À l’approche du prix Goncourt, qui se tiendra le 3 novembre prochain, une enquête Ipsos bva menée pour CESI école d’ingénieurs distingue deux attentes des lecteurs : connaître la place de l’IA dans l’écriture d’un livre et décider de la valeur qu’ils accordent au résultat. La première fait presque l’unanimité. La seconde divise davantage.

Dire que l’IA a servi ne suffit pas
Interrogés en ligne du 9 au 12 octobre 2026, 1 000 Français âgés de 18 à 75 ans ont répondu à plusieurs questions sur les livres écrits entièrement ou en partie avec une IA. Selon l’étude Ipsos bva–CESI, 92 % souhaitent que cet usage soit obligatoirement mentionné sur la couverture. Pour aller plus loin, 69 % estiment même qu’un tel ouvrage « n’est pas de la vraie littérature ». Cette réserve ne disparaît pas dès lors que l’usage de l’outil est déclaré. Seuls 40 % lui reconnaissent alors une légitimité littéraire.
Il serait pourtant trompeur d’y voir un refus de toute assistance extérieure (aussi technologique soit elle). 55 % des sondés reconnaissent qu’un livre peut relever de la littérature si l’humain en reste l’auteur principal. L’enquête met ainsi au jour la question que devrait résoudre une mention sur la couverture : qu’a réellement fait l’IA dans la création du texte ? Son questionnaire réunit sous une même formule les ouvrages écrits « entièrement ou en partie » avec l’intelligence artificielle. Cela ne permet pas de mesurer où les lecteurs placent la limite entre aide et écriture.

La signature fait aussi partie de la lecture
Dans un autre scénario proposé par Ipsos, les répondants imaginent avoir adoré un livre avant d’apprendre qu’il a été entièrement écrit par une IA. Ils sont 62 % à déclarer qu’ils se sentiraient déçus ou trompés. Le plaisir pris à lire ne disparaît donc pas nécessairement. La découverte change cependant ce qu’ils pensent de l’œuvre et de l’auteur qui l’a (soi-disant) signée.
L’enquête intervient au milieu de l’affaire Thélyson Orélien : 62 % des répondants disent en avoir entendu parler. Elle a toutefois été menée avant que l’éditeur canadien de l’auteur annonce, le 21 octobre, avoir trouvé officiellement des traces d’usages de l’IA dans les documents de travail de son roman et mettre fin à leur collaboration. Interrogés sur les décisions divergentes des jurys, 46 % des sondés comprennent le fait de retirer d’une sélection un livre soupçonné d’avoir été écrit avec l’IA.
Pour les maisons d’édition, l’enjeu dépasse de loin la simple formule à afficher sur une couverture. Une mention indiquerait au lecteur qu’un outil est intervenu, certes, mais en aucun à quelle étape, ni dans quelle mesure. Décrire ce travail et pouvoir le documenter devient aussi une manière de protéger la confiance attachée au nom de l’auteur.



