Braquer une banque, sauver la Terre ou s’échapper d’un métro en perdition : depuis plus de dix ans, les escape games se sont imposés comme une forme de divertissement immersive à part entière. Activité de groupe par excellence, ils séduisent aussi bien les particuliers que les entreprises à la recherche d’expériences originales.
À Paris, The Game s’est spécialisé dans des missions où la coopération, l’immersion et le sens du collectif sont au cœur de l’expérience. À travers cet entretien, Martin Cuvillier, directeur de The Game, nous raconte sa vision de l’escape game et les coulisses de la naissance du projet.

JUPDLC : Pouvez-vous nous donner la définition d’un escape game ? De combien de salles disposez vous sur ce site ?
Martin Cuvillier : Si on se fie à un célèbre site internet encyclopédique gratuit, la définition pure d’un escape Game est un « jeu d’évasion qui consiste la plupart du temps à tenter de s’échapper d’une pièce en un temps limité »
De notre côté, la définition a toujours été de confier aux joueurs une mission, une tâche, afin de les plonger dans l’immersion d’un moment à enjeux. Il ne s’agit pas juste de sortir de là, il s’agit de Braquer une Banque, de trouver un trésor enfoui dans les Catacombes ou de sauver la Terre d’un astéroïde dont l’impact est imminent… Dès lors l’investissement des joueurs est grand pour mener à bien cette mission, et cela passe par une immersion totale grâce à des décors réalistes et un accueil dédié.
Nous avons actuellement 12 missions différentes réparties sur 20 salles, car nous avons plusieurs scénarios disponibles sur plusieurs salles : nous avons 4 Métros, 3 Avions, 2 Braquages de Banque, 2 Braquages de Casino et 2 Tremblement de Terre, permettant à des équipes séparées de vivre la même expérience en simultané. Pour assumer une telle surface, nous avons 2 locaux situés dans le 5ème arrondissement de Paris : l’un est rue du Cardinal Lemoine l’autre à Saint-Michel.

JUPDLC : Comment est né le projet ?
Martin Cuvillier : À la sortie de leurs études, Maxime Biewers et Maxime David ont décroché leurs premiers CDI ! Mais l’aventure fut de courte durée, car très vite, Maxime Biewers ne s’y est pas retrouvé et a quitté son job. Il a alors entendu parler du concept de l’escape game, qui était tout juste naissant en France. Et pour en découvrir davantage sur ce nouveau jeu, ils sont allés à Budapest, le berceau européen de l’escape game à l’époque. Ils ont tout de suite été sous le charme. L’idée d’entreprendre et de créer quelque chose tous les deux était dans leurs têtes depuis qu’ils avaient été étudiants ensemble, mais ils ne pensaient pas que cela se ferait si vite. Mais là, tout leur correspondait : le jeu, l’immersion, l’accueil du public, un projet innovant… Maxime David a aussi démissionné de son CDI tout neuf le lendemain du retour de Budapest, et ni une ni deux, ils se sont attelés au projet ! En mai 2014, ils allaient à Budapest, en septembre, ils avaient les clés de leur premier local, et en décembre ils ouvraient les trois premières salles du 51 rue du Cardinal Lemoine.
JUPDLC : Quel type de clients recevez-vous ?
Martin Cuvillier : Nous recevons principalement des particuliers, des amis, des familles, de tout âge à partir de 10 ans. Mais nous recevons également grand nombre d’entreprises pour leur team building, puisque notre surface nous permet d’assurer l’accueil d’équipes allant jusqu’à 120 personnes !
JUPDLC : En moyenne, combien d’énigmes compte une salle, et quel est le temps moyen de résolution par équipe ?
Martin Cuvillier : Nous n’avons pas vraiment de feuille de route avec un nombre d’énigmes minimum. Le plus important à nos yeux, c’est le rythme. Certaines missions auront un enchaînement de petites énigmes, d’autres auront de gros morceaux qui demanderont du temps. Du moment que cela s’intègre parfaitement au scénario, à l’ambiance de la salle et que l’équipe ne passe pas trop peu ou trop de temps sur les énigmes, alors l’expérience sera vivante.
Concernant le temps moyen, nous pourrions faire un calcul mais avec le nombre de sessions, c’est compliqué ! Un peu plus d’une équipe sur deux arrive à s’en sortir dans nos missions, et la plupart d’entre elles terminent dans les 10 dernières minutes.
JUPDLC : Le partenariat avec Ubisoft pour Le Trésor des Templiers est la première licence mondiale : comment avez-vous équilibré immersion pour fans et novices ?
Martin Cuvillier : Après la sortie d’Assassin’s Creed Unity qui se déroulait à Paris lors de la révolution, l’idée était de retranscrire fidèlement certaines notions de la licence, comme le voyage dans le temps à travers la généalogie, mais avoir du contenu nouveau afin de pouvoir accueillir des joueurs n’ayant jamais touché une manette de leur vie. Ainsi, la mission se déroule dans un cadre inédit, connectée à aucun opus de la licence, mais avec des clins d’œil à cet univers vidéoludique que les gamers avertis sauront repérer.

JUPDLC : Quelle est votre stratégie marketing/communication pour attirer 150 000 joueurs par an ?
Martin Cuvillier : Notre stratégie consiste à faire commencer, et durer, l’expérience bien au-delà de nos salles. À travers les histoires que nous racontons sur nos affiches, sur nos vitrines et sur les réseaux sociaux, nous cherchons à prolonger le voyage et à nourrir l’imaginaire de nos joueurs.
Nous développons également des partenariats soigneusement sélectionnés, pensés avant tout pour nos joueurs, au bon moment, et dans le respect de l’image que nous construisons depuis 11 ans : la mise en avant de la diversité de nos salles, une vraie proximité avec notre communauté, une immersion totale de l’entrée à la sortie, et la volonté de faire de chaque passage de porte une expérience à part entière.
Le bouche-à-oreille est aussi un levier essentiel. Lorsqu’un joueur vit une expérience qu’il apprécie, il revient naturellement accompagné de nouvelles personnes et ainsi de suite. On sait qu’un joueur peut venir jusqu’à 12 fois s’il joue l’ensemble de nos salles : notre objectif est donc de maximiser le plaisir et la qualité de l’expérience à chaque visite chez The Game.
Enfin, nous ne raisonnons pas en termes de concurrence mais de confrérie. Ensemble, nous participons à faire découvrir et aimer l’escape game. Un passionné peut ainsi jouer toutes les salles de Paris s’il le souhaite, et c’est aussi ce qui fait la richesse de notre univers !

JUPDLC : Pour les team buildings, quelles missions recommandez-vous ?
Martin Cuvillier : Toutes nos missions sont pensées et créées dans le même esprit, afin de garantir un rythme et une expérience optimale. Donc toutes nos missions sont possibles pour les team buildings. Cependant, pour les plus petites équipes d’une dizaine de personnes, je pense que nos 2 Braquages de Casino sont parfaits. Il s’agit de notre seule mission qui possède un mode « compétition » qui permet aux 2 équipes de partir en mission pour un seul et unique butin ! Cela rajoute un peu de piment à l’expérience et les joueurs sont à fond pour battre l’autre équipe !
JUPDLC : Avec l’IA dans la Mission Spatiale, pensez-vous que ce soit l’avenir des escape games ou plutôt un plus ponctuel ?
Martin Cuvillier : Faut croire qu’on avait le nez creux car le projet d’intégrer une IA fictive au déroulé de la mission s’est fait avant le plein boom des assistants IA ! La nôtre donc, vous l’aurez compris, n’est pas une vraie IA, mais un moyen d’interactions construit de toute pièce made in The Game. Même sa voix est en fait celle d’un membre de notre équipe ! Voyez cela comme une référence aux films de science-fiction se déroulant dans l’espace et leur assistant intelligent (HAL dans 2011 : L’odyssée de l’espace ou encore TARS dans Interstellar). Il est certain que, comme dans beaucoup de domaines, l’IA pourrait permettre de nouvelles choses dans les escapes games, surtout au niveau de la personnalisation de la partie selon les joueurs. Mais chez nous, on reste convaincus que le fait main, le fait maison, l’authenticité sera toujours une valeur ajoutée.




