Transformation digitale des grandes organisations, intelligence artificielle responsable, souveraineté technologique européenne… Avec 51 000 collaborateurs dans près de 30 pays et 5,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, Sopra Steria s’impose comme l’un des acteurs majeurs de la tech en Europe. Un groupe qui accompagne entreprises et institutions publiques dans leurs transformations numériques, avec une conviction forte : mettre le digital au service de l’humain.
Derrière cette ambition, la communication joue un rôle structurant. Stratégie de marque, pédagogie autour des technologies, engagement des collaborateurs, lisibilité d’un projet européen… Ces enjeux sont portés par Béatrice Mandine, directrice de la communication du groupe. Forte d’un parcours marqué par les grandes transformations d’organisations, elle œuvre à fédérer, aligner et donner du sens. Comment communiquer dans un environnement technologique complexe et en mutation permanente ? Quel rôle pour la communication dans la construction d’un acteur tech européen responsable ? Elle nous répond.

JUPDLC : Pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a poussé à rejoindre Sopra Steria ?
Béatrice Mandine : J’ai une formation de journaliste à l’ESJ, avec un intérêt marqué pour les sujets scientifiques et technologiques, ce qui explique un parcours largement ancré dans la tech. Après des expériences en médias, j’ai rapidement évolué vers la communication en entreprise, d’abord via le journalisme interne puis les relations presse et la communication corporate et de marque, notamment chez Alcatel. J’ai ensuite rejoint Faurecia, puis France Télécom en 2008, où j’ai exercé pendant douze ans des fonctions de direction de la communication. J’y ai travaillé sur des sujets structurants : apaisement social, reconstruction de la confiance, déploiement international de la marque Orange en Europe et en Afrique, et gestion de problématiques de gouvernance complexes.
En parallèle, je me suis engagée sur les enjeux de gouvernance et de transformation des organisations au sein d’Entreprises et Médias et de l’Union des marques. Après un passage rapide chez Casino, j’ai intégré Sopra Steria avec un objectif clair : contribuer à la structuration d’un acteur technologique européen de référence. Le groupe s’est construit par acquisitions et rassemble aujourd’hui une diversité d’entités qu’il faut fédérer autour d’une vision et d’une marque commune. Sopra Steria est à la fois « le plus grand des petits et le plus petit des grands » : un acteur européen de référence, à la croisée de la tech, des usages et de l’intérêt général. C’est exactement le type d’environnement complexe et structurant dans lequel j’aime m’engager avec une communication pensée pour avoir un impact réel, au-delà de l’image.
JUPDLC : Comment définiriez-vous votre rôle de directrice de la communication dans un groupe comme Sopra Steria ?
Béatrice Mandine : Être directrice de la communication chez Sopra Steria, c’est avant tout travailler sur la structuration, l’alignement et la lisibilité du groupe. La communication n’est pas une fonction périphérique : elle soutient la trajectoire de développement, clarifie la stratégie et crée un cadre commun pour les équipes comme pour les parties prenantes externes.
Il y a également un enjeu central de pédagogie. Les sujets technologiques sont complexes et peuvent vite devenir anxiogènes. Le rôle de la communication est de simplifier, de remettre en perspective et d’expliquer clairement ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons et pour qui.
Enfin, c’est un rôle de management. Une direction de la communication réunit des expertises très différentes, avec des logiques de travail parfois opposées. Mon travail consiste à organiser cette diversité et à aligner les équipes autour d’une image commune, cohérente et utile pour le groupe.
JUPDLC : Dans un contexte où la transformation digitale et technologique s’accélère, comment la communication devient-elle, pour vous, un véritable levier stratégique pour le groupe ?
Béatrice Mandine : La communication est, par nature, un levier stratégique. À mesure que la transformation technologique s’accélère, le besoin de pédagogie devient central : sans compréhension, il n’y a ni adhésion ni confiance.
Chez Sopra Steria, la communication joue un rôle clé de traduction entre la technologie et les usages. Elle permet l’appropriation des enjeux par les collaborateurs, l’alignement des parties prenantes et la construction d’une crédibilité durable.
JUPDLC : Pensez-vous que l’arrivée de l’IA dans les organisations transforme la manière dont vous communiquez, tant en interne qu’en externe ? Quels ajustements cela implique-t-il ?
Béatrice Mandine : L’IA change nos façons de travailler, en particulier dans les métiers de la création, mais elle ne change pas la nature du métier. Elle reste un outil. Je fais souvent le parallèle avec Rodin : il réalisait de nombreux travaux avant d’aboutir à une œuvre. Avec l’IA, il aurait gagné du temps, mais la vision et l’intention seraient restées les siennes.
Chez Sopra Steria, nous abordons l’IA avec une responsabilité particulière. Cela passe d’abord par l’acculturation des équipes, via des programmes internes, des formations et des temps d’échange. L’IA nous permet d’optimiser la production de contenus et de gagner en efficacité, en interne comme en externe, mais elle ne remplace ni le regard humain ni le sens, qui restent au cœur de la communication.

JUPDLC : Dans ce contexte, comment construisez-vous un récit cohérent et engageant autour d’une grande ESN européenne tout en valorisant une technologie responsable et « à l’européenne » ?
Béatrice Mandine : Construire un récit cohérent c’est d’abord assumer un projet clair : celui d’un acteur technologique européen qui défend une vision responsable de la transformation numérique. Le positionnement européen du groupe n’est pas un argument marketing, c’est un choix stratégique. Il renvoie à des enjeux très concrets de souveraineté numérique, de maîtrise des technologies critiques et de capacité à proposer des solutions alignées avec les cadres réglementaires, culturels et sociétaux européens.
La communication consiste à expliquer comment cette vision européenne se traduit dans les projets, les usages et les décisions du groupe. Cela vaut en particulier pour l’intelligence artificielle. C’est un levier puissant mais aussi une technologie consommatrice de ressources. Notre rôle est d’expliquer comment nous développons des usages utiles, maîtrisés et alignés avec les valeurs et les exigences européennes. C’est cette cohérence entre vision, pratiques et discours qui permet de construire un récit engageant, en interne comme en externe.

JUPDLC : Les engagements sociétaux et environnementaux sont importants pour Sopra Steria. Comment la communication traduit-elle concrètement ces engagements sans tomber dans le déclaratif ?
Béatrice Mandine : Chez Sopra Steria, les engagements sociétaux et environnementaux ne sont pas un registre de communication mais un cadre d’action. Le point de départ, ce sont des règles claires : des cadres réglementaires exigeants, des audits, des publications qui imposent une rigueur dans la manière dont nous mesurons et pilotons nos impacts. La communication intervient ensuite pour rendre visible et compréhensible ce qui est réellement fait. Le recrutement d’Axelle Lemaire il y a près de deux ans s’inscrit dans cette logique : structurer, consolider et fiabiliser les données environnementales pour asseoir un discours fondé sur des faits.
Ces enjeux sont devenus déterminants. Ils comptent dans les décisions des clients, dans l’attractivité du groupe et dans l’engagement des collaborateurs. Le positionnement européen de Sopra Steria est à ce titre un différenciant fort.

JUPDLC : Quel rôle joue la communication interne pour accompagner les collaborateurs dans ces transformations, et comment s’assure-t-on qu’elle crée de l’adhésion et du sens ?
Béatrice Mandine : Les collaborateurs sont nos premiers publics : s’ils ne comprennent pas où va le groupe et pourquoi il évolue, il n’y a ni adhésion ni engagement durable.
La technologie n’est donc pas seulement un outil d’innovation, c’est aussi un levier de développement et d’apprentissage. À travers notre programme interne dédié à l’IA, Sopra Steria offre aux collaborateurs les moyens d’explorer et d’exploiter pleinement le potentiel de l’IA. Ce hub interne centralise les initiatives, cas d’usage, bonnes pratiques et outils liés à l’intelligence artificielle, afin d’accompagner les équipes dans l’adoption de ces nouvelles technologies.
JUPDLC : Quelles grandes tendances observez-vous dans la communication corporate et tech en Europe pour les prochaines années ?
Béatrice Mandine : La première grande tendance est celle de la transversalité. La communication ne peut plus fonctionner en silos. Les enjeux sont devenus trop complexes pour être traités séparément : communication corporate, marque, interne, digitale, RH, affaires publiques… tout doit s’articuler dans une logique plus intégrée, presque en 360 pour garantir la cohérence et la lisibilité des messages.
On observe également une montée en puissance très nette des marques dites « B2B ». Ce n’est pas un effet de mode, mais une prise de conscience : dans des environnements complexes et très concurrentiels, la marque devient un levier de confiance, de différenciation et d’attractivité. La frontière de communication entre les marques B2B et B2C n’existe plus.
Enfin, la communication doit composer avec une diversité croissante des publics. Clients, partenaires, collaborateurs, talents, régulateurs, citoyens : chacun a ses codes, ses attentes et son niveau de lecture. Le défi des prochaines années sera de construire des récits capables de parler à tous, sans se diluer. Des discours cohérents dans le fond, mais suffisamment adaptables dans la forme pour rester clairs, crédibles et engageants.
JUPDLC : Enfin, vous êtes l’heureuse autrice de l’ouvrage « Vous êtes engagé ! ». Parmi les enseignements abordés dans ce livre, quels points vous semblent essentiels pour les entreprises aujourd’hui et pour leur communication stratégique ?
Béatrice Mandine : Les collaborateurs doivent être les premiers publics de l’entreprise. Trop souvent, on parle d’engagement comme d’un objectif abstrait.
En réalité, l’engagement commence par la compréhension. On est fier de son entreprise quand on comprend clairement ce qu’elle fait, où elle va et à quoi elle contribue.
C’est un point sur lequel je suis très engagée : l’interne ne doit jamais être la cinquième roue du carrosse. Une communication crédible à l’externe repose d’abord sur une communication solide à l’interne. Si les collaborateurs ne sont pas embarqués, convaincus et alignés, le discours externe ne tient pas dans la durée.



