La startup Lemlist refuse $30 millions pour dénoncer la course aux levées de fonds

En février 2021, les trois fondateurs de la start-up Lemlist, Vianney Lecroart, François Lecroart et Guillaume Moubeche, lancent une levée de fonds. Ils reçoivent une offre de 20 millions de dollars. Cette proposition est très rapidement suivie d’une autre à 30 millions de dollars. L’offre est alléchante… mais elle est refusée par les fondateurs de Lemlist. J’ai un pote dans la com a échangé avec Guillaume Moubeche.

 

Une stratégie payante pour Lemlist

Habituellement, les médias traditionnels ont tendance à davantage mettre en avant les startups qui lèvent des fonds. Mais « Pour réussir, il existe une autre voie que la levée de fonds », tel est le message de Guillaume Moubeche, CEO et cofondateur de Lemlist. Pour démontrer cette tendance, le jeune entrepreneur de 29 ans met au point une stratégie : lancer une levée de fonds, puis la refuser volontairement.

Après une proposition à 20 millions de dollars, Lemlist reçoit une nouvelle proposition à 30 millions de dollars. Cette dernière est plus qu’alléchante : quinze millions pour l’entreprise, et quinze millions pour les trois fondateurs, soit cinq millions chacun. Une proposition alléchante, mais déstabilisante. Comment refuser une telle offre ? Après un important moment de réflexion, les trois fondateurs refusent l’offre. « Au départ, on savait que nous allions réussir à avoir des offres facilement, mais nous ne pensions pas à une telle offre de 30 millions, dont 15 millions pour nous, les fondateurs. Nous avons été obligés de nous poser la question avec notre équipe ». Pour Guillaume Moubeche, l’objectif est de conserver sa liberté et de garder le contrôle de son entreprise.

Pour rappel, Lemlist est une plateforme qui aide les équipes de vente, les agences et entreprises B to B à personnaliser et automatiser leur campagne de cold emailing. En 2020, la société signe un chiffre d’affaires de 4 millions euros, et plus d’un million de profit, soit une marge de plus de 25%. Lemlist revendique aujourd’hui plus de 10 000 clients dans 100 pays, le tout sans avoir réalisé de levée de fonds…

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Une levée de fonds, c’est quoi ?

Pour bien comprendre, la levée de fonds est un moyen de financement qui consiste à faire entrer des investisseurs dans le capital social d’une société. Les investisseurs apportent des fonds à la société et reçoivent des titres en contrepartie. Dans l’univers des startups, la levée de fonds est, semble-t-il, un sujet incontournable. En 2018, près de 650 startups françaises ont réalisé une levée de fonds pour atteindre un niveau record de 3,6 milliards d’euros collectés, selon le cabinet d’audit financier EY, soit une hausse de +41% par rapport à 2017. Pourtant « on a trop tendance à associer la réussite d’une entreprise à la somme levée. Il faut intégrer d’autres critères comme le bonheur des salariés ou le développement de la société », explique Guillaume Moubeche à J’ai un pote dans la com.

Le principal avantage d’une levée fonds réside dans l’apport de nouveaux fonds dans la société par les investisseurs. L’argent investi ne doit pas être remboursé, il s’agit d’un apport en capital. De plus, une levée de fonds peut également permettre à une société de bénéficier de nouvelles compétences et de nouvelles opportunités d’affaires grâce au réseau des investisseurs.

Mais attention, il y a aussi des inconvénients. Le principal correspond à la dilution de la participation des associés suite à l’entrée de nouveaux associés dans le capital social de la société. Les associés historiques voient leur pourcentage de participation, et donc leurs droits dans la société, diminuer après l’opération. Ensuite, les investisseurs qui entrent au capital social peuvent avoir une vision différente de celle des associés historiques. Les objectifs ne sont pas forcément les mêmes et il s’agit d’une source potentielle de désaccord.

De nombreux exemples peuvent illustrer ce type de situation. En février 2018 par exemple, Julien Coulon, directeur général CM-CIC Innovation, et ancien fondateur de Cedexis, a dû vendre sa société Cedexis, sous la pression des investisseurs. « Je ne voulais pas vendre. Mais les fonds d’investissement étaient pressés et j’ai dû céder », explique-t-il dans Le Figaro.

Un inconvénient partagé et mis en avant par Guillaume Moubeche : « Il existe une autre voie que la levée de fonds. Nous sommes dans une course effrénée. Pour rappel, seulement une startup sur dix sera un succès. Selon moi, le meilleur investissement est l’argent de nos clients ».

 

Levée de fonds, une option incontournable ?

Longtemps considérée comme le moment de gloire de la startup, la levée de fonds suscite de plus en plus la méfiance de créateurs soucieux de leur indépendance. Malgré les projets scrupuleusement préparés et annoncés, les entrepreneurs peuvent se heurter à la frilosité des banques. Équipe trop jeune, ou encore entreprise trop récente, des arguments longtemps exploités par les organismes bancaires. Pour éviter ces refus et ces pertes de temps, naturellement, les entrepreneurs se tournent alors vers les levées de fonds.

Outre cette solution, les jeunes pousses peuvent, aussi, se tourner vers une autre solution : le crowdfunding, très tendance ces derniers temps. Via la multitude de plateformes disponibles sur internet, les entrepreneurs doivent exposer leurs projets, et convaincre les internautes de leur accorder leur confiance. Cette solution offre aux investisseurs particuliers la possibilité d’investir leur épargne dans l’économie réelle, en échange d’un rendement souvent attractif ou d’un produit ou service à moindre coût.

Pour information, en 2020, le crowdfunding français a passé la barre du milliard d’euros récolté, avec 1,02 milliard, d’après le baromètre Mazars et Financement Participatif France (FPF), qui a analysé les données de 60 plateformes de crowdfunding. Enfin, sur l’année 2020, il y a eu 218,6 millions d’euros de dons sur les plateformes numériques contre environ 80 millions en 2019.

 

Un coup de com’ gagnant pour Lemlist

Cette décision de refuser une proposition à 30 millions d’euros a apporté à Lemlist ce que les médias traditionnels ne pouvaient lui apporter jusqu’à présent : de la visibilité et par conséquent de la notoriété. Les médias ont tendance à souvent mettre en avant les startups qui lèvent des fonds à l’inverse des sociétés qui grandissent à leur rythme en s’autofinançant.

Avec leur stratégie, Guillaume Moubeche et ses associés ont réussi à attirer l’attention sur leur entreprise aussi bien que s’ils avaient réalisé une importante levée de fonds.

Cette décision n’est pas sans risque : à refuser et mettre en avant le mauvais côté des levées de fonds, la société prend le risque de se faire blacklister des différents fonds d’investissement, et Guillaume Moubeche en a bien conscience. Néanmoins, l’entrepreneur a aussi mis en avant une réalité, à savoir les relations entre les entrepreneurs et leurs financiers. Ces dernières ne sont pas toujours idéales. « De nombreux investisseurs et entrepreneurs ont posté des messages sur LinkedIn et ont soutenu notre action ». Avec cet exemple, Lemlist dévoile les coulisses des levées de fonds. Une démarche, normalement, très peu médiatisée et réalisée en privé. « Les montants sont tellement élevés que la plupart des acteurs, notamment en France, ont du mal à parler d’argent. Chez Lemlist, la transparence fait partie de nos valeurs », explique le fondateur. Outre la partie médiatique, les visites sur le site de Lemlist ont nettement progressé, et l’impact positif sur business se fait déjà ressentir.

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Accompagner les entrepreneurs, la mission de Guillaume Moubeche

Outre son aventure en tant que CEO de Lemlist, Guillaume Moubeche est en pleine mission : Celle d’accompagner les entrepreneurs, et de dévoiler les coulisses de ce domaine. Une mission qu’il se donne depuis qu’il est étudiant à HEC et que son premier business avec son père a été un échec, et une source de tension. Depuis, il veut accompagner les créateurs, et partager ses connaissances. Et c’est sur YouTube que ça se passe.

En novembre 2020, Guillaume Moubeche se lance un défi : toucher 1500 abonnés sur Youtube. Pour se faire, il décide de poster une nouvelle vidéo à midi tous les jours pendant 30 jours. Depuis, il continue de partager des connaissances exploitables sur la croissance, les ventes, le marketing, le recrutement, la gestion d’équipe, le travail indépendant, ou encore l’entrepreneuriat.

Aujourd’hui, avec plus de 4 000 abonnés et 21 000 vues sur sa dernière vidéo « I said NO to $30 million », il se donne pour objectif d’inspirer 1 000 000 d’entrepreneurs à bâtir des entreprises rentables. Pour ce faire, Lemlist va produire du contenu à destination des entrepreneurs sur YouTube, et Guillaume Moubeche va proposer des cours sur son site internet.

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