Entre révolution technologique, transition écologique et quête de sens portée par la nouvelle génération, le monde du travail connaît une importante transformation. L’intelligence artificielle, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), l’internationalisation des carrières et les nouvelles attentes des recruteurs redéfinissent les compétences attendues et les formats pédagogiques. Dans ce contexte, l’École Supérieure de Publicité (ESP), la première école de communication en France, reste fidèle à sa mission historique : former des experts capables de conjuguer créativité, stratégie et responsabilité. Pour anticiper les besoins d’un marché en pleine mutation, l’école renouvelle ses programmes pour 2026-2027, en misant sur des compétences hybrides, une pédagogie par l’action et un engagement éthique renforcé.
Dans cet entretien, Pierre-Edouard Schmitt, Directeur National de l’École Supérieure de Publicité (ESP), de l’École Supérieure du Digital (ESD) et de la School of Audio Engineering (SAE), explique comment l’enseignement supérieur se repense face à ces nouveaux équilibres professionnels, en abordant l’intégration de l’intelligence artificielle, l’essor du RSE, la quête de sens des étudiants et les leviers concrets garantissant l’employabilité des futurs communicants.

JUPDLC : Bouleversements technologiques, pression RSE, quête de sens, économie en mouvement… Comment l’ESP fait évoluer sa mission face à ces nouveaux équilibres du monde du travail ?
Pierre-Edouard Schmitt : L’ESP est une école pionnière depuis bientôt un siècle. Créée par des publicitaires, elle est restée à la pointe en adaptant ses programmes au rythme des évolutions du secteur et des besoins des recruteurs : transformation digitale, transition écologique, mondialisation.
Notre mission n’a pas changé en 100 ans : former des experts de la communication. Mais elle s’élargit avec pragmatisme et vision ; former des stratèges créatifs capables d’embrasser l’IA, d’assumer le RSE et de donner du sens aux marques.
Pour penser les programmes et être en phase avec les attentes du marché, l’ESP s’est toujours entourée de professionnels du secteur. Chaque année, l’ESP renouvelle ses programmes pour répondre aux évolutions des métiers. Elle réunit un collège d’experts de la communication pour redéfinir les compétences techniques et stratégiques attendues par le marché et valider les programmes de formation. Parmi eux Mélusine Binder, Laurent Allias (Josiane), Cécile Granat (Hopscotch), Stéphane Martin (ARPP)…
JUPDLC : Concrètement, comment cela se traduit-il dans vos programmes ?
Pierre-Edouard Schmitt : Cela se traduit par une nouvelle offre de formation 26-27 qui s’appuie sur plusieurs axes :
D’abord, les compétences hybrides : stratégie de marque, data, business & création. L’IA générative, l’UX/UI et l’e-commerce sont désormais des fondamentaux, intégrés en projets réels avec nos partenaires, en synergie avec l’ESD avec la création de double diplômes (un Bachelor Marketing Digital & E-reputation et un Mastère Business Developer & Marketing digital.)
Ensuite, nous adoptons une approche de la pédagogie par l’action : alternance & stage, briefs avec de vrais annonceurs, jurys de pros. On apprend en produisant. Nous renforçons aussi les soft skills qui sont très demandées par les recruteurs (esprit critique, coopération, prise de parole..).
Enfin, nous accordons une importance particulière à l’impact et l’éthique. Le retour de notre Mastère RSE & Imaginaires de Marque répond aux nouvelles attentes sociétales. En parallèle, le projet pédagogique « Com’ for Change » évalue les campagnes à l’aune de leur responsabilité et fait sont retour pour la 4e année consécutive.
« Nos nouveaux parcours répondent à une demande claire : le marché veut des profils hybrides, à double compétence. »
À côté de cela, nous proposons le Parcours Excellence en cinq ans, qui affirme notre ambition. Conçue en partenariat avec l’EMLV (École de Management Léonard de Vinci), c’est une formation exigeante, professionnalisante, et surtout internationale. Elle associe ainsi management, stratégie de marque et communication à l’international, au travers de projets concrets et d’immersions et d’une année d’échange dans une université partenaire du groupe AD Education (Média University, à Berlin).
Nous visons des diplômés prêts dès le premier jour, conscients des enjeux contemporains et capables d’orienter les marques en France comme à l’étranger, avec exigence créative et responsabilité.
JUPDLC : On note l’apparition de nouvelles spécialisations dans les programmes de l’ESP. Quelles tendances du marché ou signaux faibles ont guidé ces évolutions ?
Pierre-Edouard Schmitt : Nos nouveaux parcours répondent à une demande claire : le marché veut des profils hybrides, à double compétence. Pour construire l’offre de formation, nous nous appuyons sur plusieurs choses. Cela passe par l’analyse continue des offres d’emploi que nous recevons des entreprises, ou encore le retour terrain sur les missions de nos alternants mais aussi les briefs confiés en réel lors des compétitions, par les entreprises.
Plusieurs tendances structurantes guident nos évolutions :
- L’industrialisation de l’IA : on passe du test d’outils à la conception de workflows IA. D’où nos modules Marketing & IA et nos ateliers prompt
- La fin des cookies tiers : montée du CRM, marketing automation, mesure responsable : cela alimente notre parcours Business developer & marketing digital pour les stratèges (segmentation, attribution…)
- Le Retail Media et le Social Commerce : avec l’internalisation de la performance et l’attribution omnicanale (renforcement Paid/Retail Media et création orientée conversion)
- Influence, contenus, communautés : l’influence devient un levier structuré. Notre Mastère Marketing d’influence et événementiel couvre stratégie éditoriale, co-création, cadre juridique et mesure
- Transition écologique & régulations : nous avons décidé de rouvrir le Mastère Communication RSE & imaginaires de marque (mesure, éco-conception, gouvernance) avec toujours la participation à « Com’ for Change »)
En bref, nos formations sont co-construites avec le terrain (recruteurs, partenaires et comité d’experts) pour former des talents capables de penser la marque, d’activer les bons canaux, de piloter la data et d’orchestrer l’IA, avec une exigence RSE et une culture internationale.
JUPDLC : Comment l’ESP s’assure-t-elle que ses formations restent connectées à la réalité du marché, aussi bien dans leur conception que dans leur mise à jour ?
Pierre-Edouard Schmitt : L’ESP s’assure que ses formations restent en phase avec la réalité du marché grâce à un comité d’experts qui accompagne l’école chaque année pour redéfinir les compétences techniques et stratégiques et adapter les programmes de formation. Ce comité réunit notamment des professionnels reconnus tels que Jérôme Picq, Sales Business Director chez Publicis Media, Thibault Rivals, Head of Integrated Brand Communication chez Danone, ou encore Manon Guignard, Head of Product & Consumer Communication chez Uber & Uber Eats France.
En plus de ce comité d’experts, l’ESP est au quotidien en contact de professionnels du secteur. Des entreprises comme le groupe mondial de publicité WPP viennent régulièrement présenter des briefs aux étudiants, proposer des stages et des contrats en alternance, ou participer à nos job datings. De nombreux intervenants experts partagent également leur expérience à travers des cours et un accompagnement tout au long de l’année.

JUPDLC : Dans un contexte économique instable, comment l’école garantit-elle l’employabilité de ses diplômés ? Quels leviers concrets (alternance, réseau, projets réels) font aujourd’hui la différence ?
Pierre-Edouard Schmitt : Dans un contexte économique chahuté, notre boussole est simple : rapprocher l’école du marché. Résultat : 90 % d’insertion à 12 mois après la fin de la formation. Ce niveau tient à plusieurs leviers très concrets.
Nous mettons en place l’alternance dès la 3e année, dans des parcours pensés pour l’employabilité (projets, stage, alternance), coaching CV/LinkedIn, préparation entretiens, job-datings sur chaque campus, suivi tuteur école/entreprise pour sécuriser la mission. Cette approche terrain est complétée par des projets réels avec des jurys pros, des briefs d’agences et d’annonceurs (TF1, Crédit Agricole, Ferrari, Lipton, Universal Music…).
Les étudiants peuvent aussi compter sur un réseau actif de plus de 12 000 alumni ESP (et le réseau ESD et SAE) mobilisés en mentorat, masterclasses … De quoi offrir un accès accéléré au marché.
Autre point important : les compétences acquises sont certifiables. Nos formations sont certifiées RNCP (niveaux 6 & 7), et développent par l’entraînement des compétences réellement différenciantes : prise de parole, conduite de projet…
Finalement, nos diplômés sortent avec une expérience (alternance), des preuves (portfolio), un réseau (Alumni & entreprises) et des repères métier validés par le terrain, c’est ce que les recruteurs attendent, surtout quand l’économie se tend.
JUPDLC : L’intelligence artificielle s’invite partout, y compris dans la communication. Quelle est la philosophie de l’ESP face à ce tournant technologique : comment en parler, comment l’enseigner, et jusqu’où former à son usage ?
Pierre-Edouard Schmitt : Nous avons pris la décision d’intégrer un socle d’IA maîtrisée dans toutes nos formations. Cela comprend la compréhension des modèles et de leurs limites, du prompt design avancé, mais aussi des usages concrets par métier (stratégie de marque, création/copy & DA, social & influence, paid media, RP, CRM/activation), automatisations simples et cadre éthique (RGPD, propriété intellectuelle, sobriété…).
Dans cette continuité, nous avons co-conçu avec l’ESD le Bachelor Marketing & e-réputation, qui intègre des modules IA pour concevoir et piloter des campagnes web, social media et e-commerce, exploiter la donnée et gérer l’e-réputation (veille, influence, modération, gestion de crise).
L’objectif : former des communicants capables d’orchestrer l’IA dans leurs campagnes, tout en restant critiques, créatifs et responsables, pour un usage réfléchi et professionnel.
JUPDLC : Avec « Com’ for Change », vous avez ouvert un chantier fort. Est-ce un laboratoire isolé ou un socle qui irrigue désormais tous vos cursus ?
Pierre-Edouard Schmitt : « Com’ for Change » n’est pas un laboratoire isolé : c’est notre événement signature et un socle pédagogique qui irrigue désormais nos cursus.
Chaque année, plus de 1200 étudiants de l’ESP, organisés en « agences », vivent deux semaines intensives pour répondre à de vrais briefs confiés par de belles organisations engagées (Fondation Good Planet, Greenpeace, Axa Climate, Sea Shepherd, Veolia…). Ces partenaires sont commanditaires et jurés, ce qui confronte nos étudiants aux attentes réelles du marché.
Le dispositif est rythmé par des masterclasses (Luc Wise, François Gemenne, Claire Pétreault…), et il infuse l’ensemble de nos cours et évaluations : éco-conception, mesure d’impact, médias responsables, éthique de l’influence… C’est notre devoir d’institution d’enseignement supérieur : former des professionnels qui sont aussi des citoyens. Et nous continuerons tant que le défi demeure ; parce que la communication fait partie de la solution quand elle est mesurée et responsable.
En 2026, nous élargissons encore le périmètre du climat à une RSE plus globale (inclusion, sobriété, éthique, gouvernance).

JUPDLC : Les étudiants veulent apprendre, mais aussi se reconnaître dans ce qu’ils apprennent. Comment l’ESP répond-elle à cette quête de sens propre à la Gen Z ?
Pierre-Edouard Schmitt : La quête de sens des étudiants dépasse le seul climat : elle touche l’éthique des messages, l’inclusion, la sobriété numérique, la place de l’IA, et l’équilibre de vie.
Pour y répondre et ancrer ces enjeux dans nos cursus, nous avons mis en place différentes choses : le retour du Mastère RSE, l’ouverture de formations en double diplôme avec l’École Supérieure du Digital, notre parcours excellence très ouvert sur l’international, et enfin l’intégration d’un socle d’IA maîtrisée.
Dans la vie de l’école, le dispositif Speak Up (programme de prévention, d’écoute et d’accompagnement contre les VSS), l’accompagnement à la prise de parole, mais aussi une attention concrète au rythme des études (organisation des charges, suivi en alternance, accès à des ressources d’écoute) permettent aux étudiants de se reconnaître dans ce qu’ils apprennent et de s’engager.
Nous visons à permettre à chacun d’apprendre un métier exigeant, de trouver sa place et d’aligner ses convictions avec sa pratique professionnelle, dans un cadre responsable, attentif au bien-être et porté par l’ambition créative.
JUPDLC : Enfin, si vous deviez définir le profil du communicant ESP de 2030, à quoi ressemblerait-il ?
Pierre-Edouard Schmitt : En un mot : hybride.
Le communicant de 2030 sera à la fois créatif, stratège et responsable. Ni un simple exécutant, ni un « technicien » hyper-spécialisé, ni un observateur passif des transformations du monde. Il sera acteur, constructeur de sens, capable de proposer du contenu, du récit et de la culture.
Ce nouveau communicant incarnera plusieurs dimensions essentielles :
- D’abord, une vision stratégique, capable de connecter naturellement marque, produit, business, culture et usages.
- Ensuite, une créativité augmentée : il saura produire, écrire, scénariser, prototyper et expérimenter, avec l’intelligence artificielle comme partenaire, sans jamais perdre la primauté de l’idée et de l’intention.
- Il développera une conscience éthique et sociétale, intégrant les enjeux d’inclusion, de sobriété, de représentation et de responsabilité culturelle.
- Il maîtrisera les outils technologiques les plus récents en passant par les environnements créatifs et les plateformes sociales avancées.
- Enfin, il s’appuiera sur une intelligence humaine forte : écoute, empathie, collaboration, leadership et capacité à fédérer.
Car demain, la valeur ne sera ni purement créative, ni purement technique. Elle sera culturelle, stratégique, technologique et profondément humaine. À l’ESP, notre objectif n’est pas simplement d’accompagner le marché. Notre mission est de former celles et ceux qui vont le repenser, l’influencer et l’élever.
Pour en savoir plus sur l’École Supérieure de Publicité (ESP), rendez-vous sur sa page dédiée !



