Les chaînes d’information en continu sont-elles un bon moyen de s’informer ?

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Souvent décriées, les chaînes d’info en continu ont une fois de plus prouvé aux yeux de tous qu’un problème de sens, de format et d’autorité était bel est bien présent dans la sphère médiatique.

Avec l’arrivée de la TNT en 2005, l’offre télévisuelle gratuite s’est considérablement décuplée permettant aux téléspectateurs d’avoir un vaste choix à travers des chaînes thématisées. Au sein de ce bouquet télévisuel, on retrouve en queue de peloton les offres d’information en continu menées par les éternelles rivales  BFMTV et ITélé.  Néanmoins, on assiste à un bouleversement dans le secteur des chaînes d’information avec le retour récent de LCI mais aussi l’arrivée programmée de FranceInfo en septembre prochain.  Analyse de l’offre d’information en continu en télévision et conséquences.

La concurrence entre BFMTV et ITélé

 

Portées par des pics d’audience lors des attentats de Paris, les deux chaînes d’information ont clairement ancré leurs modèles sur ce média face au débarquement de la concurrence. Néanmoins, de vraies disparités séparent ces deux chaînes. BFMTV privilégie beaucoup plus un modèle basé sur l’instant T, le tout en direct, l’exclusivité. Un modèle bancal qui laisse de côté la réflexion et se contente simplement de relater l’information peu importe les conséquences (c’est le cas pour ses interventions lors de la prise d’otage dans l’hyper casher). ITélé se repose beaucoup plus sur une dualité entre information et débat, cela lui permet de répondre à sa concurrente par une alternative crédible mais aussi de compenser son écart de budget (10 millions d’euros de moins que BFM). Même si, dans l’ensemble, ITélé participe aussi énormément à la course à l’exclusivité.

Bfm et Itélé - chaines d'information

 

Au niveau des audiences BFM marque clairement le pas avec une moyenne de 2,2% de part de marché en 2015 contre 1% pour ITélé. Ces deux chaînes s’appuient sur l’ensemble des événements marquants de l’année pour établir leurs meilleurs chiffres. C’est donc plus à travers des périodes de tension, comme les attentats, qu’elles établissent leurs audiences historiques. Leur concurrence n’est d’ailleurs pas forcément saine car elle pousse à l’exclusivité quitte à omettre l’information face au viral. La peur d’arriver second dans le classement des audiences force ITélé et BFM à diffuser en flux tendu et donc à beaucoup moins traiter l’information avant la diffusion.

Arrivée de LCI et France Info

 

LCI est de retour en clair depuis le 5 avril et cela avec une promesse de différenciation vis-à-vis des deux chaînes concurrentes d’information.  En effet, la chaîne compte beaucoup plus s’attacher à des magazines d’information et des débats pour façonner sa ligne éditoriale. Le leitmotiv annoncé ? «Prouver qu’informer autrement est possible».  La chaîne, désormais accessible sur le canal 26, précise aussi qu’elle ne fera aucunement la course au direct. Une alternative à BFM et ITélé intéressante qui a le mérite de s’appuyer sur des valeurs de débats d’idées et de crédibilité en vue d’atteindre l’objectif des 1% de part de marché d’ici 2018.

France info - chaines d'information

La nouvelle chaîne publique baptisée Franceinfo verra aussi le jour le 1er septembre 2016. Elle occupera le canal 27, tout au bout de la TNT, et viendra concurrencer les 3 chaînes déjà bien en place sur l’offre télévisuelle. Projet phare de la nouvelle présidente de France Télévision, Delphine Ernotte, Franceinfo est dans la continuité des plateformes proposées par le groupe d’où le désir de jumeler la chaîne de télévision à la station radio du même nom. Pour les porteurs du projet, Franceinfo ne devrait aucunement ressembler aux autres chaînes d’info. Elle se rapproche néanmoins de la ligne éditoriale de LCI avec l’interdiction du modèle BFM de la « politique du scoop ». Au-delà de ça, elle s’appuie aussi sur une présence multicanal à travers la radio mais aussi et surtout par le numérique. C’est donc à travers ce schéma que le groupe France Tv pense s’accaparer une part de marché solide.

Une overdose d’information sur l’actualité

 

On est entré dans une ère où l’information n’est pas décuplée, elle est juste présente sur beaucoup plus de supports. En effet, on constate que nous ne sommes pas forcément mieux informés qu’avant, peut-être même moins bien car certains supports font désormais la course à l’exclusivité. Et ce n’est pas seulement présent sur les chaînes d’information, ce modèle est aussi très visible sur les supports numériques où désormais certaines plateformes d’information ne diffusent que de simples copier-coller de billets issus de l’AFP. On peut donc se demander si à travers cette multiplication de supports on ne tue pas le contenu même de l’information. Car l’information ce n’est pas seulement relater un fait, c’est aussi apporter une réflexion derrière. C’est ce qui  différencie l’article de journaliste d’un simple tweet. Or,  les chaînes d’information en continu sont le véritable symbole de cette diffusion en flux tendu. Et c’est leur concurrence qui les force à diffuser au plus vite l’information comme si c’était un vulgaire tweet à publier. A noter que la France est l’unique pays d’Europe où l’on compte plus de 4 chaines d’info en continu. On fonce droit vers une overdose d’informations d’autant plus que la demande ne suit pas. A l’heure actuelle, seule BFM est rentable. On estime qu’avec l’arrivée de LCI et FranceInfo aucune d’entre elles ne le sera car il n’y a tout simplement pas assez de demande.

Tweet BFM - chaines d'information

Tweet d’Alain Weill Président de NextradioTV (RMC, BFM Radio, BFM TV, entre autres) après les attentats du 13 novembre

Zoom sur le traitement de l’information en continu par les chaînes tv

Le traitement de l’information est donc différent selon les supports et les médias. La télévision est d’autant plus particulière car elle s’appuie essentiellement sur le visuel. De ce fait, elle se doit de diffuser des images en lien avec son propos. La difficulté se trouve ici. On sait très bien que l’audience ne sera pas la même si l’on diffuse un débat réunissant 4 spécialistes ou que l’on diffuse des images chocs d’un attentat. La télévision s’engouffre donc dans ce schéma dicté par la recherche d’audience à tout prix. Elle se traduit par une multiplication des interviews de témoins, d’images recueillies dans les médias sociaux et de détails « croustillants » sur les enquêtes. Volontaire ou maladroit, on atteint le paroxysme de cette méthode lorsque France 2 diffuse l’interview d’un homme auprès de sa femme morte suite à l’attentat. On se retrouve donc avec des chaînes à spectacle comme BFM, prêtes à diffuser en boucle les images recueillies par un smartphone montrant l’horreur d’un attentat.  Puis, ils se contentent tout simplement de relater l’évidence en nous pointant du doigt ce que l’on voit déjà. Il existe une véritable absence de réflexion sur l’instant T.  Ces chaînes en continu ne traitent plus l’information, elles se contentent juste de la raconter et parfois même en ne s’assurant pas de la véracité de leurs sources (cf LCI qui annonce une prise d’otage pendant l’attentat de Nice). Une appellation est née de tout ce processus, on parle maintenant d’une « BFMisation » du traitement de l’info.

Il faut donc se questionner sur notre rapport à l’information en continu. D’un côté, la télévision est sous la dictature de l’audience, les chaînes d’information en continu se voient contraintes de traiter rapidement une information majeure en lien avec l’actualité car c’est ce que les téléspectateurs réclament, comme l’a expliqué l’ex-journaliste de I télé Léa Salamé. Néanmoins, serait-il possible d’apporter une réflexion derrière la diffusion et donc prendre un certain recul sur le contenu. Cela s’avère très compliqué face à la compétition importante qui va d’ailleurs grandir dès septembre avec l’arrivée de Franceinfo. Est-il encore possible de se détacher du modèle américain de « Breaking news » sans pour autant être distancé sur les audiences et croire en une chaîne d’information en continu saine et viable sur le long terme ?

Jaïme Dias

Jaïme Dias

Étudiant en Master 2 Communication des Organisations à Bordeaux 3, j'effectue une veille quotidienne sur l'actualité publicitaire et l'univers des médias.
Jaïme Dias

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