De quoi sera fait le cinéma de demain ?

En collaboration avec l'EICAR
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Dans un monde post-covid du tout à la demande, l’avenir du cinéma est questionné avec beaucoup d’inquiétude par les spectateurs, voire avec un certain pessimisme. Pourtant, cette industrie mouvante depuis ses débuts n’en est pas à son premier challenge ; elle avait notamment su rivaliser d’ingéniosité avec l’invention du Cinémascope à l’arrivée de la télévision dans les années 50. Il y a donc fort à parier que l’expérience collective et sociale de la salle de cinéma n’ait pas dit son dernier mot et survivra à Netflix. Comment ? Réponses en quelques innovations dans cet article.

 

Espoir pour le cinéma de demain : l’immersion

A en croire le dernier Spielberg Ready Player One, l’avenir serait au croisement du cinéma et du jeu vidéo, autrement dit à l’expérience immersive. Cette fascination pour un cinéma « comme si vous y étiez », qui s’est d’abord illustrée par l’utilisation (pas totalement convaincante) de la technologie 3D, a orienté les cinéastes vers le cinéma VR. En effet, comment résister à la tentation de plonger totalement le spectateur dans le récit, voire d’en faire l’un des personnages à part entière en lui permettant d’interagir directement avec le décor et les objets virtuels ? C’est là toute l’ambition de la réalité étendue (XR) désignant la combinaison de la réalité augmentée (AR) et la réalité virtuelle (VR). L’enthousiasme pour ces nouvelles technologies est si grand que les festivals les plus reconnus du secteur récompensent désormais des films « augmentés » afin d’en favoriser l’essor. C’est le cas notamment du festival de Cannes qui a introduit en 2019 un nouvel espace dédié aux technologies immersives : Cannes XR.

En parallèle de la réalité virtuelle, cette quête d’illusion parfaite d’un univers fantasmé ou réaliste s’accompagne inévitablement d’une précision plus fine de l’image. On peut citer entre autres les caméras 8K et 12K aux rendus ultra-réalistes, ou encore le format 120 images par seconde (utilisé notamment par Ang Lee) pour un rendu plus performant de la technologie 3D. Le son devient lui aussi de plus en plus pointu et immersif : évoquons par exemple la technologie Dolby Atmos qui place les enceintes au-dessus du public et l’enveloppe littéralement dans l’univers du film !

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« Toutes ces nouvelles techniques représentent des outils complexes à maîtriser, explique Maxime Laumond, coordinateur des formations Son et Musique de l’EICAR. Ainsi, nous cherchons à donner à nos étudiants les armes nécessaires pour gérer des outils tels que le multicanal. La technique doit servir le film et non prendre le dessus sur ce dernier, au risque de faire sortir le spectateur de l’histoire. »

Les étudiants de l’EICAR ont alors accès à ces équipements dernier cri, qu’ils pourront retrouver dans leur futur environnement professionnel. Pour les réalisateurs et techniciens de l’image, la caméra RED Weapon Helium 8K ; pour les futurs ingénieurs du son, l’enregistreur Cantar X3.

Toutes ces innovations ont évidemment ouvert la voie à un nouveau type de salles, les 4DX, qui permettent de voir des films dans des conditions immersives proches de celles rencontrées dans les parcs d’attractions (type Futuroscope) avec fauteuils dynamiques, effets lumineux, olfactifs… tous les sens sont en éveil. Serions-nous doucement en train de revenir au fondement même du cinéma qui, à l’origine, est une attraction de foire ?

 

Mais un défi majeur : trop de virtuel tue le virtuel

Les années 90-2000 ont marqué l’arrivée de l’animation par ordinateur ; on se souvient encore avec émotion des dinosaures de Jurassic Park ou de Gollum du Seigneur des anneaux. Le pic de qualité de ces effets spéciaux a été atteint au milieu des années 2000 avec le perfectionnement de la motion capture, qui a permis de créer les hybrides aquatiques de la trilogie Pirates des Caraïbes. Depuis, les progrès techniques semblent avoir stagné et les avancées technologiques précédemment citées commencent à lasser le spectateur, trop habitué aux images de synthèse pour se laisser encore émerveiller. Les derniers Terminator, plus proches d’une cinématique de jeux vidéo, ont été vivement critiqués et les dinosaures de Jurassic World, bien que technologiquement remarquables, n’ont jamais semblé aussi faux. Les acteurs des trilogies de Peter Jackson et Georges Lucas se sont même régulièrement plaints de la difficulté de jouer au milieu d’écrans verts, regrettant de voir leurs performances noyées dans les délires technologiques des réalisateurs. Ainsi, le constat est clair : les derniers opus des franchises réalisées dans les années 2010 semblent avoir perdu en qualité par rapport à leurs grand-frères réalisés dix ou vingt ans auparavant.

En outre, des films tels que Final Fantasy, Le Pôle Express, ou La légende de Beowulf, tous réalisés en full motion capture, furent des véritables échecs commerciaux, soulevant notamment le problème de l’uncanny valley (vallée de l’étrange en français). Cette théorie d’un roboticien japonais publiée pour la première fois en 1970 met en lumière le fait que plus un robot se rapproche physiquement d’un être humain, et plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses. Ainsi, plus les personnages animés virtuellement au cinéma tentent de nous ressembler, et plus l’inconfort du spectateur est important. C’est d’ailleurs ce qui a été récemment reproché au double de Will Smith dans le Gemini Man d’Ang Lee, lui aussi entièrement animé en motion capture. Pour autant, faut-il totalement abandonner les technologies de pointe  pour revenir au « bon vieux temps » ?

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Perfectionner les anciens outils pour un retour vers le futur

Pour les réalisateurs les plus radicaux tels que Nolan et Tarantino, le digital devrait trouver sa place au service des effets spéciaux de plateau, sans constituer l’essentiel de l’expérience cinéma qui doit, selon eux, rester physique et concrète. Autrement dit, exit les personnages virtuels ! Christopher Nolan a misé sa carrière sur le retour à l’utilisation des effets on set : pyrotechnie, maquettes (Interstellar), décors peints, ou encore effet de foule réalisé grâce à des soldats en carton (Dunkerque). Quant à Tarantino, il refuse la plupart du temps le sang numérique, préférant les traditionnelles capsules d’hémoglobine.

Pour ces conservateurs, le vrai développement technologique devrait donc s’opérer uniquement au niveau de la qualité d’image (développement de la pellicule) et de l’expérience cinéma (nouveaux formats de salles). Christopher Nolan a d’ailleurs entrepris le perfectionnement du format Imax, révélant ainsi toujours plus le potentiel de la pellicule, face auquel même le numérique n’arrive pas à rivaliser. On pourrait cependant objecter que l’Imax requiert du matériel encombrant, des tournages longs et coûteux, et des salles adaptées ; réduisant considérablement sa démocratisation.

Toutefois, l’espoir d’une amitié pérenne entre les méthodes éprouvées et les technologies les plus pointues est né avec la série The Mandalorian. Pourtant diffusée sur petit écran, elle a étonné par la réintroduction améliorée d’une des plus anciennes techniques de cinéma, la projection on-set des décors. Souvenons-nous de ces films dans lequel le personnage conduisait une voiture devant un paysage qui défile… The Mandalorian a conservé cette idée en la perfectionnant grâce à de gigantesques écrans LED, plongeant ainsi ses acteurs dans un décor parfaitement réaliste. L’expérience avait déjà été tentée (de manière plus archaïque) avec succès dans les années 60, pour les scènes préhistoriques de L’Odyssée de l’espace. Pourtant, personne n’avait reconsidéré cette technique depuis lors. Ainsi, The Mandalorian pourrait bien être un cas d’école pour le futur du cinéma, en prouvant que c’est parfois dans le passé qu’on trouve la clé des développements futurs.

« À l’EICAR, l’émergence de ces nouvelles technologies est prise très au sérieux, précise Mehdi Mostefaï, coordinateur auprès des étudiants de la spécialité Post-production et VFX. Les étudiants sont notamment formés sur le moteur de création 3D en temps réel Unreal Engine. Historiquement utilisé dans le secteur du jeu vidéo, il est désormais employé dans la modélisation des décors diffusés sur des murs LED. Et ce en temps réel, associé au mouvements de caméra. »

Cette promesse nous ramène au début de l’article et au Ready Player One de Spielberg : tout prophète de la technologie qu’il est, l’Oncle Steven a tout de même basé son film sur le plaisir nostalgique de se replonger virtuellement dans les grands classiques (visite du couloir de Shining, rencontre urbaine avec King Kong, roadtrip dans la Delorean…). Comme s’il pressentait que le futur du cinéma se trouvait dans l’histoire même de l’art cinématographique.

Alors Marty, prêt pour un voyage à 88 miles à l’heure ?

 

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