Interview – Quelles sont les grandes tendances de la GenAI pour le luxe en 2026 ? Avec Jonathan Gilbert (Detroit)

Par Charlotte Pierre

7 janvier 2026

En collaboration avec Detroit

jupdlc-interview-detroit-tendances-genai-luxe-2026
jupdlc-interview-detroit-tendances-genai-luxe-2026

Le secteur du luxe traverse une période charnière. Pour la première fois depuis 2016, la création de valeur du marché est en recul, forçant les grandes Maisons à repenser leur stratégie créative. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle générative (GenAI) s’impose non plus comme une simple expérimentation, mais comme un pilier structurel de la création visuelle. Une révolution qui n’est pas seulement technologique, mais culturelle. Comment automatiser la production sans sacrifier la rareté qui fait leur essence ? Comment personnaliser à grande échelle sans tomber dans l’artificiel ou l’uniforme ?

C’est pour répondre à ces questions que Detroit, maison de production spécialisée en intelligence artificielle, dévoile son rapport Augmented Creation 2026. Il identifie neuf enjeux majeurs qui redéfinissent la manière dont les marques créent, produisent et diffusent leurs contenus. De LVMH qui déploie son IA propriétaire MaIA à Gucci qui collabore avec Christie’s sur des œuvres d’art générées par IA, les exemples se multiplient et témoignent d’une adoption stratégique de ces technologies.

Au cœur de cette mutation, Détroit relève un changement de paradigme, un changement de « milieu ». L’IA accélère les workflows, certes, mais pas que. Elle transforme la temporalité même de la création, redistribue les rôles au sein des studios et impose une nouvelle gouvernance. Jonathan Gilbert, co-fondateur, nous livre sa vision de cette transition et explique comment les maisons de luxe peuvent faire de la technologie un vecteur de sens, plus que de vitesse.

 

jupdlc-interview-detroit-tendances-genai-luxe-2026
Crédit photo : Detroit

 

JUPDLC : Vous venez de dévoiler votre livre blanc Augmented Creation 2026, dédié aux mutations stratégiques en cours liées à l’IA dans le secteur du luxe. Qu’est-ce qui vous a motivé à sortir ce rapport ?

Jonathan Gilbert : Parce qu’on sentait un décalage. Beaucoup de bruit. Beaucoup d’images. Peu de recul. Chez Detroit, on travaille au quotidien avec des maisons de luxe, des artistes, des directions créatives. Et partout, la même question revenait, parfois à voix basse : qu’est-ce qu’on est vraiment en train de changer ? Ce rapport est né de ce besoin-là. Pas d’expliquer l’IA. Mais de la mettre en perspective culturelle. De comprendre ce qu’elle transforme en profondeur : les rythmes, les rôles, la valeur même de la création.

Augmented Creation 2026, c’est une pause. Un pas de côté pour penser avant de produire. Et poser une question simple : quelle culture créative voulons-nous construire avec ces outils ?

 

JUPDLC : En introduction du rapport, vous avancez que l’IA n’est pas seulement un outil créatif de plus, mais un « changement de milieu ». Qu’est-ce qui vous amène à faire ce constat ?

Jonathan Gilbert : Un outil s’ajoute. Un milieu transforme tout. L’IA ne fait pas « mieux » ou « plus vite » seulement. Elle change la temporalité, la chaîne de décision, la manière dont une idée naît, évolue, se transmet. On ne travaille plus dans une logique linéaire : brief, prod, diffusion. On entre dans des systèmes vivants, itératifs, où l’image apprend de l’image.

C’est pour ça qu’on parle de changement de milieu. Parce que la valeur ne réside plus uniquement dans l’output final, mais dans la capacité à structurer une vision, une donnée, une gouvernance.

jupdlc-interview-detroit-tendances-genai-luxe-2026 augmented creation
Crédit photo : Detroit

 

JUPDLC : Quels sont les principaux enjeux pour les maisons de luxe dans cette ère de la « création augmentée » ?

Jonathan Gilbert : Le vrai enjeu n’est pas technologique. Il est culturel. Comment produire à l’échelle sans se diluer, comment personnaliser sans perdre l’âme, comment aller vite sans devenir générique ? Les maisons de luxe ont une responsabilité particulière : elles portent des récits longs dans un monde d’instantanéité. La création augmentée oblige à une chose essentielle : encoder le sens, pas seulement générer des formes.

 

JUPDLC : Quelle place l’IA générative occupe-t-elle aujourd’hui dans le monde du luxe ? Parmi les cas d’usage GenAI que vous observez dans le secteur (Gucci avec Christie’s, LVMH avec MaIA,… ) quelles sont les 2-3 applications représentatives des grandes tendances du secteur ?

Jonathan Gilbert : On est sorti de la phase gadget. L’IA est devenue structurelle. Trois grandes tendances se dégagent :

  • Les modèles propriétaires : LVMH avec MaIA en est l’exemple parfait : l’IA n’est pas un prestataire externe, mais une infrastructure interne, nourrie par la culture du groupe.
  • L’IA comme médium créatif : Gucci avec Christie’s montre que l’IA peut être un terrain d’expression artistique, à condition d’être curatée, cadrée, pensée.
  • La production contextuelle à l’échelle : adapter les visuels aux marchés, aux cultures, aux moments, sans refaire tout à zéro. C’est là que l’IA devient réellement stratégique.

 


À découvrir sur JUPDLC



 

JUPDLC : Les outils d’IA générative renvoient parfois une image d’artificialité, d’uniformité… à l’opposé des valeurs propres au luxe comme l’artisanat ou le savoir-faire. Comment lier ces deux mondes ?

Jonathan Gilbert : En arrêtant de poser la mauvaise question. Le sujet n’est pas fait main vs fait par IA. Le sujet, c’est la qualité de l’intention, de la création. Un prompt bien écrit, un modèle bien entraîné, une direction artistique exigeante : c’est du craft. L’IA ne remplace clairement pas la sensibilité. Elle la révèle. Mais seulement s’il y a un pilote dans l’avion.

 

JUPDLC : Plus concrètement, comment inclure les modèles d’IA générative dans ses workflows créatifs sans diluer le « patrimoine visuel » unique des marques, particulièrement important dans l’industrie du luxe ?

Jonathan Gilbert : En passant du brand book au brand code. Cela implique :

  • des datasets propriétaires,
  • des archives vivantes,
  • des règles esthétiques explicites,
  • et surtout une gouvernance claire.

L’IA doit apprendre de la marque, pas l’inverse.

« Le sujet n’est pas fait main vs fait par IA. Le sujet, c’est la qualité de l’intention, de la création. »

 

 

JUPDLC : Votre rapport consacre un chapitre aux Expanding Universes : l’UGC augmenté par IA. Des marques comme Disney testent déjà cette approche. Pour le luxe, où le contrôle de l’image est sacré, comment voyez-vous cette évolution ?

Jonathan Gilbert : Le contrôle absolu est une illusion. La maîtrise, en revanche, est possible. Les marques qui réussiront ne seront pas celles qui fermeront, mais celles qui orchestreront, elles seront open source. Créer des cadres, des univers, des règles du jeu. Autoriser l’expression, sans abandonner la direction. Le luxe n’est pas fragile. Il est fort quand il est bien raconté.

 

JUPDLC : Vous identifiez trois piliers pour mesurer le ROI de la création générative : gains de productivité, qualité créative et capitalisation interne. Quels KPI recommandez-vous aux directions marketing du luxe ? Et  comment éviter le piège des 95% de déploiements IA qui échouent selon le MIT ?

Jonathan Gilbert : Les 95 % d’échecs pointés par le MIT ne sont pas des échecs technologiques. Ce sont des échecs d’intégration et de gouvernance. Le MIT parle d’IA généralisée, pas spécialement de création augmentée.

Pour en revenir à nos moutons, en market/com, il y a trois piliers, très simples :

  1. Productivité : Temps, coûts, cycles de production, qu’est ce qui est réellement utile ?
  2. Qualité créative : Perf, cohérence de marque, impact émotionnel.
  3. Capitalisation interne : Ce que l’entreprise apprend, archive, réutilise.

jupdlc-interview-detroit-tendances-genai-luxe-2026 (2)
Crédit photo : Detroit

 

JUPDLC : Quelles évolutions de la relation annonceur/IA dans le luxe peut-on prédire sur les dix années à venir ?

Jonathan Gilbert : L’IA va disparaître… en tant que sujet. Elle deviendra une infrastructure invisible, comme le digital aujourd’hui. Ce qui fera la différence, ce ne sera pas l’outil, mais le leadership créatif.

Les maisons qui gagneront seront celles capables de :

  • diriger des systèmes,
  • transmettre une culture,
  • faire apprendre leur marque.

Le futur de la création augmentée ne sera pas algorithmique. Il sera profondément humain.

 

Pour en savoir plus sur Detroit, rendez-vous sur sa page dédiée !

Page agence DETROIT

Morning Talk - Musique & Publicité
Le meilleur de la communication, du marketing et de la créativité chaque semaine dans votre inbox !
* indique "obligatoire"

Vous pouvez vous désabonner à tout moment en cliquant sur le lien dans le bas de page de nos e-mails. Pour obtenir plus d'informations sur nos pratiques de confidentialité, rendez-vous sur notre site.