Tribune rédigée par Barbara Chambers, CEO associée de l’agence Gangstères.
On s’imagine souvent la publicité comme un milieu paritaire, féminin, ouvert et donc précurseur. Un univers où la mixité irait de soi. Spoiler : c’est faux. Un secteur, certes, très féminin. Mais malheureusement, être nombreuses ne veut pas forcément dire avoir le pouvoir. Au-delà des stéréotypes toujours en cours dans les représentations publicitaires, la réalité du business sous l’angle de la parité est peu questionnée. On dit souvent que « ça bouge », mais soyons honnêtes, souvent à la vitesse d’un paquebot. La parité économique dans la pub comme ailleurs n’a pas passé la seconde.
Combien d’agences dirigées par des hommes ? Combien d’instances de représentation dirigées par des femmes ? Combien d’interviews d’hommes vs de femmes ? Combien de créatives vs de créatifs ? Si on élargit à toutes les entreprises, une statistique aussi absurde que glaçante : aux États-Unis, il y avait encore, jusqu’à très récemment, plus de CEO masculins s’appelant John que de femmes CEO tout court. (Source : « Les femmes sauveront-elles le monde ? », Marie Eloy.) Et selon les projections du Forum économique mondial et de l’ONU, il faudra encore plus de 200 ans* pour atteindre une parité économique et décisionnelle réelle.
Dans le fond, personne n’est à l’aise avec ça. Mais que fait-on concrètement quand on est une agence, et encore plus quand on s’appelle Gangstères ?

Parlons thunes ! Qui détient réellement les cordons de la bourse ?
Sur ce sujet, il y a un éléphant dans la pièce : le partage de la création de valeur. On parle souvent de l’argent sous le prisme de la rentabilité de notre secteur, et ce à juste titre dans le contexte actuel de crise. Mais la question qui n’est jamais posée, c’est : qui détient le pouvoir financier ? Vous nous voyez venir…
On peut avoir des équipes très féminines et continuer à avoir peu de femmes autour de la table quand arrivent les décisions importantes ou le partage des dividendes. C’est là que le sujet de l’argent devient central. On souhaiterait toutes et tous davantage de femmes qui créent des entreprises, les possèdent, investissent, dirigent des organisations, arbitrent des budgets et disposent d’un véritable pouvoir économique.
Notre conviction : l’égalité se gagnera en accompagnant des femmes dans la création d’entreprises, avec des méthodes de quota pour faire entendre plus de voix de femmes, et en révisant nos cultures d’organisations.
Il y a aussi un logiciel à désinstaller
Les inégalités ne tiennent pas seulement à des organigrammes ou à des statistiques. Elles vivent aussi dans des comportements appris très tôt et toujours valorisés aujourd’hui.
Beaucoup de femmes arrivent encore dans ce milieu avec la conviction qu’il faut être parfaitement prêtes avant de prendre la parole, faire davantage ses preuves avant de réclamer une promotion, valoriser une réussite collective plutôt que dire clairement « je le mérite », attendre qu’on leur propose une place plutôt que la prendre. Toute la panoplie de la bonne élève, studieuse et performante, qu’on doit incarner tout au long de notre vie de femme.
Et évidemment, cela ne vient pas d’une quelconque disposition naturelle des femmes. C’est le produit de normes sociales qui ont valorisé chez elles la discrétion, la prudence et la perfection, pendant que l’assurance et l’ambition étaient plus volontiers récompensées ailleurs. C’est aussi là que les entreprises peuvent agir. Chez Gangstères, depuis notre création, nous essayons de construire un environnement qui ne demande pas aux femmes de devenir plus agressives pour exister. Au contraire.
Sortir des mythes de l’industrie
Nous avons choisi de considérer la confiance comme un outil de production, le collectif comme une safe place et la compétition interne comme une énorme perte d’énergie. Cela passe par des choses qui semblent simples, mais qui passent encore à la trappe aujourd’hui : remercier, valoriser ouvertement les réussites, donner de la responsabilité, laisser de la place en réunion, et éviter de construire des territoires individuels.
Ne nous voilons pas la face, notre industrie continue d’entretenir des mythes : le créatif génial et solitaire, la compétition comme moyen d’atteindre l’excellence et le charisme comme preuve de leadership. Alors, faire bouger les lignes, c’est aussi se mobiliser en dehors de nos organisations. Pour agir concrètement, nous avons décidé de soutenir l’association World With Women, qui promeut la parité pour plus de paix et d’intelligence collective dans une société fragmentée et fragilisée par des crises profondes.
Passer de la conviction à l’action
La question que les lanceuses du mouvement posent nous parle chez Gangstères et résonne fort dans notre industrie : « les femmes sont encore trop absentes à la table des décisions, celles où se définissent les orientations de demain ».
Mais pour qu’un partenariat engagé fonctionne sans rincer les équipes, nous avons posé des règles claires et structuré :
- Traiter l’association comme un client à part entière : ce n’est pas l’énième sujet qui arrive après 18h. Il fait partie de l’agenda comme l’ensemble des sujets clients.
- Poser des limites saines : nous ne rentrons pas dans les instances ni dans la gestion interne de l’association. Le scope est défini en amont avec des missions très cadrées. C’est tentant de donner toujours plus à une grande cause, mais il faut savoir dire non pour produire efficacement sur la durée.
- Dédier une task force créative au service de cette cause, avec des profils hybrides et multigénérationnels. À l’agence, les femmes mobilisées ont entre 22 et 42 ans, des créatives et des stratèges.
Un mouvement pour faire entendre les femmes
Sous l’impulsion de World With Women, une grande mobilisation nationale est attendue : le 13 octobre. Le projet est d’une ambition folle : les femmes s’arrêtent. Pas de travail au bureau, pas de tâches domestiques à la maison, pas de consommation.
En appelant à poser une journée de congés ou de RTT, le mouvement propose une action pacifique mais radicale, directement inspirée de la grève massive des femmes en Islande en 1975. L’objectif est de placer la société face à un miroir et de révéler une vérité indiscutable : si les femmes s’arrêtent, tout s’arrête.
Le mardi 13 octobre dès 11h30, le rendez-vous est donné Place de la Bastille à Paris. Gangstères y sera, évidemment. Et vous ?
*Source : Dans ses rapports récents sur les Objectifs de Développement Durable (Gender Snapshot), l’ONU mentionne qu’il faudra plus de 140 ans pour atteindre une représentation égale dans les postes de décision, et jusqu’à 300 ans si l’on prend en compte la totalité des cadres juridiques et des protections contre les discriminations.

Pour en savoir plus sur Gangstères, rendez-vous sur sa page dédiée !


