Des plats express à glisser au micro-ondes lors des pauses déjeuner, aux ingrédients bruts pour celles et ceux qui prennent plaisir à cuisiner, en passant par la fameuse bûche de Noël qui réunit les familles lors des fêtes de fin d’année… Avec près de 12 millions de clients dans l’Hexagone, Picard est résolument ancrée dans le quotidien des Français. Née il y a plus d’un demi-siècle, la marque reine du surgelé traverse les âges sans perdre en pertinence. Car entre les hachis parmentier et les haricots verts filière qualité, Picard sait aussi surfer sur les tendances et l’actualité : vague matcha, bûche « Dubaï chocolate », ou encore collaboration décalée avec Joyca… Pour ne citer que cela !
Derrière cette stratégie, un trio gagnant pour Picard : marketing, R&D et qualité, incarné depuis 30 ans par Delphine Alazard-Courtier. C’est elle qui veille à la stratégie de l’offre, qui s’assure que chaque nouveauté reste fidèle à l’ADN Picard, et qui n’hésite pas à repousser les limites de la créativité. Alors, comment moderniser une marque patrimoniale sans la dénaturer ? Comment nourrit-on l’innovation ? Quelles perspectives pour les années à venir ? Elle nous répond !

JUPDLC : Avant de commencer, est-ce que vous pourriez, en quelques mots, nous expliquer votre rôle aujourd’hui chez Picard ?
Delphine Alazard-Courtier : Je suis directrice marketing produit, recherche et développement et qualité chez Picard. Je supervise l’ensemble des services à l’origine de la stratégie de l’offre, c’est-à-dire tout ce que vous trouvez dans les bacs : les produits, les propositions de recettes, les gammes salées, sucrées, le packaging et tous les éléments associés. Toute la recherche et développement, souvent invisible, garantit la conformité des produits à l’éthique et à la stratégie de la marque.
La qualité, qui est vraiment notre ADN, guide nos choix à travers la charte qualité et contrôle l’ensemble des produits. Je suis chez Picard depuis 30 ans et je travaille sur l’offre depuis mes débuts. Ces trois métiers fonctionnent en parfaite cohérence : c’est passionnant d’être à l’initiative du produit, de le voir se développer, se concrétiser, puis de le contrôler à la fin. C’est tout le sens de mon travail.

JUPDLC : Picard est une marque patrimoniale, très ancrée dans la culture des Français, mais aussi connue pour sa capacité à innover et à surprendre. Comment parvient-on à rester fidèle à la marque tout en innovant ?
Delphine Alazard-Courtier : Je pense qu’il faut être très fier de la marque et des produits que l’on propose. Cette fierté s’accompagne d’une véritable éthique : nous concevons de bons et beaux produits, conformes à notre charte, sans conservateurs ni colorants, avec des listes d’ingrédients les plus simples possibles. Ce cadre nous guide pour répondre aux besoins de nos clients et nous inscrire dans leur quotidien. C’est comme cela que je vis Picard, et à titre personnel : Picard doit faire partie de la vie des gens, apporter une solution à chaque moment de la journée, que ce soit pour le petit-déjeuner, un repas sur le pouce, un goûter, un dîner entre amis ou la diversification alimentaire d’un bébé.
Dans ma famille, l’alimentation a toujours été synonyme d’amour et de partage. Cette convivialité autour des repas m’a construite, et c’est ce que j’ai voulu retranscrire chez Picard. Depuis 30 ans, je veux que les clients ouvrent leur congélateur avant leur frigo, qu’ils y trouvent une solution à leurs envies, entre plaisir, gastronomie et innovation, tout en gardant la possibilité de cuisiner eux-mêmes grâce à nos produits bruts.
« Nous suivons les évolutions des comportements alimentaires, des modes de vie, des attentes des consommateurs, ce qui nous permet d’ajuster notre offre et de rester en phase avec elles. »
Notre innovation se nourrit des tendances que nous observons. Nous suivons les évolutions des comportements alimentaires, des modes de vie, des attentes des consommateurs, ce qui nous permet d’ajuster notre offre et de rester en phase avec elles. Par exemple, face à la baisse de la consommation de viande ou la montée du végétal, nous adaptons nos gammes avec davantage de produits végétariens. Quand on observe la popularité de régimes spécifiques, on réfléchit à la façon dont Picard peut y répondre. Je passe aussi beaucoup de temps sur Instagram, pour capter ces signaux. Cela nous pousse à nous demander comment y répondre et quel message porter. Et je pense qu’on retrouve dans notre offre, dans nos produits, des réponses à ces signaux et besoins qui évoluent.
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JUPDLC : En parlant d’innovation, la récente collaboration avec Joyca illustre cette volonté d’explorer de nouveaux territoires. Comment est née cette rencontre insolite ?
Delphine Alazard-Courtier : Finalement, c’était presque évident. Nous sommes dans l’innovation permanente et nous cherchons à attirer un public jeune. Notre gamme snack fonctionne très bien : de plus en plus de jeunes viennent entre midi et deux chercher des plats Picard, on va même directement à eux grâce à nos distributeurs automatiques dans les universités. C’est vraiment intéressant d’aller auprès de cette cible. Avant, c’étaient les parents qui achetaient chez Picard, aujourd’hui, les nouvelles générations viennent à leur tour. Preuve que l’on découvre ou redécouvre Picard dans des moments de vie différents.
Joyca, YouTuber très connu et prescripteur auprès des jeunes, s’est imposé comme une évidence. Cette collaboration était naturelle : nous allons de plus en plus vers cette cible, et il y avait quelque chose de sympa à mélanger son innovation et la nôtre. Nous sommes un peu délirants, et lui aussi : il est connu pour ses créations un peu dingues, en mixant des ingrédients inattendus pour faire des glaces. On s’est cherchés mutuellement, et la rencontre s’est faite dans les deux sens.
«Une collaboration stimulante pour Joyca comme pour nous : nous avons poussé notre curseur sur l’audace, et lui s’est adapté à notre marque et à nos contraintes de développement. »
Le développement de ces produits insolites s’est fait naturellement. Ce qui était génial, c’est qu’il est entré dans notre logique de qualité et nos processus, tout en gardant son univers. On a réussi un vrai mariage créatif : quatre recettes originales, fun et fidèles à l’esprit Picard. Nous avons respecté notre cahier des charges (sans conservateur, sans colorant, sans additif) tout en explorant des parfums qui lui tenaient à cœur, comme la glace vanille-cornichon. Une collaboration stimulante pour lui comme pour nous : nous avons poussé notre curseur sur l’audace, et lui s’est adapté à notre marque et à nos contraintes de développement. Les deux équipes se sont parfaitement comprises. On a relevé ensemble le défi du timing, car les youtubeurs travaillent vite. Ce projet a donc été un vrai challenge et une expérience très enrichissante.

JUPDLC : Comment se déroule le processus de création et d’innovation produit chez Picard, du repérage des tendances à la mise sur le marché ?
Delphine Alazard-Courtier : Quand on travaille sur la stratégie de l’offre, on anticipe largement les tendances et les évolutions à venir. On observe ce qui se passe dans la déco, la création, la gastronomie, chez les chefs. Ce travail se fait au moins un an à l’avance pour nourrir notre inspiration. On analyse aussi les retours clients : leurs avis, leurs notes, leurs réactions à nos propositions. On croise ces données avec nos orientations stratégiques pour définir les futures gammes. En moyenne, dix mois sont nécessaires entre la réflexion et la sortie d’un nouveau produit.
« En moyenne, dix mois sont nécessaires entre la réflexion et la sortie d’un nouveau produit. »
On travaille ensuite le marketing : comment intégrer cette offre dans l’existant, à qui elle s’adresse, à quel prix. Notre brief fixe la cible, le positionnement et le cahier des charges. Celui-ci est simple : ingrédients limités, sans additifs, sans conservateurs, sans éléments inconnus. Nos listes d’ingrédients doivent être claires et lisibles : le consommateur sait ce qu’il achète. Et le froid est notre meilleur allié : il conserve naturellement et sublime le produit, sans artifices.
Tout est pensé pour que le consommateur puisse réussir le produit chez lui : packaging clair, visuel attrayant, mode d’emploi simple et précis. Notre charte qualité est notre cadre, mais c’est le client qui reste le juge final. Nous lançons environ 250 innovations par an et retravaillons autant de produits pour garantir une qualité constante : réduction du sucre, contrôle du sel, suppression des amidons transformés, élimination du fructose. Ces améliorations sont continues, souvent invisibles pour le client, mais essentielles. Le service qualité, intégré au service produit, contrôle en permanence pour garantir une constance irréprochable.
JUPDLC : Pouvez-vous donner un exemple concret d’innovation récente chez Picard, inspirée par la veille et les tendances observées sur les réseaux sociaux ?
Delphine Alazard-Courtier : On a une équipe marketing très curieuse et gourmande, toujours en veille sur ce qui bouge. Chacune suit des créateurs différents sur YouTube ou Instagram, ce qui nous permet de recouper les tendances. C’est comme ça qu’on a repéré la vague des tablettes de chocolat Dubaï, avec ces jeux de textures et de saveurs originales. Tout le monde s’y est mis, des marques aux distributeurs. On s’est dit : “il faut qu’on soit de la partie”.
Chez Picard, on veut rester inspirants et innovants. Noël représente 23 % de notre chiffre d’affaires, c’est donc un moment clé pour surprendre nos clients et séduire les nouveaux. Ils savent qu’en venant chez nous, ils trouveront toujours un produit beau, bon et original pour partager. On a donc décidé de lancer cette bûche en un temps record, en l’adaptant à notre univers pâtissier. La tablette d’origine associait pistache, de la pâte de kadaïf croustillante, du chocolat fondant, et on voulait retrouver cette expérience sensorielle. En version glacée, le résultat n’aurait pas été à la hauteur, on a donc opté pour une bûche pâtissière.
Le produit final est gourmand, équilibré, et même ceux qui n’aiment pas la pistache auront envie de le goûter, comme avec le matcha. Ce genre de projet, rapide et créatif, illustre bien notre ADN marketing : capter un signal faible, l’adapter à notre marque, et livrer une innovation cohérente, dans le bon tempo.

JUPDLC : Picard, ce sont aussi les fameuses « formules express » , ces petites boîtes rouges devenues un vrai marqueur de la marque. Comment continuez-vous à les faire évoluer ?
Delphine Alazard-Courtier : Quand je suis arrivée il y a 30 ans, il n’y avait que deux ou trois références. Aujourd’hui, on en compte 25. À l’époque déjà, c’était une innovation : des barquettes carton avec opercule, prêtes à passer au micro-ondes. C’était totalement nouveau. On les avait repérées aux États-Unis, et c’est ce côté « malin, pratique, accessible » qui a tout de suite défini la gamme.
Le positionnement est resté le même : proposer des recettes simples, bonnes, à prix doux (l’équivalent d’une pièce de 2 euros). Mais les attentes ont évolué. On est passés du hachis parmentier et des lasagnes bolo à des recettes plus gourmandes, voire exotiques : pâtes aux champignons, poulet curry, gnocchis tomate-épinard… Cette gamme incarne parfaitement la promesse Picard : diversité, goût et accessibilité.
On s’adapte aussi aux usages. Les jeunes, notamment, mangent davantage sur le pouce, alors on propose des formats plus généreux (400 g) et des recettes qui suivent leurs envies, du traditionnel au végétarien. C’est une gamme vivante, qu’on fait évoluer deux à trois fois par an, notamment à la rentrée, pour coller aux moments clés de consommation. Elle incarne tout ce que Picard sait faire : allier innovation, praticité et plaisir à prix juste.
JUPDLC : L’innovation, est-ce aussi une question de contraintes ? Quels sont aujourd’hui les plus grands défis que vous rencontrez en tant que Directrice marketing produits, R&D et qualité ?
Delphine Alazard-Courtier : Alors je vous dirais aucun. Chez Picard, c’est justement ce qui nous sauve. On est entièrement animés par l’innovation, par la recherche de produits exclusifs qu’on ne trouve que chez nous. C’est ce qui nous motive chaque jour. Bien sûr, il y a des incontournables, comme le hachis parmentier ou les haricots verts, qui font partie de l’ADN Picard et doivent rester constants. Mais ce qui nous passionne, c’est tout le reste, tout ce qu’on peut imaginer.
Je dis toujours à mes équipes : rien ne vous arrête. On peut tout surgeler. La question, c’est : qu’est-ce qu’on surgèle, et surtout, comment on le décongèle ? Si je pouvais surgeler une salade, je le ferais. Le problème, c’est l’eau : la décongélation détruit le produit, et ça devient de la bouillie. Mais c’est justement ce genre de défi qui nous stimule. Quand on voit des créations chez les pâtissiers ou dans les restaurants, on se dit : on va y arriver. On est ambitieux, motivés, on adore ça. Tout l’enjeu est de comprendre comment le cuire, le réchauffer, le décongeler pour obtenir un résultat parfait.
Rien ne nous bloque, d’autant qu’on a des partenaires industriels qui nous suivent avec enthousiasme. Ils sont fiers de créer pour Picard, de signer un produit de qualité. Donc non, il n’y a pas de limites. Si on peut faire un produit digne de Cédric Grolet ou du Cheval Blanc, on le fait. En R&D, il n’y a que des ingénieurs, et on se challenge sans arrêt.

JUPDLC : Quelle est la structure des équipes et la collaboration entre les départements pour la création des nouveaux produits Picard ?
Delphine Alazard-Courtier : On travaille en « trèfle ». Chaque pôle (plats cuisinés, glaces, pâtisseries) réunit le marketing, la R&D, la qualité et les achats. Ces quatre métiers travaillent ensemble dès la phase stratégique. Chacun apporte sa pierre : identifier les familles de produits à dynamiser, choisir les fournisseurs, définir les prix, les recettes. C’est un travail collectif permanent, ancré dans la durée.
Il y a donc environ 80 personnes au siège, réunissant la qualité, la R&D et le marketing. Ce sont des équipes dynamiques, fières de la marque et de leurs produits. Leur motivation se ressent dans chaque création, surtout celles mises en avant lors d’occasions fortes comme Noël, Pâques ou la Fête des Mères. Chez Picard, chacun apporte sa pierre à l’édifice, avec l’envie de faire de belles choses, et c’est ça le plus important.
JUPDLC : Et l’innovation Picard, c’est aussi une innovation responsable. Comment conciliez-vous créativité, plaisir et exigences environnementales ?
Delphine Alazard-Courtier : Notre engagement, c’est d’allier plaisir gustatif, créativité et responsabilité. Concrètement, plus de 70% de nos produits élaborés sont fabriqués en France, et nous travaillons prioritairement avec des fournisseurs locaux. 100% de notre viande bovine, qu’elle soit brute ou élaborée, est d’origine France. Nous veillons aussi à la saisonnalité : 100% de nos fruits et légumes sont récoltés et surgelés en pleine saison. Nos produits sont garantis sans OGM ni huile de palme, et nous privilégions les filières durables : 60% de nos produits de la mer bruts sont labellisés MSC, ASC ou bio. Nous avons également des références issues de la pêche durable et des cultures responsables (pêche MSC, légumes SRP).
En 2025, 130 produits sont labellisés bio, et plus de la moitié de notre offre de la mer provient de pêcheries durables. Nous affichons aussi le Nutri-Score sur les emballages de nos produits et le Planet Score sur notre site internet pour plus de transparence. Tout cela repose sur une relation de confiance durable avec nos partenaires. Certains nous accompagnent depuis des années, partagent nos exigences et s’adaptent à nos cahiers des charges dès la conception. C’est une co-construction : si un produit demande plus de temps, on prend le temps nécessaire pour qu’il soit à la fois bon, responsable et fidèle à nos valeurs.

JUPDLC : Et demain ? Sur quels terrains ou tendances marketing aimeriez-vous emmener Picard dans les prochaines années ?
Delphine Alazard-Courtier : Je veux emmener Picard sur des terrains que nous n’avons pas encore explorés. Quand je parle du quotidien, c’est du matin au soir et pour toute la famille : les enfants, les bébés, les animaux, les seniors, les sportifs. L’enjeu, c’est de répondre à toutes ces tendances. Par exemple, pour les sportifs ou les recettes anti-inflammatoires, il faut savoir comment les accompagner.
On remarque aussi beaucoup de seniors qui achètent nos formules express. Peut-être qu’ils ont moins de moyens, moins de temps ou simplement moins envie de cuisiner, mais ils ont besoin de repas équilibrés, riches en protéines. Ces formules sont parfois achetées par des aidants pour leurs proches, et je trouve cela très fort.
Je suis très attachée à la famille et à la bienveillance. Picard doit accompagner tout le monde au quotidien et affirmer : « On est là, pour tous, tout le temps. » C’est important de rester en phase avec les évolutions de société, les modes de consommation et les différents rythmes de vie. Notre clientèle a une moyenne d’âge d’environ 52 ans. J’aimerais que les plus jeunes reprennent le relais tout en continuant d’accompagner les aînés. Les uns comme les autres doivent trouver chez Picard une réponse à leurs besoins. C’est cette continuité générationnelle que je veux incarner.

