Un déménagement est souvent présenté comme le point de départ d’une transformation. Chez SPORTFIVE, il arrive au contraire après deux années de travail. Depuis le renouvellement de sa direction début 2024, l’agence cherche à mieux relier des expertises historiquement distinctes : sponsoring, commercialisation de droits, activation, médias, contenus, digital ou accompagnement des talents. Les futurs bureaux doivent désormais donner une traduction physique à cette organisation plus transversale.
Dans son enquête mondiale 2025, menée auprès de 16 809 salariés de bureau dans 15 pays, le cabinet d’architecture Gensler observait une hausse du temps consacré au travail collectif en présentiel, tandis que le travail solitaire reculait. Aux États-Unis, le temps de socialisation a presque doublé depuis la pandémie.
Mais seuls 26 % des répondants estiment que leur environnement leur permet de donner le meilleur d’eux-mêmes. Pour en parler, nous recevons Xavier Oddone, Directeur Général de SPORTFIVE et Amélie Davignon, DRH de SPORTFIVE, qui accompagnent depuis deux ans cette transformation culturelle et sa future traduction dans les espaces de travail.

JUPDLC : Depuis le changement de direction engagé en 2024, qu’est-ce qui vous a montré que les différents métiers de SPORTFIVE devaient travailler davantage ensemble ?
Xavier Oddone : SPORTFIVE a toujours été une entreprise où les expertises se croisent. Nos grands succès reposent depuis longtemps sur la capacité de nos équipes à combiner des savoir-faire très différents, du sponsoring à l’activation, en passant par les médias, la création de contenus ou le digital.
Le changement de direction engagé en 2024 n’avait donc pas vocation à rompre avec cette culture, mais à l’accélérer dans un contexte où nos métiers évoluent rapidement. Les projets sont plus hybrides, les attentes des ayants droit et des marques plus complexes, et la valeur se crée de plus en plus dans la capacité à articuler plusieurs expertises autour d’un même objectif.
Amélie Davignon : Côté RH, l’enjeu est de faire en sorte que cette transversalité ne reste pas seulement une intention stratégique, mais qu’elle se traduise dans les pratiques du quotidien. Cela suppose de créer les conditions pour que les équipes se connaissent mieux, comprennent davantage les métiers des autres et puissent continuer à coopérer efficacement en facilitant encore davantage les interactions du quotidien.
Il ne s’agit donc pas de changer la culture de SPORTFIVE, mais de continuer à la faire évoluer avec cohérence, en donnant plus de fluidité aux réflexes collectifs qui existent déjà.

JUPDLC : Le déménagement arrive près de deux ans après le début de cette transformation. Qu’est-ce qui devait d’abord changer dans l’organisation avant de pouvoir être traduit dans un nouveau lieu ?
Xavier Oddone : CAMPUS n’est pas le point de départ de notre évolution collective, c’est un environnement qui doit lui donner davantage de lisibilité et de continuité. L’idée est de permettre aux métiers de mieux se rencontrer, de mieux se comprendre et d’aller plus vite ensemble lorsque les projets l’exigent.
Amélie Davignon : CAMPUS doit d’abord permettre de simplifier le quotidien. Réunir les équipes dans un espace plus cohérent, favoriser les échanges spontanés, rendre certains réflexes plus naturels : ce sont des leviers très concrets pour renforcer la collaboration sans en faire une injonction.
Cette ambition vaut aussi pour l’intégration des nouveaux collaborateurs, la circulation de l’information et le sentiment d’appartenance. Un lieu ne suffit pas à créer ces dynamiques, mais il peut les rendre plus faciles à vivre et plus visibles au quotidien.

JUPDLC : Comment ces objectifs se traduisent-ils dans l’aménagement : la répartition des équipes, les espaces de projet, les zones informelles ou les lieux consacrés au travail individuel ?
Amélie Davignon : Les nouveaux espaces ont été pensés pour accueillir plusieurs usages : des zones d’échange, des espaces projet, des lieux plus informels pour créer du lien, mais aussi des espaces permettant le travail individuel et la concentration. L’enjeu est de ne pas opposer ces usages, mais de faciliter le passage de l’un à l’autre.
Xavier Oddone : La répartition des équipes est également importante. Il ne s’agit pas simplement de juxtaposer des services, mais de créer des proximités utiles. Certains métiers ont besoin d’interagir régulièrement… d’autres doivent pouvoir se retrouver ponctuellement autour de projets communs. Le lieu doit rendre ces interactions plus fluides.
JUPDLC : À l’inverse, qu’est-ce qu’un nouvel espace ne pourra pas régler sans évolution du management, des habitudes de travail ou de la manière dont les projets sont pilotés ?
Xavier Oddone : Un plateau unique ne crée pas automatiquement une équipe plus collaborative. Il peut faciliter les rencontres, mais il ne remplace ni la clarté de l’organisation, ni la qualité du management, ni la manière dont les projets sont pilotés.
Amélie Davignon : C’est précisément pour cela que nous parlons d’accompagnement plutôt que de solution magique. CAMPUS peut créer un contexte favorable, mais la confiance, l’écoute et la coopération se construisent dans la durée, à travers les pratiques managériales, les rituels d’équipe et la façon dont chacun prend sa place dans le collectif.

JUPDLC : Comment faire pour que les réflexes de collaboration nés sur ces mandats deviennent une pratique quotidienne, et pas seulement une mobilisation ponctuelle autour de grands projets ?
Xavier Oddone : Cette évolution est une très bonne représentation de la transformation de nos métiers. Les projets ne relèvent plus d’une seule expertise isolée. Ils nécessitent de réunir plusieurs regards : la compréhension du sport, les enjeux de marque, la production de contenu, les médias, le digital ou encore le développement commercial.
Pour répondre efficacement à ces attentes, il faut que les équipes se parlent très tôt, partagent une vision commune et clarifient rapidement ce que chacun apporte au projet.
Amélie Davignon : C’est aussi là que la dimension humaine est essentielle. La transversalité ne fonctionne pas parce qu’elle est décrétée dans une organisation. Elle fonctionne lorsque les personnes comprennent la valeur du métier de l’autre, se font confiance et acceptent de construire ensemble.
JUPDLC : Dans deux ans, à quels indicateurs saurez-vous que le déménagement a réellement fait évoluer la culture de SPORTFIVE, au-delà de la satisfaction exprimée à la machine à café ?
Amélie Davignon : Je crois beaucoup aux indicateurs, mais sur ce sujet, les premiers signaux seront aussi très concrets : les équipes se parlent-elles plus facilement ? Les collaborateurs ont-ils davantage le réflexe d’aller chercher une autre expertise ? Les nouveaux arrivants trouvent-ils plus vite leur place ?
Xavier Oddone : Nous sommes une entreprise d’environ 200 personnes. Les choses vont vite, les équipes se connaissent et les retours remontent rapidement. Si le lieu facilite vraiment les échanges et renforce le sentiment d’appartenance, cela se verra dans la façon dont les collaborateurs occupent les espaces, se rencontrent et travaillent ensemble au quotidien.

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