de faire des vagues outre-Atlantique. Depuis plusieurs années, elle est dans le viseur de Washington, accusée de menacer la sécurité nationale et de collecter massivement les données des citoyens américains.
La semaine dernière, le président Donald Trump a signé un décret validant la future cession des activités américaines de l’application : une nouvelle étape dans un bras de fer technologique et géopolitique entre les États-Unis et la Chine.

TikTok USA : une nouvelle coentreprise à majorité américaine
Le décret signé par Donald Trump prévoit la création d’une nouvelle coentreprise, majoritairement contrôlée par un consortium d’investisseurs américains. Sur les sept sièges du conseil d’administration, six seraient occupés par ces nouveaux partenaires. Le consortium devrait acquérir environ 50 % du capital de la société.
Parmi les noms avancés : Larry Ellison (Oracle), Silver Lake, ou encore MGX, un fonds d’investissement soutenu par l’État des Émirats arabes unis. Les noms de Michael Dell (Dell Technologies) et de Rupert Murdoch, magnat des médias, circulent également. Autant d’alliés politiques de Trump, renforçant l’idée d’une opération hautement stratégique.
De son côté, ByteDance conserverait une participation minoritaire (moins de 20 %), se conformant ainsi à la loi américaine de 2024 (Protecting Americans from Foreign Adversary Controlled Applications Act ou PAFACA), qui impose une séparation claire avec tout acteur considéré comme « adversaire étranger ».
Une valorisation à la baisse et un algorithme sous licence
Cette transaction suscite des interrogations, notamment autour de la valorisation de TikTok USA. Le vice-président américain JD Vance a avancé une estimation de 14 milliards de dollars, largement en deçà des chiffres précédents qui oscillaient entre 30 et 40 milliards. Pour Ashwin Binwani, fondateur d’Alpha Binwani Capital, il pourrait s’agir de « l’acquisition technologique la plus sous-évaluée de la décennie ». Plusieurs analystes dénoncent une transaction de faveur (sweetheart deal) pour les proches du président.
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Autre sujet sensible : l’algorithme de TikTok, moteur de son succès mondial. La nouvelle entité recevra une copie de cet algorithme, mais la propriété intellectuelle restera entre les mains de ByteDance, qui le louera sous licence à la coentreprise. D’après Reuters, l’ordre exécutif précise que l’algorithme devra être « retrained and monitored » (reformé et surveillé) par des partenaires de sécurité américains. Objectif : protéger les données des 170 millions d’utilisateurs américains.
Incertitudes pour les marques et les utilisateurs
Derrière cette restructuration, de nombreuses zones d’ombre subsistent. D’abord sur le plan politique : la composition du consortium, fortement marqué par des personnalités proches de Trump, fait craindre une politisation de la plateforme. Si le président assure qu’elle ne sera soumise à « aucune orientation partisane », un éventuel glissement éditorial pourrait nuire à l’image de TikTok, faire fuir les utilisateurs et refroidir les annonceurs.
Ensuite, sur le plan technique. Le cœur de l’efficacité de TikTok réside dans son algorithme de recommandation, clé de la viralité et des performances publicitaires. Reste à savoir si une version « reformée » sous contrôle américain sera aussi performante et si la confiance des utilisateurs comme des marques pourra être maintenue.
Enfin, la question des données historiques, déjà collectées par ByteDance, reste largement non résolue. La transparence et la souveraineté numérique restent donc au cœur des débats.
Pour l’heure, ByteDance n’a pas encore confirmé officiellement les modalités de l’accord. La date limite fixée par le gouvernement américain a été repoussée au 16 décembre 2025, laissant quelques mois aux parties pour finaliser (ou non) le projet. Entre pressions politiques, enjeux économiques et incertitudes technologiques, TikTok USA n’a pas encore trouvé son nouveau visage. Affaire à suivre au prochain épisode.

