L’image des candidats au prisme des médias étrangers

Situation inédite à une semaine du scrutin, 4 candidats sont crédités d’environ 20% d’intentions de vote. À un moment où la bataille de l’image bat son plein, comment celles des deux outsiders, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, transparaissent dans les médias étrangers ?

Cette élection présidentielle présente une situation atypique pour la V° République : ce ne sont pas deux, mais quatre candidats qui semblent potentiellement qualifiables pour le second tour. De plus, chacun revendique un projet distinctif, loin d’une rivalité entre modérés d’un camp ou de l’autre.

Du côté des citoyens, l’intérêt est au rendez-vous : 80% des électeurs se disent intéressés par l’élection. Toutefois, 6 sur 10 ne savent pas pour qui voter ou n’iront pas voter (enquête Ipsos/Sopra Steria du 11 avril). Ce haut niveau d’indécision peut venir d’une perception floue du positionnement de certains candidats.

Comment les médias catégorisent les prétendants

Au risque de paraitre simpliste, je me suis prêté à l’exercice de la carte perceptuelle pour représenter les positionnements idéologiques des principaux compétiteurs à partir de l’image que j’en ai perçu dans les médias. Cette technique marketing permet traditionnellement, à partir de deux critères, de visualiser le positionnement concurrentiel de différentes marques ou produits. J’ai retenu ici les deux grands clivages politiques traditionnels : l’économie (ouverte/fermée) et la vision de la société (conservatrice/progressiste). Ces deux critères correspondent aux axes qui permettent de positionner les candidats sur le graphique et de les situer les uns par rapport aux autres.

Il n’en reste pas moins que les ressorts de cette élection paraissent flous dans les médias, en particulier en ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Car avec une droite décrédibilisée, un quinquennat socialiste qui a déçu et une extrême droite encore anxiogène, un espace politique s’est ouvert à eux. Peut-être qu’en regardant d’un peu plus loin, la politique française paraitra plus claire ? Faisons donc un tour de médias étrangers, qui face au caractère imprévisible de cette campagne et à l’importance de ses enjeux, semblent la trouver particulièrement passionnante.

L’image renvoyée par Macron et Mélenchon chez les Américains, les Allemands, les Scandinaves et les Grecs

 « Les allemands face à une tragi-comédie entre Dallas et house of Cards »

Stefan Simons, correspondant à Paris du Spiegel-Online, est étonné qu’Emmanuel Macron, quelqu’un de jeune, qui n’a jamais été élu, entende entrer à l’Elysée sans parti établi derrière lui. Le côté inédit de la chose le pousse à le qualifier de « messie du centre néo-libéral », quelque part entre les partis traditionnels de droite et de gauche, en restant proche de la CDU (le parti libéral-conservateur d’Angela Merkel) sur les questions économiques. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il parait idéologiquement proche de Die Linke (gauche radicale allemande), avec un côté prophète télévangéliste en plus qui amuse le public allemand : il a fait figure de messie qui a marché sur l’eau du vieux port de Marseille lors de son dernier meeting.

Selon Melissa Bell, correspondante à Paris pour CNN Internationale, Emmanuel Macron est qualifié « d’indépendant centriste » par les américains. Mais il en reste difficile à cerner : le point de comparaison est difficile à trouver, tant il représente quelque chose de nouveau. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il s’agit pour Melissa Bell d’un « hyper-Bernie Sanders », qui impressionne les américains sa dynamique qui pourrait le porter jusqu’au second tour.

Pour les Suédois, Emmanuel Macron est un néo-libéral classé à droite, bien qu’il reste assez difficile à comprendre, tout comme Jean-Luc Mélenchon. D’après Johan Tollgerdt, journaliste scandinave indépendant, le candidat de la France Insoumise qui constituerait une sorte de père de la nation recherché par les habitants, figure que ne pourrait pas incarner Marine Le Pen.

Les grecs voient dans l’effondrement actuel du PS une « pasokisation » de la France (du nom du parti socialiste grecque tombé à 4,5% lors des élections législatives de 2015). Jean-Luc Mélenchon fait figure de nouveau Tsípras (leader de Syriza, parti de gauche radicale au pouvoir), dans un contexte où le PS devient une énième victime de la crise européenne. Thomais Papaioannou, correspondante de la télévision publique grecque, pointe par ailleurs un phénomène curieux en ce qui concerne Emmanuel Macron : les Grecs semblent se passionner pour sa femme de 24 ans son ainée. Elle pointe un engouement culturel pour les potins, dans un pays où peopolisation des politiques est très forte (l’affaire DSK avait passionné les médias grecs).

À chaque pays a son histoire et son paysage politique

Finalement, les médias étrangers semblent avoir eux aussi une certaine difficulté à expliquer la France au monde extérieur. Dans un contexte de plus en plus incertain, qui a même conduit France 2 à annuler son débat prévu le 20 avril, il est peu probable qu’ait lieu la fameuse rencontre d’un homme, d’un peuple et de circonstances. Si l’offre est particulièrement riche, les risque est fort que 50% du corps électoral soit déçu à l’issu du premier tour, et 75% à l’issu du second.

Pour conduire le pays, le gouvernement a besoin de la confiance du parlement, mais également d’un degré minimum assentiment de l’opinion publique. Au-delà du second tour, la bataille de l’opinion durera au moins jusqu’aux élections législatives des 11 et 18 juin prochains.

Simon Meyer

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