Cinq ans après son lancement, neo n’a plus rien d’un néophyte. Le groupe a grandi en assumant un positionnement éditorial original et à contre-courant : raconter la France avec calme, loin d’une forme d’hystérie et de surpolitisation qui marquent le paysage médiatique. Trois piliers forment sa ligne éditoriale : positif, populaire et local. Un choix qui rencontre un public massif, avec plus de 40 millions de comptes français touchés chaque mois sur les réseaux sociaux, bien au-delà de ses près de 3 millions d’abonnés.
« Nous évoluons dans un environnement médiatique saturé de bruit, de réactions à chaud, de radicalité militante et de tensions permanentes », expliquent deux des cofondateurs des deux médias, Louis Perrin et Anne-Henri de Gestas. « Face à cela, nous avons fait un choix simple : ne pas ajouter du bruit au bruit. Montrer plutôt que dire ou asséner. Valoriser plutôt que dénoncer ou dénigrer. »
Un choix exigeant. « Cette ligne éditoriale n’est pas une posture molle ou passive », renchérissent-ils. « La facilité, aujourd’hui, c’est de cliver. Le buzz pour le buzz par la confrontation et le clash : c’est exactement ce que nous ne voulons pas faire. »

Raconter plutôt que commenter
Neo ne cherche pas à transformer chaque sujet en affrontement. Il raconte. Et ce récit passe par des formats concrets : portraits d’artisans, histoires de villages, initiatives locales qui fonctionnent, traditions populaires expliquées, parcours de Français ordinaires aux parcours extraordinaires. Pas d’opinion, jamais d’éditorialistes et un refus assumé des prises de position partisanes ou militantes : la rédaction produit exclusivement des formats de narration et de récit, sans commentaire partisan de l’actualité. La diversité des sujets traités reflète la pluralité des territoires et ils sont choisis pour leur portée humaine, locale ou culturelle, et non pour leur potentiel de controverse.
« Nous cherchons à susciter des émotions positives : solidarité, admiration, compassion, joie, respect… Nous voulons donner de la dignité et de la fierté aux gens que nous mettons à l’image, comme à ceux qui les regardent », souligne Anne-Henri de Gestas.
Cette ligne éditoriale touche un public large et intergénérationnel : 55 % du public a moins de 35 ans, tandis que les autres tranches d’âge sont représentées de manière équilibrée jusqu’aux 65 ans et plus. « Nos vidéos sont pensées pour être partageables dans une boucle WhatsApp familiale : chaque génération doit pouvoir y trouver son compte », remarque Louis Perrin.
Voir cette publication sur Instagram
Une France ordinaire, assumée
Leur attrait pour les régions et la culture populaire a parfois été caricaturée. « Certains commentateurs un peu bobos ont cru nous faire mal en nous associant par moquerie à Jean-Pierre Pernaut », s’amuse Anne-Henri de Gestas. « Vu sa popularité, le succès et la longévité de son journal, on a pris ça comme un vrai compliment. »
En cinq ans, neo a couvert l’ensemble des départements français, outre-mer compris. Le média parle en priorité de ce qui se passe en dehors de Paris, tout en étant regardé partout, y compris très largement en Île-de-France.
« Valoriser le local, donner la priorité aux territoires et pourtant être regardés dans tout le pays, y compris à Paris : c’était notre objectif et c’est une grande fierté de l’avoir atteint », observe Louis Perrin.
Pour décrire cette émotion de retour au proche et au familier que provoquent souvent les vidéos du média, Anne-Henri de Gestas a forgé le terme d’« empaysement ». « S’empayser, c’est prendre un bain de pays et s’y trouver bien. Retrouver l’envie d’ici plutôt que le désir d’ailleurs », a-t-il écrit dans Le Figaro, comme en écho à la vision éditoriale du média.

Actionnariat
À quelques semaines de la fin de l’année, les fondateurs et opérationnels ont procédé au rachat d’actionnaires financiers minoritaires, portant leur participation à plus de 85 % du capital. Une manière de renforcer encore l’indépendance de l’entreprise et l’implication de son management.
Rentabilité et organisation
En 2024, neo a atteint la rentabilité, confirmant la solidité de son modèle économique. Le jeune groupe de médias en a profité pour se structurer davantage. Thomas Houriez, cadre historique du groupe, a ainsi été nommé directeur exécutif, avec pour mission d’accompagner la croissance et l’organisation. « Mon rôle est aussi de permettre aux fondateurs de se concentrer sur leurs priorités éditoriales et stratégiques : la direction des rédactions pour Anne-Henri de Gestas et celle du développement pour Louis Perrin », explique-t-il.
De son côté, Sami Biasoni, cofondateur du groupe, a rendu le mandat de directeur général qu’il occupait en parallèle de ses activités professionnelles pour se recentrer sur ces dernières. Il reste toutefois président du comité d’administration et est impliqué par ailleurs dans des projets éditoriaux, comme l’animation de « Quartier général », une série de podcasts lancée avec la BPI sur l’entrepreneuriat dans les quartiers.
« Une particularité de notre histoire c’est que nous avons toujours fait le choix de donner leur chance à des jeunes journalistes et de faire grandir des talents formés en interne. »
Quant à Stéphane Simon, il demeure président de la société et directeur de la publication. Producteur historique de Thierry Ardisson, il développe en outre ses activités de producteur et éditeur avec notamment la revue C’est meilleur quand c’est bon, la revue Affaires criminelles lancée avec le YouTubeur McSkisz ou encore l’adaptation en mini-série de son enquête sur l’affaire Jubillar.
Pour ce qui est de la rédaction en chef, Eglantine Despres (ex-BFMTV) rédactrice en chef adjointe est rejointe par Roman Geyer et Maxime Marie, deux piliers expérimentés de l’équipe. « Une particularité de notre histoire c’est que nous avons toujours fait le choix de donner leur chance à des jeunes journalistes et de faire grandir des talents formés en interne. Certains ont par exemple signé leur premier contrat de travail chez neo et été nommés par nous rédacteur en chef adjoint et par la suite rédacteur en chef », relève Anne-Henri de Gestas.
Un positionnement qui convainc les annonceurs
Le positionnement positif, populaire et local de neo séduit également les marques. « En cinq ans, nous avons mené plus de 200 campagnes avec des annonceurs très variés : grands groupes, PME, associations, institutions etc. », souligne Louis Perrin. « Plus d’un tiers des entreprises du CAC 40 nous ont déjà fait confiance. »
Une relation durable avec le public
« Sur la durée, un média se juge à ce qu’il suscite dans le public. On juge l’arbre à ses fruits », rappelle Anne-Henri de Gestas. « Les millions de commentaires positifs laissés chaque année sous nos vidéos donnent beaucoup de sens à notre travail. Ils sont encourageants et permettent aussi de relativiser les piques de nos rares détracteurs. »
Et Lou, dans le même esprit
Dans un registre différent mais avec les mêmes ambitions, le groupe a lancé Lou média il y a bientôt trois ans : un média féminin vidéo qui s’adresse aux femmes actives et aux mamans. Ce nouveau féminin s’est rapidement imposé parmi les leaders : près de 30 millions de comptes français touchés chaque mois, un million d’abonnés et plus d’un milliard de vues cumulées depuis sa création. Dirigée par Clémence Majani, ex- « La Mondaine » de l’émission Quotidien, Lou se démarque par son ton léger, positif, bienveillant et très émotionnel, mêlant témoignages, récits du quotidien et interviews de people.

« Chez Lou, nous revendiquons une attention particulière pour le public des mamans. C’est précisément la spécificité de notre média parmi les nombreux féminins existants. La maternité et la natalité ne sont clairement pas des gros mots pour nous. Cela peut être étonnant de devoir le rappeler mais cette réalité concerne une très large majorité de femmes après 30 ans. Et tout le monde s’accorde pour dire qu’il s’agit d’un enjeu de société majeur de notre époque. Lou se veut donc être le média du « mumpowerment », sans injonction, avec de la légèreté et de l’humour. Et c’est d’ailleurs ce que viennent chercher ces centaines de milliers de femmes qui nous suivent assidûment », souligne Clémence Majani. Comme neo, le média se veut avant tout un espace de respiration et de reconnaissance, loin de la virulence qui agite trop souvent les réseaux.
Cap sur 2026
Après cinq ans d’existence, neo se projette vers 2026 avec une feuille de route claire. « L’enjeu est de renforcer ce qui fait notre singularité tout en structurant et accélérant notre croissance », résume Thomas Houriez, le nouveau directeur exécutif.
Premier axe : le développement des formats d’entretiens, en podcast et sur YouTube, sur neo comme sur Lou. « Ces formats permettent de prendre le temps, d’installer des récits et de donner de l’épaisseur aux parcours présentés », souligne-t-il.
Deuxième axe : la diversification des revenus via la publicité, en partenariat avec Mediads et Brand to Medias, et à l’aide d’un outil de segmentation des audiences développé en interne. « Nous disposons aujourd’hui de plus de 300 clusters affinitaires, qui rendent les campagnes particulièrement efficaces pour les annonceurs. Ils peuvent non seulement s’appuyer sur la crédibilité et la caution d’une marque populaire, mais aussi cibler les audiences issues des milliers de vidéos que nous avons diffusées », précise Thomas Houriez.
L’intelligence artificielle, déjà pleinement intégrée aux process de production, continuera d’accompagner cette dynamique d’innovation.
Côté commercial, « la régie a été renforcée par des profils venus de Konbini et Dailymotion, avec de nouveaux recrutements en cours », souligne Louis Perrin.
Sur le fond éditorial enfin, la ligne reste inchangée. « En 2026, nous allons faire exactement ce que nous faisons depuis 2020, mais plus fort et mieux », annonce Anne-Henri de Gestas. « Toujours plus positif, plus populaire et plus local. »
En coulisses, la réflexion se poursuit déjà sur la suite. Sans effet d’annonce, les fondateurs confient explorer de nouvelles pistes éditoriales, dans le prolongement naturel de l’existant. Des projets existent, avancent, et prendront forme le moment venu, « dans le même esprit » jurent-ils : des médias accessibles, fédérateurs, proches du réel et pensés pour durer.



