Interview – Agathe Clément, son premier livre d’art et les défis des créateurs à l’ère des algorithmes

Par Charlotte Pierre

5 janvier 2026

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Agathe Clément avait 20 ans lorsqu’elle a quitté la France pour Pittsburgh en 2021, sans parler anglais, sans contacts professionnels et sans client. De cette solitude américaine, la jeune créatrice a fait le terreau d’une démarche artistique hybride, mêlant collage, photographie, vidéo et techniques numériques. Quatre ans plus tard, elle publie Dans ma tête c’est coloré, un livre d’art de 256 pages qui retrace son parcours artistique si atypique.

À travers archives personnelles, créations originales et fragments de récit, l’ouvrage documente « un chemin honnête, fait de doutes, d’élans et de zones d’ombre » d’une artiste qui a refusé de se cantonner à une seule discipline. Cette approche plurielle lui a permis de collaborer avec Guerlain, Breitling, Adidas, ou Kenzo, tout en s’imposant comme ambassadrice Photoshop pour Adobe depuis 2022.

Le projet assume une ambition aspirationnelle : « transmettre, encourager et donner du courage aux créatifs qui souhaitent se lancer », dans un contexte où les algorithmes des réseaux sociaux imposent une production constante et où la visibilité prime souvent sur l’expérimentation. Imprimé en France avec une attention portée aux matériaux, le livre se veut aussi un objet tangible, écho au travail artisanal du papier qui reste au cœur de la pratique d’Agathe Clément.

Dans l’entretien qui suit, la créatrice revient sur les contradictions du métier, la nécessité de « ralentir » face aux injonctions de productivité, et son refus de toute assignation : « pas de case, jamais de case. »

 

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Crédit photo : Agathe Clément

 

JUPDLC : À qui s’adresse Dans ma tête c’est coloré ?

Agathe Clément : Dans ma tête c’est coloré s’adresse avant tout à celles et ceux qui créent et cherchent à se construire. Bien sûr, les jeunes créatifs s’y reconnaîtront, mais le livre ne leur est pas exclusivement destiné. Il parle aussi aux entrepreneurs, et plus largement à toute personne qui cherche à s’inventer ou se réinventer. C’est un livre sur le processus et le chemin parcouru en tant qu’artiste, pas sur mon métier en particulier.

 

JUPDLC : Pourquoi avoir choisi d’écrire ce livre maintenant ?

Agathe Clément : Ce livre arrive à un moment clé de mon parcours. Cela fait cinq ans que je me suis lancée et que je partage mon travail et mes projets sur Internet. Après deux années particulièrement intenses, j’avais besoin de faire une pause, de prendre du recul et de raconter le chemin parcouru.

Il ne s’agissait pas de figer une success story parfaite. D’autres enseignements viendront, c’est certain. L’idée était plutôt de raconter comment je me suis construite jusqu’ici.

 

 

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JUPDLC : Pourquoi le choix d’un livre objet, imprimé en France ?

Agathe Clément : Le papier est au cœur de ma démarche depuis le début. Mes premières créations sont nées du collage, des découpages et du travail manuel. La vidéo, le montage et l’animation sont venus ensuite, mais le papier, dans sa dimension artisanale, est resté le fil rouge de toutes mes créations.

Dans mon travail, j’accorde une attention particulière aux détails et à la qualité des matériaux que j’utilise. Le choix du Made in France était une évidence. Nous avons travaillé avec des équipes françaises du début à la fin du projet, et j’en suis très fière.

Mon univers est vivant, traversé par la couleur et les contrastes. J’avais besoin que le livre soit à la hauteur de cette énergie. Nous l’avons pensé comme un véritable objet d’art, de la couverture en lin à l’embossage, en passant par le choix des papiers. Rien n’a été laissé au hasard. Je voulais un livre dont je sois fière, qu’il se retrouve entre les mains de ma famille, de mes clients ou des personnes qui me suivent.

 

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Crédit photo : Agathe Clément

JUPDLC : Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour une créatrice ?

Agathe Clément : Il y en a beaucoup. Le principal défi selon moi, est de parvenir à accorder autant d’importance aux œuvres que l’on crée qu’à sa propre construction en tant qu’artiste. Cela implique d’apprendre à composer avec le doute et les remises en question. À cela s’ajoute un environnement qui valorise la visibilité constante. Les réseaux sociaux et leurs algorithmes poussent à produire rapidement et en continu, tandis que les attentes des marques peuvent parfois être contradictoires, entre authenticité créative et objectifs de performance. L’enjeu est alors de réussir à prendre du recul pour préserver notre liberté créative.

L’essentiel c’est vraiment de garder confiance et de ne pas perdre le sens de ce que l’on fait. Oser ralentir, prendre le temps de chercher, d’expérimenter fait pleinement partie du processus. Je crois que ce sont souvent ces phases silencieuses qui permettent de trouver un vrai équilibre et qui font émerger les projets les plus sincères.

 

JUPDLC : Quels enseignements aimeriez-vous que le lecteur retienne ?

Agathe Clément : J’aimerais avant tout que le lecteur retienne que le travail et la conviction sont des forces déterminantes. Je suis partie vivre à Pittsburgh à 20 ans, sans contacts, sans parler anglais, sans voiture et sans clients. Je ne partais de rien. À travers ce livre, je voulais montrer que ce sont l’engagement, la persévérance et la confiance dans ce que l’on fait qui permettent, avec le temps, d’aller chercher de belles choses. Rien n’arrive par hasard, tout se construit.

Ce livre rappelle que les opportunités, la légitimité et la confiance en soi, la créativité, ne tombent pas du ciel. Elles se forgent dans la durée, à travers les choix que l’on fait et l’énergie que l’on met dans ce que l’on entreprend. Il n’est pas le récit d’une vérité absolue mais au contraire, il raconte un chemin honnête, fait de doutes, d’élans et de zones d’ombre. Il défend surtout une idée simple : tout est une question d’état d’esprit, de détermination et de ce que l’on choisit de faire de ce qui nous arrive.

 

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Crédit photo : Agathe Clément

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Crédit photo : Agathe Clément

 

JUPDLC : « Pas de case, jamais de case » : comment définir ce mantra ?

Agathe Clément : Pendant longtemps, j’ai exploré plusieurs disciplines sans jamais me reconnaître dans une en particulier. J’ai toujours aimé la photo, le dessin, la peinture, autant que le montage, l’animation ou la sculpture. Je n’ai jamais voulu choisir. Pendant des années, cela pouvait sembler flou, voire incohérent, mais avec le temps, ce mélange est devenu ma force, puis ma signature. J’ai continué à naviguer entre des univers très différents, du sport à la musique, du rap à la joaillerie de luxe, sans jamais me limiter à une compétence précise.

« Pas de case, jamais de case », c’est refuser de se réduire à une seule définition. C’est accepter le flou et les croisements de disciplines comme un espace de liberté immense. Cela implique de ne pas enfermer son travail dans un procédé, un format ou un secteur unique, et d’assumer pleinement une approche multiple. Je défends profondément cette manière de créer, car elle a été le moteur de mon parcours. Créer sans chercher la validation, aller vers tout ce qui nous anime et rester fidèle à sa curiosité.

 

JUPDLC : Quels sont vos projets pour la suite ?

Agathe Clément : J’ai envie de continuer à développer mon univers et de multiplier les collaborations, avec des marques, des artistes, des sportifs, des lieux ou des événements, tout en préservant cette liberté qui m’est essentielle.

Après plusieurs années très tournées vers la vidéo, la réalisation et le montage, j’ai aujourd’hui envie de renforcer davantage le print, de collaborer avec des magazines et de m’investir dans des projets plus tangibles, plus ancrés dans le réel. Et pourquoi pas, à terme, créer mon propre studio créatif.

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