Interview – Influenceurs et précarité étudiante : quand leur engagement transforme la solidarité en action concrète

Par La rédaction

12 mai 2026

En collaboration avec StudHelp

En collaboration avec StudHelp

En 2026, la précarité étudiante reste une urgence silencieuse, touchant de plus en plus de jeunes dans leur quotidien. Près de 86% des étudiants de l’association StudHelp affirment avoir déjà sauté des repas pour des raisons financières, 91,9% d’entre eux ont un reste à vivre inférieur à 300 euros après déduction du loyer et des charges. Un indicateur qui montre l’ampleur de la situation. Face à cette triste réalité, certains influenceurs ont pris le parti d’utiliser leur visibilité sur les réseaux pour agir concrètement en faveur de ces étudiants en difficulté.

Plus qu’un simple partage de contenus ou de campagnes de sensibilisation, leur engagement peut mobiliser des communautés, créer des initiatives solidaires et engendrer un véritable impact sur le terrain. À travers leur démarche, ils prouvent ainsi qu’influence et solidarité ne sont pas incompatibles, et que chacun peut agir à sa manière pour améliorer la vie des étudiants.

Pour en parler, nous avons rencontré El Negociateur et Mehdi Hormat de Instant Foot, deux créateurs de contenu engagés aux côtés de StudHelp, la première association qui agit au quotidien pour soutenir les étudiants en situation de précarité en les mettant en relation avec des parrains et marraines dans toute la France. Dans cet entretien croisé entre les influenceurs et l’association, représentée par Florian Rippert, co-fondateur, ils nous expliquent ce qui les a poussés à s’engager, les actions qu’ils ont mises en place, et comment leur rôle d’influenceur peut faire une réelle différence pour les étudiants confrontés à la précarité.

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Crédit photo : StudHelp

 

JUPDLC : Premièrement, qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager pour lutter contre la précarité étudiante ?

El Negociateur : Cette démarche ne relève pas d’une décision impulsive prise du jour au lendemain. Elle s’est imposée progressivement, à mesure que certaines réalités devenaient impossibles à ignorer. Lorsqu’on prend conscience que des étudiants en viennent à sauter des repas tandis que d’autres gaspillent, il devient difficile de rester en retrait. J’ai pour ma part un moyen d’action : la parole. J’ai donc choisi donc de m’en servir pour tenter, à mon échelle, de rééquilibrer les choses.

Instant Foot : Au fond, c’est assez simple. En tant que média, surtout avec une audience importante, on ne peut pas se limiter à divertir ou à alimenter des débats, du type : Mbappé vs Yamal. Nous avons une responsabilité. Et elle est d’autant plus forte lorsque cette audience est majoritairement composée de jeunes, d’étudiants, dont beaucoup viennent du football, donc d’un milieu plutôt populaire. Dans ce contexte, la précarité étudiante n’est pas un sujet lointain pour nous : elle concerne directement nos abonnés, nos communautés.

De plus, nous recevons de nombreux messages et témoignages. On voit des personnes en difficulté et, à un moment, il devient difficile d’ignorer la situation. L’idée n’est pas de se poser en héros ni de devenir une association, mais simplement d’utiliser ce dont nous disposons : notre visibilité, notre capacité à créer du contenu et à mobiliser, pour faire quelque chose d’utile. Au final, cela s’est fait assez naturellement. On se dit simplement que, si l’on peut aider, même modestement, alors on le fait.

 

JUPDLC : Avez-vous, dans votre parcours étudiant ou personnel, déjà été confronté de près ou de loin à des difficultés similaires à celles que vivent aujourd’hui les étudiants précaires ? Comment cette expérience a-t-elle influencé votre engagement ?

El Negociateur : Oui. Je l’ai connue. Pas toujours de manière visible, mais suffisamment pour comprendre ce que ça fait de compter, de choisir, de renoncer. Choisir entre manger correctement ou garder de quoi finir le mois. Renoncer à certaines choses que d’autres considèrent comme normales. Et surtout, ce que j’ai ressenti à ce moment-là, c’est le silence autour. Personne n’en parle vraiment. Chacun gère dans son coin. Aujourd’hui, si je m’engage, c’est aussi pour ça. Parce que je sais que derrière chaque étudiant en difficulté, il y a quelqu’un qui fait semblant que tout va bien.

Instant Foot : Non, pas directement. Je n’ai pas moi-même connu une situation de précarité étudiante à proprement parler. En revanche, je viens d’un milieu populaire, donc ce sont des réalités que j’ai toujours vues de près, que ce soit dans mon entourage ou parmi les personnes avec lesquelles j’ai grandi. Cela ne m’a jamais semblé être un sujet « éloigné ».

J’ai aussi été éduqué avec des valeurs assez simples : ne pas oublier d’où l’on vient, ni les autres. Avoir de l’ambition, oui, mais sans être déconnecté de la réalité de celles et ceux qui rencontrent des difficultés autour de soi.

Je pense que c’est ce qui compte le plus aujourd’hui. Même sans l’avoir vécu personnellement, je me sens concerné. Et lorsque l’on a la chance d’avoir une certaine force de frappe avec un projet, ça nous pousse naturellement à nous engager et à essayer d’être utile.

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Crédit photo : StudHelp

 

JUPDLC : Quelles actions ont été mises en place, aux côtés de StudHelp, pour venir en aide aux étudiants en difficulté ?

Florian Rippert : Grâce à El Negociateur, plus de 300 de nos bénéficiaires ont pu recevoir une pizza gratuite dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, en partenariat avec la pizzeria Oliver et son chef Abdel.

Au-delà de ces actions concrètes sur le terrain, il reste très disponible pour nous accompagner sur différents sujets. Il relaie nos événements, y participe, et constitue une véritable force de frappe pour l’association.

Instant Foot, ce média footballistique est également à nos côtés depuis nos débuts en 2021. Il assure un relais régulier de nos actions et une présence active lors de nos événements, notamment pendant nos cantines solidaires avec le PSG For Communities. De plus, il nous met en relation avec des acteurs du sport business souhaitant s’engager à nos côtés dans la lutte contre la précarité étudiante.


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JUPDLC : Selon vous, quelles responsabilités ont les créateurs de contenu pour soutenir les étudiants en difficulté et sensibiliser leur communauté ?

El Negociateur : Aujourd’hui, un créateur, c’est un média. Et un média, ça doit choisir entre divertir ou impacter. Moi j’ai décidé de faire les deux. On a une responsabilité énorme :

  • on peut faire acheter… ou on peut faire aider
  • on peut créer du vide… ou créer du lien

La véritable question est donc la suivante : que fait-on de l’attention qui nous est accordée ?

Instant Foot : Je pense que nous avons une véritable responsabilité, en particulier lorsque l’on s’adresse à un public majoritairement jeune. La première étape consiste simplement à mettre en lumière le sujet, à en parler sans le déformer Ensuite, il s’agit d’utiliser notre audience pour relayer des initiatives utiles ou porter des actions concrètes, même à petite échelle. Nous savons que nous ne résoudrons pas le problème à nous seuls, mais nous pouvons clairement contribuer à faire évoluer les choses.

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Crédit photo : StudHelp

 

JUPDLC : Avez-vous constaté un impact direct de vos initiatives sur la vie des étudiants ? Pouvez-vous partager un exemple marquant ?

Florian Rippert : Le concept de StudHelp est basé sur un modèle de parrainage, l’ensemble des citoyens peuvent décider de s’engager à titre personnel pour faire des courses pour nos étudiants bénéficiaires.

Avoir de la visibilité via ces deux influenceurs nous permet des résultats rapides en termes de conversion, presque aussi importants que lorsque nous avons de la visibilité avec de gros médias. C’est de l’instantané, de l’humain et surtout beaucoup de personnes ont pu nous découvrir grâce à la visibilité proposée. Et surtout, on constate que ce n’était pas qu’un one-shot. Ils sont toujours disponibles pour nous aider, avec de nouveaux formats selon nos besoins, dans le contexte associatif actuel, c’est une mine d’or pour nous de pouvoir compter sur eux.

 

JUPDLC : Des reproches sont souvent formulés à l’encontre des influenceurs qui partagent leurs actions solidaires sur les réseaux, se filmant en train d’aider ou affichant le visage des bénéficiaires… Comment vous assurez-vous que votre engagement reste authentique et ne se limite pas à de la communication ?

El Negociateur : L’authenticité, ce n’est pas de ne pas filmer. C’est de savoir pourquoi tu filmes. Moi, je ne filme pas pour montrer que j’aide. Je filme pour montrer que c’est possible d’aider. Et surtout, il y a beaucoup de choses que je ne montre pas. Parce que tout n’a pas besoin d’être du contenu. Si demain j’arrête les caméras, j’aiderai quand même. C’est ça le vrai test.

Instant Foot : C’est une vraie question, et elle est légitime. Nous on fait attention à rester dans quelque chose de respectueux : ne pas mettre les gens en scène… ne pas les exposer inutilement… et ne pas transformer leur situation en contenu. Et puis surtout je reste droit avec moi-même. Je sais pourquoi on le fait. Et je pense que notre communauté le ressent aussi : elle fait très vite la différence entre une démarche sincère et quelque chose d’opportuniste. Donc si on communique, c’est pour donner de la visibilité à la cause et inciter à agir, pas pour se mettre en avant. Même mes CM, qui sont aussi étudiants en alternance, sont touchés par ces causes avec leurs camarades, donc ils le font vraiment de façon authentique.

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Crédit photo : STUDHELP

 

JUPDLC : Quels projets ou collaborations avez-vous en tête pour continuer à soutenir les étudiants dans les mois à venir ?

Florian Rippert : La précarité étudiante ne cesse d’augmenter aujourd’hui en France, ces influenceurs sont aussi devenus en quelque sorte des ambassadeurs de notre association. On voit beaucoup de belles initiatives comme le « Zevent » ou d’autres événements sportifs digitaux permettant de récolter des fonds financiers pour des associations. Notre besoin à nous, c’est de faire connaître l’initiative au plus grand nombre et faire comprendre que chacun peut agir à son échelle en soutenant concrètement un étudiant dans le besoin. Donc pourquoi pas créer un format identique mais avec un challenge entre influenceurs permettant de ramener le plus de parrains / marraines possibles pour nos étudiants ?

 

JUPDLC : Enfin, que diriez‑vous aux étudiants qui se trouvent dans une situation difficile à l’heure actuelle, pour leur apporter soutien et encouragement ?

El Negociateur : Déjà, je dirai : vous n’êtes pas seuls. Même si tout vous pousse à le croire. Ensuite : demander de l’aide, ce n’est pas échouer. C’est refuser de sombrer. Et surtout : votre situation n’est pas votre identité, c’est un passage. Accrochez-vous. Et si personne ne négocie pour vous… Apprenez à le faire vous-mêmes.

Instant Foot : Je vais faire une comparaison avec le football : même lorsque la situation est difficile, il ne faut pas renoncer. Un match se joue jusqu’à la dernière minute. Il y a des périodes compliquées, des moments où l’on a le sentiment de subir, mais cela ne signifie pas que le match est perdu.

Entourez-vous et demandez de l’aide lorsque c’est nécessaire, sans en avoir honte. Et surtout, gardez en tête que cette période ne définit pas l’ensemble de votre parcours. Continuez à avancer, même progressivement. Il suffit parfois d’une action, d’un déclic, pour renverser la situation.

Enfin, ne restez pas isolés. Même les plus grands joueurs s’appuient sur un collectif. Parlez-en autour de vous, appuyez-vous sur votre entourage, ainsi que sur des structures comme StudHelp. Un match ne se gagne jamais seul.

 

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