Comment trouver du sens sur le marché du travail ?

En collaboration avec Narratiiv
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Dans un monde du travail en perpétuelle mutation, il peut être complexe de s’y retrouver, d’autant plus lors de ses premiers pas sur le marché. Tiraillés entre une volonté d’exercer un travail qui a du sens et une rémunération qui soit décente, les salariés peinent parfois à trouver chaussure à leur pied. Et c’est d’autant plus vrai pour les jeunes générations !

Volonté d’un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, obtention d’un emploi utile au bien commun, partage de valeurs avec l’employeur… Tous sont à la recherche de l’emploi “pépite” qui leur permettra de combler leurs différents besoins. Le point commun ? Cette quête de sens, afin de contribuer à des enjeux d’intérêt général tels que la crise écologique que l’on traverse. Ou encore ce besoin de se sentir utile, et ainsi d’éviter les “bullshit jobs” décrits avec brio par David Graeber, dans son ouvrage éponyme. Mais qu’entend-on réellement par “quête de sens” ? Quelles valeurs sont recherchées par la Gen Z lors de leur recherche d’emploi ? Peut-on encore, aujourd’hui, allier passion et travail ? Pour y répondre, nous avons rencontré Anne-Brigitte Jacqmin, Coach-formatrice et référente du programme Savoir Devenir chez Narratiiv, et Matthieu Fromion, étudiant en première année de journalisme.

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Anne-Brigitte Jacqmin / Matthieu Fromion

 

JUPDLC : Dans un monde du travail en constante mutation, quelles sont les valeurs recherchées par une majorité de candidats ?

Anne-Brigitte Jacqmin : Je dirais que les valeurs les plus recherchées sont un bon équilibre vie privée et vie professionnelle, le respect de ce que les candidats sont réellement. En effet, ils ont besoin d’être considérés, même s’ils sont en bas de l’échelle hiérarchique. L’autonomie aussi, bien sûr, à commencer par l’autonomie financière. Et enfin la transparence, et un sens à ce qu’ils font.

 

JUPDLC : Lorsque vous êtes à la recherche d’un stage ou d’une alternance, qu’attendez-vous du poste et plus globalement de votre futur employeur ?

Matthieu Fromion : Je n’attends pas grand-chose de mon employeur, si ce n’est qu’il m’engage. En revanche, j’espère que mon futur poste m’en apprendra davantage sur les milieux professionnels qui m’intéressent et m’intriguent tels que ceux de la radio, du reportage à ciel ouvert, des interviews, ou encore du traitement de la culture, etc.

 

JUPDLC : Cette quête de sens au travail a-t-elle toujours existé, ou est-ce une tendance arrivée avec la Gen Z ?

Anne-Brigitte Jacqmin : Pour en être sûrs, il faudrait demander à des sociologues ! Cependant, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une tendance arrivée avec la Gen Z.

Déjà, on pourrait se questionner sur ce mot : “sens”. Pour nous, les “vieux” (je suis cinquantenaire), il existait déjà ce sens, dès le début de nos vies professionnelles. Il s’agissait de gagner notre pain grâce à l’autonomie financière, et de faire quelque chose d’intéressant. C’était déjà du sens, même si ça n’était pas exactement le même que celui qui prime aujourd’hui.

Si par sens on entend faire quelque chose d’utile, pour soi, l’autre ou la planète, et faire autre chose que seulement gagner sa vie, alors je pourrais dire que pour ma génération, cette quête de sens est arrivée plus tardivement. Peut-être vers nos 40 ans, alors que nous avions déjà couru après le statut, la performance, la reconnaissance financière.

Je pense que pour la Gen Z, cette quête de sens existe dès leurs premiers jours dans le monde du travail. Cependant, je rencontre aussi des membres de la Gen Z dont la priorité, à court terme, est surtout l’argent !

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Crédit photo : Christina Wocintechchat / Unsplash

 

JUPDLC : Selon vous, peut-on aujourd’hui allier passion et travail ou s’agit-il d’un objectif de plus en plus impossible à atteindre ?

Anne-Brigitte Jacqmin : J’espère que ça n’est pas impossible ! Je pense que l’on peut allier ces deux valeurs. En revanche, il faut se donner un peu de mal : chercher, s’ouvrir, être à l’affût, ne pas hésiter à tester, changer… Et oser ! Savoir se planter et rebondir. Se former constamment, et surtout être et rester curieux.

 

JUPDLC : Que peuvent mettre en place les futurs employeurs pour attirer la Gen Z et éviter un turnover trop important ?

Anne-Brigitte Jacqmin : Je pense que pour attirer la Gen Z, en tant qu’employeur, il faut avoir des missions, visions, et valeurs transparentes et authentiques. En effet, ils n’aiment pas le “bullshit”, et ils savent bien le décrypter. Cela incombe aux employeurs d’être explicites, concrets et vrais.

Lors des entretiens, il est primordial de savoir se positionner à parité. En effet, c’est la rencontre de deux êtres humains qui vont se choisir, l’un comme l’autre. Concrètement, il faut donner confiance pour générer une vraie rencontre, et non pas mettre le candidat en position d’infériorité.

Ensuite, pour les garder, je pense qu’il faut savoir écouter, mentorer, et former. J’enfonce probablement des portes ouvertes… Tant pis ! Je pense qu’il est également prépondérant de faire dialoguer les différentes générations, ensemble. Pour cet article, j’ai interrogé une classe faisant partie de la Gen Z en M2 de RH. Ils ressentent qu’ils peuvent être une menace pour la génération du dessus, mais ils ont besoin d’eux et ils le disent. Ils ont besoin de pouvoir compter sur eux et pour eux.

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Crédit photo : Sam Balye / Unsplash

 

JUPDLC : Pouvez-vous nous parler du programme Savoir Devenir proposé par Narratiiv ? En quoi consiste-t-il ?

Anne-Brigitte Jacqmin : C’est un programme d’une quinzaine d’heures proposé à toutes les années, du Bachelor 1 au Master 2.

On y invite les étudiants à réfléchir plutôt avec leurs intuitions et leurs émotions qu’avec leur intelligence (c’est parfois inconfortable pour certains). Il n’y a pas de relation “prof-élèves”, juste des êtres humains qui cherchent à avancer ensemble.

On les pousse à s’ouvrir, se questionner personnellement, à questionner autrui, et enfin à agir. On est loin du modèle académique traditionnel, et parfois loin des hard skills traditionnellement enseignées. On ne cherche pas seulement à les aider dans leur employabilité, mais plutôt à ce qu’ils soient épanouis dans leur vie.

 

JUPDLC : Pouvez-vous nous parler de votre expérience au sein du programme Savoir Devenir ?

Matthieu Fromion : J’ai tout de suite créé un lien affectif avec Anne-Brigitte, l’intervenante Savoir Devenir. En effet, j’ai beaucoup aimé l’entendre parler, raconter ses histoires, et nous poser des questions. C’est officiellement mon cours préféré de l’année !

De plus, ce programme me sert au quotidien. Il a appuyé certains côtés empathiques et d’écoute de ma personnalité. Le « savoir écouter sans trouver de solution » m’a particulièrement marqué.

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JUPDLC : Dans ce programme, vous incitez les étudiants à devenir « acteurs de leur destin » : autour de quelles thématiques s’articule le parcours ?

Anne-Brigitte Jacqmin : Chaque année possède son programme, et ses diverses activités : en B1, le focus est placé autour de la curiosité, tandis qu’en B2 nous parlerons plus de la pensée critique. Enfin, en B3, le programme s’articule autour de la prise de conscience, en M1 de l’altérité, et en M2 de l’engagement.

 

JUPDLC : Que diriez-vous à un étudiant souhaitant suivre ce programme ?

Matthieu Fromion : Je lui dirais que s’il apprécie le fait de discuter avec les autres, qu’il aime tout simplement le contact humain, ou en apprendre davantage sur les gens qu’il connaît ou qu’il ne connaît pas, il va kiffer !

 

JUPDLC : Qu’est-ce que ce parcours apporte aux étudiants de manière concrète ?

Anne-Brigitte Jacqmin : Je vais vous citer quelques verbatims d’étudiants pour illustrer mon propos :

  • J’ai compris le pouvoir d’exprimer (enfin) mes émotions”.
  • J’ai rencontré pour de vrai ma classe et fait tomber mes préjugés
  • Je me suis rendu compte que je n’étais pas seule
  • Grâce à ces rencontres, il y a plus de solidarité dans la classe
  • J’ai appris à écouter, et à écouter pour de vrai. Et j’ai compris que ça n’était pas si facile
  • J’ai appris à être plus tolérant envers les autres et aussi envers moi-même
  • J’ai appris comment vivre correctement en communauté et comment grandir humainement
  • J’ai appris que discuter avec d’autres sur des sujets que je n’imaginais jamais aborder avec eux, pouvait être riche et précieux

Voilà tout ce que ce programme peut apporter. Et la liste n’est pas exhaustive !

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Crédit photo : Eliott Reyna / Unsplash

 

JUPDLC : En tant qu’étudiant, qu’est-ce que ce programme vous a apporté ?

Matthieu Fromion : Cela m’a permis de transformer ma vision des choses, notamment sur certains sujets sur lesquels je ne m’étais jamais vraiment penché, comme l’adoption. J’ai aussi développé des relations avec des camarades de classe que je n’aurais pas imaginées, grâce à un exercice où trois personnes choisies au hasard doivent se raconter quelque chose de personnel. Il m’a fait aimer encore plus le contact humain et la découverte de nouvelles personnes.

 

JUPDLC : Quels conseils donneriez-vous à une personne qui ne se retrouve pas dans son emploi actuel, et qui n’est pas épanouie dans son cadre de travail ?

Anne-Brigitte Jacqmin : Je lui conseillerai d’abord (et si c’est possible) d’entamer un dialogue avec son manager. Il peut y avoir un simple problème de communication. Il faut apprendre à parler avec son manager de telle sorte que cela soit entendable. Personnellement, j’utiliserais les outils de la Communication Non Violente.

Ensuite, si besoin, de se faire accompagner pour comprendre pourquoi cette personne n’est pas épanouie. Il faut également comprendre où est sa responsabilité à elle. Je considère que chacun a une part (plus ou moins grande) dans ce qui lui arrive. Il est donc important de se faire accompagner pour, si besoin, se remettre aussi en question.

Ça peut passer par le fait de demander un coaching à son employeur, ou encore se payer un coach, faire un bilan de compétences… Les solutions sont nombreuses !

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Crédit photo : Glenn Carstens-Peters / Unsplash

 

JUPDLC : Quel est, selon vous, le rôle des employeurs concernant l’épanouissement de leurs employés ?

Matthieu Fromion : Je pense qu’il faut choisir des employés qui correspondent à l’ambiance du lieu de travail, aux valeurs de l’entreprise, et au groupe d’employés en général. Si tout le monde s’entend bien, les gens se moquent de bosser longtemps !

 

JUPDLC : Aujourd’hui, on constate que les salariés font de plus en plus de burn-out, et que ce phénomène touche également des personnes de plus en plus jeunes. À quoi cela est-il dû ? Comment l’éviter ?

Anne-Brigitte Jacqmin : Vaste sujet ! Je dirais que cela est souvent dû à un manque de dialogue et d’écoute. Mais, évidemment, pas seulement !

Si, jeunes comme moins jeunes, on pouvait dire ce que l’on vit, comment on le vit, quels sont nos besoins sans avoir peur de le dire, et être écouté vraiment, il me semble que cela changerait les choses. Il faut donc être capable de nommer… Et ça n’est pas donné à tout le monde. C’est aussi ce que l’on essaie de transmettre dans le programme Savoir Devenir.

 

JUPDLC : Pensez-vous que l’arrivée des IA, qui permettent l’automatisation de certaines tâches répétitives et donc de proposer aux collaborateurs des missions à plus forte valeur ajoutée, puisse apporter plus de sens aux travailleurs ? Pourquoi ?

Anne-Brigitte Jacqmin : Personnellement, je ne suis pas une spécialiste des IA. Mais je suis plutôt inquiète sur le fait que l’IA (et c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité), puisse prendre notre place sur des tâches dites intéressantes. Il me semble que l’IA générative n’est pas encore capable de nous supplanter sur le domaine des émotions… Tant mieux, c’est notre meilleure arme pour vivre ensemble.

 

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