La place des femmes dans l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel

En collaboration avec EICAR
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Ces dernières années, sous les alertes de mouvements « féministes », la place de la femme dans nos sociétés — principalement occidentales — est devenue un enjeu majeur. Il semble, en effet, que nombre de militants pour les droits des femmes soient en désaccord avec le rôle qui serait traditionnellement imposé à la gent féminine dans nos sociétés de tradition patriarcale. Si le combat mené interroge la juste place de la femme au sein de la société en tant que consommatrice et actrice des choix sociétaux et économiques, la lutte féministe occupe aussi, en toute logique, le terrain de la représentation de la femme à la télévision et au cinéma. Un champ de bataille stratégique qui, selon elle, conditionne le chemin de vie des femmes et qui doit évoluer pour les représenter dans leur réalité et leur diversité, hors des stéréotypes, par définition caricaturaux et infidèles au réel.

Quelle place occupe donc la femme sur les petits et grands écrans ? Comment celle-ci est-elle représentée ? Et comment ces représentations évoluent-elles ?

 

L’évolution de la place de la femme en télé

Du métier de speakerine (ou hôtesse aimable et jolie des programmes) …

En France, l’Histoire des femmes à la télévision débute dans les années 1930 avec les premières speakerines, ces femmes qui apparaissaient à l’image pour présenter les programmes de télévision aux téléspectateurs. Le 14 avril 1931, Suzanne Bridoux faisait des essais devant une caméra. En avril 1935, Béatrice Bretty, compagne du ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones Georges Mandel ; racontait une tournée de la Comédie Française à laquelle elle avait participé. Puis, en novembre 1935, c’est Suzy Wincker qui lançait la première émission de télévision en « haute définition » depuis le ministère des Postes et Télégraphes, rue de Grenelle à Paris.

Cependant, il faudra attendre 1949, pour voir apparaître la toute première speakerine officielle sous le nom de Jacqueline Joubert et qui tiendra son rôle jusqu’en 1957, avant de devenir, en 1966, productrice et réalisatrice d’émissions de variétés. Mais la speakerine la plus populaire de la télévision française est certainement Catherine Langeais qui officia de 1949 à 1975. Fille de notables (son père était normalien), elle est engagée à la Radio Télévision Française (RTF).

Disparues des ondes télévisuelles françaises en 1993, les speakerines ont été des figures emblématiques des débuts de la télévision. De nos jours, elles sont désormais systématiquement remplacées par des voix hors champ et l’évocation de la speakerine dans la conscience collective renvoie généralement à l’idée de la femme « potiche », bel ornement auquel on n’en demande pas plus que de réciter de manière policée le texte qu’on lui dicte.

À partir des années 1980, c’est l’apparition des coco-girls de Stéphane Collaro dans ses émissions « Coco-Boy » (1982-1984), « Cocoricocoboy » (1984-1986), puis « Collaricocoshow » (1987). Ces quatre jeunes femmes, anciennes danseuses de cabaret, sont l’atout charme des émissions et apparaissent dans des tenues légères et sexy pour chanter et danser. L’animateur vedette des années 1980 aurait déclaré ces paroles certifiées incorrectes en 2022, lors de leur création : « Elles ne sont pas tristes à regarder, mais on les entendra aussi. Car ça m’énerve de voir les belles filles traitées comme des potiches dans les émissions de télévision. Les quatre que j’ai, je vais tenter d’en faire la coqueluche des téléspectateurs. Je vais les faire parler, bouger, danser, chanter. Je veux qu’elles soient sexy et drôles ». Cependant, les coco-girls n’ont jamais interprété les chansons et ne faisaient que les mimer en playback. Parmi les coco-girls restées célèbres, on compte Sophie Favier de 1982 à 1984 et Fabienne de 1985 à 1990. Cette dernière présente aujourd’hui le téléshopping sur TF1.

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Dans un autre rôle – mais symboliquement similaire ? – la femme à la télévision, c’est aussi la présentatrice météo. Qu’elle soit « traditionnelle » comme Evelyne Dhéliat sur les grandes chaînes, ou élevée (ou plutôt abaissée) au rang de Miss sur Canal+ avec Doria Tillier ou Louise Bourgoin, animer la météo reste, dans la mémoire collective, un rôle principalement féminin, peu valorisé dans la hiérarchie du paysage audiovisuel français (PAF), souvent superficiel, voire superflu – finalement pas si éloigné de la speakerine.

Or, si le rôle de la speakerine était de réaliser la transition entre les programmes ou d’animer les programmes de divertissement, aujourd’hui, les femmes en télévision sont de « vraies » journalistes professionnelles ou des expertes qui traitent tous les sujets. Un nouveau statut qui leur donne du crédit et les libère du carcan ornemental dominant dans lequel elles étaient confinées jusqu’à présent.

 

… à celui de journaliste !

En 1976, Hélène Vida devient la première femme à présenter le journal télévisé du soir, en tant que suppléante. En 1981, Christine Ockrent présente ce même journal de 20 heures en alternance avec Patrick Poivre d’Arvor, en même temps qu’elle en devient Rédactrice en chef adjointe. Puis, Anne Sinclair anime, seule, plusieurs émissions d’information, dont le célèbre magazine politique 7 sur 7 sur TF1 de 1984 à 1997. Sur la même chaîne, Claire Chazal présente les journaux télévisés du vendredi soir et des weekends de 1991 à 2015. Aujourd’hui, Christine Kelly, Anne-Claire Coudray ou Anne-Sophie Lapix font partie du PAF (paysage audiovisuel français). Cette dernière, diplômée de Sciences Po Bordeaux et du réputé Centre de Formation des Journalistes de Paris (CFJ), intègre les rédactions de LCI, M6, TF1, France 5, puis France 2 pour y présenter le journal de 20 heures à temps plein depuis le mois de septembre 2017.

De fait, les femmes sont donc aussi présentes lors des grands rendez-vous et emploient une liberté de ton qui leur est propre. On se souvient de l’interview du président François Hollande, le 14 avril 2016 sur France 2, par David Pujadas et Léa Salamé, lors de laquelle la journaliste avait créé une polémique en rétorquant à son invité : « C’est une plaisanterie ? ». Plus récemment, le 30 septembre 2021, on se rappelle l’entretien accordé à Anne-Sophie Lapix par Xavier Bertrand, Président de la Région Hauts-de-France, au journal télévisé de France 2. La journaliste avait alors rappelé au candidat à l’investiture pour les élections présidentielles pour le parti Les Républicains, qu’il n’était « pas au second tour dans les sondages », laissant son interlocuteur muet pendant plusieurs secondes.

 

Les femmes et les hommes ont-ils le même temps de parole à l’antenne ?

Dans les émissions de divertissement quotidiennes, des efforts de parité homme-femme sont réalisés : parmi les 35 chroniqueurs réguliers de l’émission Touche pas à mon poste ! Sur C8, 17 sont des femmes (48,5%). Face à elle, l’émission Quotidien, animée par Yann Barthès, affiche un taux de présence féminine de 37 % avec 16 intervenantes régulières sur 43. Leur rôle évolue également. Si dans l’émission fétiche de C8, certaines d’entre elles sont valorisées pour leur plastique, telles que Enora Malagré, Agathe Auproux ou Kelly Vedovelli, d’autres adoptent un rôle plus « professionnel » : Sandrine Sarroche est humoriste et chansonnière, Géraldine Maillet est romancière et scénariste, et Valérie Bénaïm, journaliste. L’émission Quotidien fait principalement intervenir des journalistes et des auteures qui tiennent des rubriques à visée informative, culturelle et sociétale comme Anne Depétrini, Ambre Chalumeau ou Lilia Hassaine.

Mais qu’en est-il de la représentation réelle des femmes à l’antenne ? Selon un rapport du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) publié le 4 mars 2021, la part des femmes présentes à l’antenne – télévision et radio confondues – est de 41 % (contre 59 % d’hommes). Si les radios piétinent (39 % soit -1 point par rapport à 2019), les télévisions présentent un taux en hausse (43 % soit +1 point par rapport à 2019) et continuent de se rapprocher de la parité. Pour autant, à présence égale, les femmes s’expriment toujours moins que les hommes. Le temps de parole des femmes à l’antenne, mesuré par l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) est de 35%. Celui-ci est inférieur au taux de présence mais reste relativement stable par rapport à 2019.

Pendant le confinement, en revanche, le temps de parole des femmes a baissé à la télévision et à la radio, rapporte l’INA, après avoir analysé 700 000 heures de programmes à l’aide d’une intelligence artificielle. La période de confinement a été marquée par un recul de la présence vocale des femmes à la télévision et à la radio. Un décrochage particulièrement notable sur les chaînes d’information en continu qui a vu une baisse de 11,4 % de temps de parole par les femmes pour l’ensemble des catégories de chaînes. Une baisse qui atteint le seuil inférieur maximal de -15,3 % pour les chaînes thématiques.

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Crédit photo : INA

Est-ce à dire que le microcosme télévisuel serait particulièrement sexiste, voire misogyne ? « Je veux pas être méchant mais une femme, c’est quand même plus agréable à regarder qu’à écouter. », déclarait Marcel Jullian, président d’Antenne 2, à Anne Sinclair au sujet de la place de la femme dans les médias (Encore un jour et l’année de la femme, ouf, c’est fini !, 1975). Lors du même entretien avec la journaliste, Pierre Bellemare, animateur et producteur de télévision française ajoutait : « Il y a quelques animatrices de télévision mais ça ne me semble pas être un métier féminin. […] Je ne sais pas trop à quoi ça sert l’année de la femme ». Enfin, Jacques Martin, animateur de radio et télévision, affirmait : « Notre métier est un métier d’homme. On prend tellement de risques pour faire nos sujets que j’aurais peur qu’il arrive un accident à une femme ».

Plus récemment, le 8 juin 2017, le CSA sanctionnait la chaîne C8 d’une privation de ressources publicitaires de deux semaines pour « atteinte au respect de la personne humaine et pour sexisme ». Une salve de plaintes lui avait été adressée à la suite de la diffusion d’un épisode de Touche pas à mon poste ! dans lequel l’animateur avait posé la main d’une de ses chroniqueuses sur son entrejambe alors qu’elle avait les yeux fermés. Une scène digne des plus grands films pour adultes diffusée à une heure de grande écoute, et qui a choqué une partie de l’audience.

Et sur le grand écran, qu’en est-il des représentations de la femme ?

 

Quelle place pour la femme au cinéma (et dans les films) ?

Demoiselle en détresse VS femme fatale

Traditionnellement, dans l’imaginaire collectif, la femme au cinéma est représentée, au choix, par la demoiselle en détresse ou par la femme fatale. Comme incapable de représenter la femme dans sa complexité, sa dualité et sa diversité, le cinéma appuie sur les archétypes féminins, monoblocs et sans nuances, à la manière des personnages inspirés de la commedia dell’arte qui personnifient individuellement un trait de caractère (chez Molière, Scapin représente la ruse et Géronte l’avarice). Un parti pris sans doute produit des fantasmes des hommes qui les mettent en scène.

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Crédit photo : Adobe Stock

D’un côté de cette dualité : l’héroïne romantique, mère douleur qui se sacrifie, toujours victime d’un monde sans pitié. Douce et aimante, mère idéale, celle-ci se caractérise surtout par une certaine passivité ou du moins, une impuissance face à un destin qui semble s’acharner sur son sort. Elle est souvent sauvée par le prince charmant — mais pas toujours — l’homme viril, vecteur de sa transformation, décodeur de son monde, qui la tire de sa condition morose pour une vie meilleure. Dans Drive, le « conducteur » permet à Irene, sa voisine de palier qui élève seule son fils, de repartir à zéro et d’offrir à ce dernier une nouvelle vie en sécurité. Dans Dancer in the Dark, Selma élève aussi son fils, seule, et se sacrifie pour le sauver, à la manière d’une Fantine moderne qui donne sa vie pour Cosette. Seulement, pas de Jean Valjean dans cette version de la misère moderne.

De l’autre côté de cette monnaie, comme incompatible avec la précédente, se trouve la femme fatale, la séductrice. Maîtresse de son propre destin et de sa transformation, active et sulfureuse, celle-ci ne compte que sur elle-même – et l’usage de son corps – pour atteindre ses objectifs. On pense dans ce rôle, à Barbarella (du film éponyme, 1968) et sa manière d’offrir son corps pour se sortir des mauvaises passes. Ou encore, à Camille, l’héroïne du Mépris de Jean-Luc Godard (1963) qui, délaissée par un mari faible et lâche, sera l’actrice de la désagrégation de son couple.

 

La femme plurielle en tête d’affiche

À partir des années 1970, si la femme n’occupe les têtes d’affiches qu’en de très rares occasions, notamment dans le cinéma français, celle-ci quitte peu à peu son rôle de « faire-valoir » pour incarner des personnages plus complexes. Dans Le passager de la pluie (1970), Marlène Jobert incarne Mélie qui, agressée et violée chez elle, tue son agresseur et se retrouve mêlée à une intrigue qui la dépasse. La même année, dans Les choses de la vie, Hélène, l’amante, et Catherine, l’ex-femme, sont l’objet des turpitudes de Pierre qui le mèneront à sa perte. Dans un registre moins dramatique, c’est aussi le rôle de Jane (Raquel Welch) dans L’Animal de Claude Zidi (1977) qui joue au jeu du chat et de la souris avec Mike (Jean-Paul Belmondo) tout au long du film. La femme au cinéma, c’est aussi Le Dernier Tango à Paris (1972), Histoire d’O (adapté du roman éponyme de Pauline Réage, 1975) ou La dérobade (1979), qui exposent crûment la lutte intérieure de la femme entre soumission et émancipation vis-à-vis de l’homme manipulateur et ses désirs primaires.

En 1976, autre salle autre ambiance, dans Docteur Françoise Gailland, où Annie Girardot obtient le premier rôle et la tête d’affiche sur laquelle elle apparaît seule. Elle y joue le rôle de Françoise, médecin chef de service hospitalier, efficace et précise au travail, mais en proie à une vie familiale tumultueuse entachée par l’adultère qu’elle et son mari commettent, deux enfants à la dérive et un coup du sort qui lui fera reconsidérer ses priorités. Le film se classe 9ème au box-office des salles françaises avec plus de 2 600 000 entrées sur l’année 1976 (le premier étant Les dents de la mer avec plus de 6 200 000 entrées).

Dans les années 1980 et 1990, la femme au cinéma, c’est aussi la femme professionnelle. Celle qui évolue dans la hiérarchie du monde du travail par ses seules compétences techniques. Le lieutenant Ellen Ripley dans Alien (1979) ; Alex, cette jeune soudeuse sur les chantiers qui rêve de devenir danseuse (Flashdance, 1983), Charlie dans Top Gun (1986) ou J.C., femme d’affaire carriériste, dans Baby boom (1987). C’est aussi la mauvaise mère qui quitte le foyer en laissant derrière elle ses enfants (Kramer contre Kramer, 1979) ou qui oublie son fils à la maison (Maman, j’ai raté l’avion !, 1990). En France, dans Les Visiteurs (1993) ou Un indien dans la ville (1994), la femme joue encore les seconds rôles dans des duos antagonistes similaires : dans le premier, Marie-Anne Chazel est Ginette, une marginale sans domicile fixe, et Valérie Lemercier incarne Béatrice de Montmirail, aristocrate, descendante de Godefroy de Montmirail (Jean Reno). Dans le second, Miou-Miou est Patricia, française devenue indienne en Amazonie, et Arielle Dombasle joue Charlotte, le stéréotype de la parisienne bourgeoise et maniérée. Des seconds rôles certes, mais qui mettent en lumière les faiblesses de l’homme et sont vecteurs de sa transformation pour le mieux, notamment dans la prise de conscience de son rôle de père (Un indien dans la ville).

Petit à petit, les femmes commencent également à tenir le premier rôle en télévision, notamment lorsqu’il s’agit de mettre en avant leurs qualités maternantes qui pansent les maux de la société : Fran Fine dans Une nounou d’enfer (1993), Joséphine Delamarre dans Joséphine, ange gardien (1997) ou Nina (de la série éponyme, 2015), qui choisit de devenir infirmière plutôt que médecin afin d’être plus proche des patients. Les années 1990 voient également l’arrivée de la femme à poigne, commissaire ou juge, supérieure hiérarchique qui doit s’imposer dans un milieu masculin et des subalternes parfois réticents à être dirigés par une femme.

En 1993, la série Julie Lescaut met en scène Véronique Genest dans le rôle de la désormais célèbre commissaire. La série prendra fin en 2014 après 101 épisodes et 22 ans de succès avec 7,5 millions de téléspectateurs pour les derniers épisodes. Dans la même ligne, la série policière Une femme d’honneur (1996), fait jouer à Corinne Touzet le quotidien d’une mère de famille, Isabelle Florent, qui dirige une brigade de la gendarmerie nationale. Le dernier épisode est diffusé en 2008 et offre une belle longévité à cette série qui cumulait une audience de 8 à 12 millions de téléspectateurs par épisode. Enfin, la série Le juge est une femme qui met en scène les enquêtes menées par les juges d’instruction Florence Larrieu puis Alice Nevers, secondées par des officiers de police judiciaire, sera diffusée de 1993 à 2020 et cumulera de 4 à 9 millions de fidèles par épisode.

Retour sur le grand écran ! Que deviennent les femmes au cinéma ?

Dès lors, la femme revêt au cinéma toutes les facettes de ce qu’elle peut être dans la réalité, avec ses qualités et ses travers : acheteuse compulsive dans Confessions d’une accro du shopping (2009), très impliquée dans son travail dans Working girl (1988) et Le Diable s’habille en Prada (2006), mais aussi femme moderne ou junkie, voire gangster (Boulevard de la mort, 2007) et flic (Millenium, Charlie et ses drôles de dames ) ou tueuse (Kill Bill, 2003). En France, le premier rôle féminin de la décennie 2000-2010 revient sans doute à Audrey Tautou qui joue Amélie Poulain dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001), jeune femme rêveuse et idéaliste qui consacre sa vie à aider les autres. Un des plus gros succès commerciaux mondiaux pour un film français, le long-métrage de Jean-Pierre Jeunet remporte quatre Césars, dont celui du meilleur film. Celui-ci se classe 10ème du box-office français avec plus de 8 600 000 entrées et entre 2000 et 2009, reste le seul film dans le Top 40 des entrées en France à proposer une tête d’affiche féminine.

De 2010 à 2019, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? (2014) est n°2 au classement des entrées en France, derrière Intouchables (2011). Celui-ci met en avant les choix maritaux des quatre filles d’un couple de bourgeois catholiques français. Si la thématique du long-métrage est le racisme, les femmes sont encore représentées dans leurs rapports aux hommes plus que mises en avant pour leurs choix professionnels ou leurs qualités personnelles.

Cependant, celle-ci est encore peu représentée dans des rôles centrés sur le business et le monde de l’entrepreneuriat. Joy (2015) raconte l’histoire de Joy Mangano, mère célibataire de deux enfants, inventrice du balai serpillière auto-essorant dans les années 1990. Loin d’une héroïne à la Anna Wintour, Joy invente un balai qui, tout révolutionnaire qu’il soit, reste éternellement associé aux tâches ménagères majoritairement remplies par la femme et par conséquent, ne parvient pas à déconnecter totalement celle-ci de son rôle de maîtresse de maison.

Plus récemment, le 9 décembre 2021, le tournage de Bad Blood (à paraître) a été annoncé comme le biopic qui raconte le scandale de Theranos, l’histoire vraie d’Elizabeth Holmes, la plus jeune entrepreneuse milliardaire au monde, jugée aux États-Unis pour onze accusations de fraude et qui encourt jusqu’à vingt ans de prison.

 

Vers l’apparition et la représentation de nouveaux modèles ?

Si l’évolution des représentations cinématographiques de la gent féminine est l’occasion de façonner une nouvelle image de la femme adulte, celle-ci s’adresse également aux enfants, et particulièrement aux jeunes filles, par l’intermédiaire du secteur du divertissement mené par la Walt Disney Company.

Créée en 1923, la Walt Disney Company est aujourd’hui le premier groupe de divertissement au monde avec un chiffre d’affaires de 65,3 milliards de dollars en 2020. La multinationale est un groupe de médias qui endosse un rôle social de premier ordre, notamment par son influence sur les représentations d’un jeune public au niveau mondial — et en particulier celui des petites filles. Dans ce contexte, Disney a opéré depuis quelques années un virage idéologique remarquable qui fait évoluer ses personnages féminins et, par conséquent, les représentations des jeunes filles quant à leur rôle social.

La première évidence est la rupture qu’a opérée le studio de divertissement avec ses productions historiques. Exit les princesses passives qui n’avaient pour horizon qu’une vie de femme mariée — à un prince tant qu’à faire — personnifiées par Cendrillon, Blanche-Neige et Aurore de La belle au bois dormant. Les héroïnes de Disney sont aujourd’hui des personnages au caractère bien trempé, des chasseuses qui manient l’arc comme personne, ou des reines aux pouvoirs magiques extraordinaires. Raiponce (du film éponyme, 2010), Mérida (Rebelle, 2012), et surtout Elsa dans La Reine des neiges (2013) sont des femmes fortes et indépendantes qui n’attendent point l’apparition magique et triomphale d’un prince pour prendre leur destin en main.

De même, dans l’adaptation live action d’Aladdin (2019) par Guy Ritchie, la princesse Jasmine est bien plus active que dans l’animation de 1992. Le Roi lion (1994) n’a pas non plus échappé à une adaptation en 2019, dans laquelle Beyonce joue le rôle de Nala, la lionne qui prend part au combat contre Scar pour recouvrer la Terre des lions.

Mais c’est sans doute au sein de l’univers Marvel que l’évolution du rôle des femmes est la plus remarquable. Black Widow (2021), réalisé par une femme, Cate Shortland, avec pour héros principal l’agent Natasha Romanoff, réalisait 343,6 millions de dollars dans le monde (dont 167,1 millions en Amérique du Nord), le 1er août 2021, soit un mois à peine après sa sortie. En juin de la même année, la billetterie américaine annonçait que le film avait réalisé le plus de préventes de l’année, devançant d’autres succès de la franchise menés eux par des rôles principaux masculins (Doctor Strange et Spider-Man : Homecoming). Quatre ans auparavant, c’est la société Warner qui réussissait le 5ème démarrage de l’année 2017 avec Wonder Woman, réalisé par Patty Jenkins. Le blockbuster amassait au total 821,8 millions de dollars de recettes dans le monde.

Enfin, la troisième partie de la saga Star Wars (épisodes VII, VIII, IX) se féminise à son tour avec une héroïne du nom de Rey, pilleuse d’épaves solitaire et abandonnée par sa famille. Si ce troisième volet de la saga légendaire fut un succès artistique et commercial, la critique féministe se veut, quant à elle, plus réservée. Suffit-il qu’une femme occupe le rôle principal pour la valoriser ? Encore faut-il que celle-ci représente un personnage profond, complexe et pertinent pour éviter l’écueil du personnage féminin stéréotypé.

 

La parité et l’égalité sont-ils de mise dans le milieu du cinéma ?

Pour analyser la représentation des femmes dans les films, on peut utiliser le test de Bechdel, du nom de la dessinatrice Alison Bechdel, et qui vise à mettre en évidence la surreprésentation des protagonistes masculins ou la sous-représentation des personnages féminins dans une œuvre de fiction. Le test repose sur trois critères : le film doit mettre en scène au moins deux femmes nommées dans l’œuvre, qui parlent ensemble et dont le sujet de conversation ne se centre pas sur un homme. Ainsi, selon ces critères, l’on peut constater avec surprise que les trois derniers épisodes de la série Star Wars ne les remplissent que partiellement, malgré la révélation inédite de l’existence de Jedi femmes. Mais l’évolution est sans doute positive, notamment en comparaison du temps de présence cumulé des femmes à l’écran dans les épisodes IV, V et VI, qui n’est que de 63 secondes sur six heures de film, a révélé Célia Sauvage, docteure en études cinématographiques, dans un entretien donné au journal Le Parisien (17 décembre 2019).

À l’échelle mondiale, ce sont 40% des films qui ne passent pas le test de Bechdel. Le site Polygraph estimait en 2016, que sur plus de 4 000 films analysés, les firmes les plus sexistes étaient composées de Dreamworks avec 55% de productions ne passant pas le test, Warner Bros (53%) et Colombia (53%). En France, Canal+ est la société cinématographique la moins sexiste avec 34% de films échouant au test sur un panel d’environ 200 films. A ce sujet, une étude du CNC nous apprend que 80% des films français sur la période 2011-2015 ont été réalisés par des hommes.

Mais avec ou sans femmes, un navet reste un navet : sur le site de critiques rottentomatoes.com, le remake au féminin de Ghostbusters (2016) récolte un score d’audience de 49% sur plus de 100 000 avis. Sur le même site, Ocean’s 8 obtient quant à lui, un score d’audience de 45% sur plus de 10 000 avis, ainsi qu’une note de 2,9 sur 5 sur le site allocine.fr à partir d’une base de plus de 7 300 avis. L’éveil du féminisme donne parfois naissance à un « pinkwashing » de circonstance, culturellement pauvre et contre-productif, qui peut donner l’impression d’une volonté de remplacement des hommes par les femmes en lieu et place d’une revalorisation de ces dernières et d’une représentation de leur juste place au sein de nos sociétés.

Il advient d’évoquer le rôle des femmes en « coulisses ». En effet, les femmes techniciennes du cinéma, bien qu’apparues dès la fin des années 60 en France, sont peu nombreuses. « Contre toute attente c’est à la caméra qu’elle s’est le plus développée alors même qu’on utilise toujours le prétexte du poids du matériel (entre-autre) pour leur refuser ce poste », explique Sophie Cadet, intervenante à l’école et coordinatrice des programmes internationaux. En ce qui concerne le poste clé de directrice photo elles sont passées de 8% dans les années 80 à 10% actuellement, et cela à peu près partout en Europe. Ce constat est fait par l’association Femmes à la caméra, un collectif qui leur permet de défendre mieux leurs conditions de travail et leur donne plus de visibilité.

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Crédit photo : Adobe Stock

Dans les années 80 les femmes étaient déjà bien représentées dans le métier d’assistante caméra, environ 50%, alors que les directrices de la photographie se comptaient presque sur les deux mains. Mais leurs conditions de travail étaient bien plus précaires que maintenant, une assistante ne travaillait qu’avec un seul chef qui les protégeait. A l’heure actuelle on compte plus d’assistantes femmes que d’hommes mais contrairement aux hommes elles ne souhaitent pas nécessairement devenir cheffe. Appréhendent-elles le fait que leurs chances de tourner sur les projets les plus intéressants sont beaucoup trop limitées ? Notons que dans les métiers du son leur présence est encore plus discrète.

En revanche depuis très longtemps les femmes occupent une large place dans le montage et le métier de scripte, sûrement parce que ces métiers sont considérés comme étant moins physiques.

« On peut se demander si le non choix des femmes par rapport aux métiers de l’image et du son vient de l’aspect physique ou seulement de la non représentation des femmes à ces postes-là. Heureusement avec les jeunes générations, depuis quelques années, on sent une nette ouverture. », s’interroge Sophie Cadet, intervenante à l’école et coordinatrice des programmes internationaux.

 

En conclusion, les mentalités semblent évoluer. Au fur et à mesure que les femmes occupent une place de plus en plus prégnante au sein de l’économie mondiale, en tant qu’actrice des choix de sociétés et pas seulement consommatrices d’une offre qui leur est imposée. Les représentations des modèles féminins évoluent pour coller à une vision de la femme plus réaliste. Néanmoins, les acteurs du cinéma et de l’audiovisuel doivent éviter les écueils du « pinkwashing » et les consommateurs doivent être en capacité de l’identifier pour mieux le dénoncer.

 

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