Balance ton agency, la page Instagram qui dénonce le sexisme dans la pub

Balance ton agency, la page Instagram qui dénonce le sexisme dans la pub

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Depuis maintenant une semaine, la page Instagram Balance Ton Agency fait réagir les internautes et les membres de la communauté publicitaire. Il s’agit d’un compte qui récolte les témoignages de personnes issues du monde des agences, affirmant être victimes de sexisme, harcèlement et/ou de pressions psychologiques. Il met alors en ligne des phrases particulièrement offensantes et vulgaires.

Visant à dénoncer les comportements déplacés mais également les problématiques de harcèlement dans les agences de communication, ce compte rassemble déjà plus de 4 000 abonnés. Ainsi, il vient chambouler le quotidien des agences, déjà impacté par la crise du covid19.

Malgré les volontés de changement liées au #MeToo de la pub en 2019, le monde de la communication ne semble pas s’être assaini pour autant…

Afin d’en savoir plus sur cette page et les ambitions qu’elle porte, nous avons échangé avec la personne à l’origine de sa création. Nous lui avons alors posé nos questions dans le cadre d’une interview exclusive. Cette personne a par ailleurs souhaité resté anonyme, chose que nous respecterons.

 

– Pourquoi avoir créé cette page ? Quelle est le point de départ et quelle est l’ambition finale ?

J’ai créé cette page lorsque je cherchais du travail en agence de pub. J’avais envie d’un environnement sain, d’une bonne ambiance de travail et d’un salaire correct… Tout ce que l’on attend d’une agence de pub en somme. Puis, la rude réalité m’est apparue, je devais revoir mes critères à la baisse.

Avec tout ce que j’avais entendu sur les agences parisiennes, je me rendais compte que mon souhait n’était pas réalisable. On avait tous des échos d’expériences de collègues qui nous avaient refroidis. « Vas pas là bas, le boss c’est un pervers narcissique » « J’ai une copine qui travaille dans telle agence et elle a fait un burn out suite à du harcèlement », etc.

Se mettre en freelance devenait non plus un choix mais une obligation pour préserver sa santé mentale et physique. Mais pourquoi choisir une situation moins stable qu’un CDI alors que ce sont des collaboratrices et des collaborateurs qui sont instables ? Ce n’est pas normal !

C’est là que je me suis dit : « Il se passe plein de choses et personne n’en parle, et si je faisais un compte pour dénoncer les abus ? ». Parce que malgré les combats féministes que l’on mène, malgré le #metoo de la pub en 2019 et d’autres mouvements, il existe encore beaucoup de discriminations.

L’ambition finale de cette page Instagram est de libérer la parole des victimes et faire cesser ces comportements pour protéger les personnes harcelées. Ensuite, il s’agit de récolter suffisamment de témoignages pour faire bouger les choses et soutenir les victimes. Et puis à terme, l’idée serait de mettre en lumière, après la bataille, les agences où il fait bon vivre tout en désignant celles qui posent problème. Il faut dire aux harceleurs « on vous voit »

 

 

– As-tu été victime de ce que tu mets en évidence sur cette page ?

Je suis dans ce milieu depuis quelques années. J’ai été victime de harcèlement moral dans presque toutes les agences que j’ai pratiquées.  Je remarquais que tout le monde se taisait, personne ne défendait personne et que souvent, les hommes gloussaient entre eux à la moindre remarque sexiste, homophobe ou autre … Et puis les burn out se comptaient par dizaines, comme si cela faisait partie intégrante du « jeu ».

En général, les femmes ne revenaient jamais, se reconvertissaient… La blague d’élever des chèvres dans le Larzac devenait une option que l’on commençait sérieusement à considérer.

 

 

– La page Instagram est passée à 4 000 abonnés en moins d’une semaine. Comment expliques-tu cela ?  Est-ce le symptôme que rien n’a changé dans le monde de la publicité ?

Je pense que tout le monde attendait cette page. Moi en priorité. Je sais que c’est bien plus risqué de nommer les agences à chaque publication. Mais c’est plus engageant. C’est d’ailleurs cela qui a permis aux victimes de se livrer.

Quand on commence à voir des posts sur une agence qui nous rappellent une triste expérience personnelle, c’est là qu’on se dit « Je dois apporter ma pierre à l’édifice ! Je connais sûrement la personne qui se cache derrière le témoignage alors je me dois de la soutenir !

Lorsque j’ai commencé à follow des gens du milieu, les agences renommées mais également des structures moins populaires, personne n’osait s’abonner ! Puis, un témoignage à suffit pour faire exploser le compte. C’est le bouche à oreille, méthode vieille comme le monde, qui reste finalement le moyen de communication le plus fort !

J’avoue que pour Braaxe, cela a été complètement inattendu. Il a suffit d’un seul témoignage pour que tous les autres affluent. C’est là que j’ai compris la portée que pouvait avoir le compte… trois jours après l’arrivée des premiers témoignages, l’agence était obligée de faire un communiqué de presse. Et le fondateur a préféré rester chez lui jusqu’à nouvel ordre. Mais on ne va pas s’arrêter là.

Ensuite, les Lionnes ont pris le relais. Notez qu’elles sont habilitées à accompagner les victimes, les soutenir psychologiquement et peuvent mener des enquêtes sérieuses sur chaque agence sur laquelle un dossier est ouvert.

 

 

– Pourquoi rester anonyme, contrairement au mouvement des Lionnes ? Par sécurité ? Est-ce que tu souhaites collaborer avec elles de manière régulière ?

Je reste anonyme parce que ce qui prime c’est le témoignage des victimes. Pas de savoir qui je suis. Je ne veux pas que l’on se détourne de l’objectif principal qui est de récolter suffisamment de témoignages de manière anonyme pour faire bouger les choses. Savoir qui je suis, n’est pas essentiel à la cause. C’est ma démarche et ce que les victimes me livrent qui importe !

 

 

– Ne crains-tu pas d’impacter l’ensemble des collaborateurs des agences citées en faisant ces post, qui ne ciblent pas uniquement une personne, mais toute une entreprise ?

Dans le cas précis de Braaxe, les accusations étaient majoritairement portées sur une seule personne. Je rappelle de façon régulière sur le compte Balance ton Agency qu’il est important de ne pas mettre l’accusé, les salariés et les victimes dans le même panier ! Là, les témoignages mettaient en cause directement le fondateur. Ce dernier empêchant la libération de la parole.
Beaucoup de femmes précisaient, à la vue des nombreux témoignages, qu’elles pensaient être les seules à subir ces agissements.

Concernant les autres agences, j’attends de voir. J’ai reçu énormément de messages. Chaque cas est unique. Malheureusement il arrive dans certaines sociétés, que plusieurs personnes soient responsables d’actes malveillants. Parfois, c’est l’ADN entier d’une agence qui doit changer, parfois une seule personne est responsable d’une ambiance délétère, parfois plusieurs …

Les solutions en entreprise pour se protéger des agissements c’est de pouvoir contacter la médecine du travail, les ressources humaines, les délégués syndicaux … Si ces solutions ne fonctionnent pas en interne et que les personnes viennent vers moi pour se confier c’est qu’il y a un réel problème d’organisation et de gestion ce qui n’est pas normal ! Il y a un vrai sujet à traiter !

 

 

– Suite au #Metoo de la pub il y a quelques temps, est-ce que la situation a évolué ?

Si les choses avaient réellement changé, je n’aurais pas reçu cette centaine de messages en moins d’une semaine… Le problème c’est le sexisme mais aussi le racisme et l’homophobie…

 

 

– Est-ce un problème inhérent au top management et à la position hiérarchique des décideurs ?

Evidemment. L’abus de pouvoir est problématique et beaucoup en usent. Les positions élevées permettent parfois d’agir en toute impunité. Et généralement, on n’ose pas parler car la personne qui nous a harcelée est trop haut placée. Elle peut, par conséquent, user et abuser de son pouvoir pour ternir notre réputation et nous empêcher de retrouver du travail. C’est la première raison pour laquelle on a peur de parler. « Si je parle, je risque de ne pas retrouver de boulot » et ça c’est dramatique, surtout en pleine période de pandémie où les emplois se font encore plus rares…

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– Comment faire évoluer les choses par la suite ? As-tu des idées, des formats ou des envies pour débloquer la situation ?

Pour débloquer la situation l’idéal serait déjà d’agir en interne et de savoir si toutes les mesures sont mises en place pour venir en aide aux victimes, ce qui n’a pas l’air d’être le cas.

Je tiens absolument à mettre en avant les agences les plus bienveillantes dans un second temps car elles existent. Pour le moment, la seule raison pour laquelle les agences sont en top visibilité c’est parce qu’elles ont gagné des prix ou parce qu’elles ont de gros budgets et qu’on se dit que c’est pas mal pour le CV ! En réalité, niveau bien être en entreprise, c’est souvent loin d’être suffisant.

Il faut donc penser à traiter le problème par la racine. C’est-à dire au sein des écoles de communication ou de pub ! C’est la que l’on forme les potentiels futurs harceleurs. Alors pourquoi pas des cours sur ce sujet ?

Je pense aussi à encourager les hommes à se réveiller, à donner l’exemple. Je partage en non anonyme quand ils le souhaitent, leurs témoignages d’encouragements. C’est à eux de prendre réellement part au débat !

 

 

L’agence Braaxe a publié un communiqué de presse, précisant la situation. Le dirigeant ayant volontairement quitté l’agence, afin de laisser l’enquête avancer sereinement.

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2 comments

  1. Bonjour,
    Bon conseil en effet de se rapprocher, salariés comme employeurs, de son service de santé au travail, généralement à Paris le CMPC, service « pro » des secteurs de la communication.

  2. Pourquoi aucun des témoignages n’est signé ? On est très loin de #metoo là.

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